De l'hétérophobie des homos

J’ai encore lu un truc dingue sur un site gay quelconque d’une tapiole qui se plaignait que le marais était investi par les hétéros qui faisaient du tourisme, ou qui se la jouait. Je rencontre de plus en plus d’homos qui font de l’hétérophobie de ce genre. Evidemment, c’est toujours plus ou moins justifié. Mais je ris jaune quand je vois que certains proclament le marais comme étant chasse gardée. Et je me marre à penser à la tassepé vraiment persuadée que certains peuvent flagorner sur leur terrain de jeu uniquement parce qu’ils sont d’une autre orientation sexuelle.

Je suis déjà surpris d’une telle vindicte, car je n’ai pas vraiment remarqué une recrudescence d’hétéros ou bien peut-être ne sais-je pas bien les reconnaître ?! Merde !!! Peut-être que je prends même des hétéros pour de bonnes pédales bien de chez nous. Oooh l’angoisse ! En outre, le peu que j’ai vu ne me paraissait pas bien différent d’avant, ni plus ni moins « proud » que d’habitude.

Je suis plus agacé par l’attitude « touriste » ou « curieuse » (mais qu’on peut comprendre et donc pardonner) de certaines personnes, dont des potes à moi, qui sont là pour VOIR. Ils veulent voir de la folle, du butch et de la goudou, et alors le marais c’est comme Thoiry. Il faut bien faire attention à ne pas ouvrir les fenêtres, faire gaffe aux attroupements au milieu de la rue (des Archives bien sûr) et prendre garde à ne pas laisser l’homme sortir photographier de près les féroces prédateurs sinon c’est l’accident à coup sur et on retrouve le mec sur un sling rue aux Ours en deux temps trois mouvements.
En fait, je me souviens en particulier d’un très bon ami que j’avais invité, il y a de cela quelques années, à dîner chez moi avec un pote à lui. Je lui avais dit que j’avais invité quelques amis pour une petite soirée impromptue. Après m’avoir demandé s’il y aurait des homos (j’avais bredouillé un « oui » un peu décontenancé). Il m’avait alors rappelé pour demander s’il pouvait ramener une copine à lui.

– Ouai tu comprends Mat, elle aime bien tout ce qui est homo, la house et tout et tout.

– Ouai. Et ?

– Bin, je voudrais te la présenter et tout. Elle a jamais fait de soirée homo, tu pourrais nous faire entrer et tout et tout. Nan ?

J’ai gardé mon calmé et j’ai simplement répondu que mon appartement n’était pas un laboratoire de sociologie du CNRS et que s’il voulait introniser ses pinecos (ouai j’étais vénère/énervé alors je parlais en verlant :)) à la gaytitude, il n’avait qu’à faire une soirée vidéo et louer l’intégrale de la cage aux folles. Ce à quoi j’ai rajouté : « et tout et tout ».

Alors là évidemment, il s’est excusé et tout et tout. Et il m’a dit qu’il m’aimait comme j’étais, et que jamais il ne recommencerait à me dire des inepties pareilles (là, il a peut-être rajouté « et tout et tout » mais je ne m’en souviens plus).

Le fait est que je comprends les homos qui font de l’hétérophobie. Elle se différencie des autres formes de xénophobie par le fait que c’est quasi-toujours un phénomène de réaction. En effet, la plupart des gays ont subi une homophobie plus ou moins violente pendant leur enfance et adolescence. Et cela, tout le monde l’oublie ou le minimise, les hétéros comme les homos. Je crois que lorsqu’on s’est cru une manifestation de l’antéchrist (par les autres ou soi-même) toute sa courte vie, on éprouve un sentiment de bien-être incroyable quand on apprend l’existence d’un hâvre de paix tel que le marais. Et alors on peut le prendre comme un endroit à part où on peut être soi, on peut aussi tomber dans l’extrême et en devenir un véritable appendice. Alors l’identification au « milieu » (la pègre homosexuelle lol) devient telle qu’on voit se balader des caricatures vivantes. En tout cas, cette rencontre avec le marais a toujours été un sentiment de soulagement et de félicité qui en retour occasionne un sentiment de rejet envers les hétéros. En général, ce réflexe disparaît bien vite puisqu’il apparaît vite abscons, mais dans certains cas la rémanence de ce mécanisme peut créer une réelle phobie.

Ensuite, on doit considérer le fait tout bête que lorsqu’un mec veut draguer un autre mec, il préfère être dans un endroit gay only , et c’est vrai que le discours des mecs hétéros du genre « les homos me dérangent pas tant qu’on me drague pas » est très mal perçu (à juste raison) par les gays. Cela explique parfois l’agacement de certains par la présence de beaucoup d’hétéros dans des soirées homos.

Aussi, je pense que si tout le monde prenait conscience de ces hypothèses, ça aiderait peut-être les homos à comprendre que leurs réactions sont compréhensibles mais iniques, tandis que les hétéros apprendraient peut-être à plus respecter des personnes dont la vie ne se résume pas à des soirées en boite ou à parader dans les rue du « Gay Paris ».

7 Commentaires

  1. moi j’ai bien aimé quand j’étais l’antéchrist au collège, je leur fais peur ! J’avais envie de les faire RAMPER tu m’entends, RAMPER !
    quand j’ai débarqué dans le Marais, ça m’a fait chier de voir tout plein d’antéchrists dont les pouvoirs s’alliénaient au lieu de se rassembler pour conquérir le monde…
    *sigh*

    mais je ne perds pas espoir.

  2. PH> Ouai c’est vrai qu’à présent, je trouve ça chiant de ne plus être si singulier que ça… 8)

    Matt> Et oui, du moins je trouvais que j’étais pas normal et que c’était pas du tout positif. Et puis je ne voulais pas faire de mal ou décevoir mes parents etc. D’où un profond sentiment de malaise, de culpabilité et finalement une assez mauvaise image et estime de soi. Signé SigmOOnd.

  3. Il y a 7-8 ans à la GayPride, des pancartes criaient « Halte à l’hétérorisme ». Certes c’est bien trouvé, mais il ne faudrait pas que les victimes se fassent bourreaux (dans certains quartiers, certaines boites). Il y a un sectarisme gay qui risque de se retourner contre leurs auteurs. Quand j’étais jeune ça me faisait un bien fou d’aller dans le Marais, de trainer aux mots à la bouche, de glaner des revues gratuites que je lisais en cachette…, maintenant j’y vais comme dans un centre commercial… :-(

  4. Très intéressant comme démonstration.
    Ce qui m’effraye c’est qu’à force de se rejetter les uns les autres ca va finir en ghettos…
    Ca ne me tente pas, j’ai juste envie d’être accepté et respecté comme tout le monde.
    D’accord, il y a encore du chemin à parcourir avant d’arriver à ce résultat, mais je ne vois pas mieux que le dialogue et l’ouverture pour y arriver…

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