La vie à en mourir

Lettres de Fusillés 1941-1944

Inutile de préciser la manière dont on peut être bouleversé par ce genre de bouquin.
En fait je suis assez ignare concernant l’histoire de la Résistance de 39-45 en France. Il y a eu beaucoup de fusillés pendant l’occupation, souvent il s’agissait de franc-tireurs mais aussi simplement d’otages qui étaient alors tués pour tenir la population en respect en montrant l’exemple.

Ce livre recelle donc des recopies exactes des lettres de ces fusillés qui les ont écrites parfois 30 minutes avant de mourir sur un bout de papier jeté d’une cellule ou une lettre cousue dans un pardessus. C’est évidemment très émouvant et bouleversant. Il s’agit autant de déclarations d’amour à une femme, un enfant, des parents que d’une ode à la France et à la certitude de mourir son devoir fait. J’ai été surpris de constater de nombre de communistes (la quasi-totalité) et certaines pensées ou réflexions. Certains veulent qu’on les oublie, veulent ne pas être un poids pour leurs familles qui doivent résister et surtout profiter d’une paix future sans les entraves du passé, ils demandent même parfois à leur femme ou fiancée de se retrouver un homme.

Enfin, pas mal de noms sont bien connus mais – j’ai honte – uniquement comme des noms de rue ou de stations de métro : Guy Môquet, Jean-Pierre Timbaud ou encore Gabriel Péri. Je me promets de ne plus jamais y penser de la même manière. Et la plupart, âgé de 20 ans à peine, parfois 16 ou 17, si courageux et à la fois désespéré de mourir, s’exprime avec sincérité et passion.

Juste pour vous donner une idée, quelques passages :

« Un plus grand bonheur avant de mourir serait d’avoir la certitude que tu rencontres, pour refaire ta vie, un compagnon aussi loyal et désireux de faire ton bonheur que celui que j’ai été, c’est mon plus cher désir, ne regrettant que notre bonheur perdu. » (Louis Coquillet, 17 avril 1942 – né en 1921)

« Quand de nouveau la vie reprendra en toi, quand son rythme aura dépassé le rythme de mon souvenir, songe une dernière fois à moi et tourne-toi délibérément vers l’avenir ; sois heureuse dans les bras d’un autre. » (Félicien Joly, 15 novembre 1941 – né en 1919)

« Quand tu seras grand, tu liras cette lettre de ton papa. Il l’a écrite 3 heures avant de tomber sous les balles du peloton d’exécution. Je t’aime tellement, mon petit garçon, tellement, tellement. Je te laisse seul avec ta petite maman chérie. Aime-la par-dessus tout […] tu es tout maintenant pour elle. Donne-lui toute la joie. Sois bon et courageux.
« Je tomberai courageusement, mon petit Microbe chéri, pour ton bonheur [et celui] de tous les enfants et de toutes les mamans. Garde-moi un tout petit coin dans ton coeur. […] Mes derniers instants. Je ne pense qu’à toi, mon petit garçon chéri et à ta maman bien aimée. Soyez heureux, soyez heureux dans un monde meilleur, plus humain. » (Joseph Epstein, 11 avril 1944 – né en 1911)

« Ce sont les Français qui me livrent, mais je crie « Vive la France », les Allemands qui m’exécutent, et je crie « Vive le peuple allemand et l’Allemagne de demain. » (Guido Brancadoro, 30 avril 1942 – né en 1921)

« Je meurs pour ma patrie, je veux une France libre et des Français heureux, non pas une France orgueilleuse et première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête. Que les Français soient heureux, voilà l’essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur. » (Henri Fertet, 26 septembre 1943 – né en 1926)

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