Jean Cocteau, sur le fil du siècle

L’exposition au Centre Georges Pompidou est une véritable rétrospective de cinquante années de création artistique polymorphe de l’artiste-poète que fut Jean Cocteau. Je me demandais comment on pouvait vraiment apprendre sur un homme aux talents artistiques aussi divers, et finalement je ne suis pas ressorti avec une compréhension plus claire de son oeuvre, mais par contre, on se retrouve plongé dans un univers artistique qui est incroyablement bien reconstitué, et qui permet de mieux appréhender les codes et l’environnement culturel, historique et social de Cocteau.

Je crois que pour vraiment en savoir plus, comme il s’agit très souvent de contenu non statique (beaucoup de films ou de livres qu’il faudrait lire en entier ou feuilleter au moins) il vaut mieux regarder un Théma sur Arte que venir à cette expo. Mais là, ce qui est remarquable, c’est qu’on doit mettre sa sensibilité à l’épreuve. Ce n’est qu’une affaire de feeling et de réceptivité face à cette oeuvre gigantesque et éclectique. On rentre dans un monde à l’expression plurielle et foisonnante qui peut plaire ou dérouter, mais qui ne laisse pas indifférent et qui permet de rentrer dans l’imaginaire et l’univers onirique complexe de Cocteau.

L’exposition se compose d’une myriade de documents de tout genre, des photographies, énormément de dessins, d’esquisses, d’annotations sur des bouquins, de lettres, mais aussi des éléments qui situent le personnage dans l’histoire au travers de coupures de journaux qui l’évoquent à certaines époques, ou bien des portraits de lui par tous les peintres qu’il fréquentait (d’ailleurs cette salle impressionne par le nombre et les noms présents) et des extraits de films, des oeuvres plastiques etc. J’ai été largement saoulé par la sur-représentation des dessins et autres griffonnages qui sans explication ni contexte ont fini par me paraître plutôt insipides. Par rapport à cela, je me demande toujours d’ailleurs s’il y a un tel intérêt à vider les fonds de tiroirs et à exposer certaines oeuvres qui sont des essais faits sur un cahier de brouillon. Comme pour Picasso dont on expose les moindres traits sur un bout de papier, on a sous les yeux des milliers de feuilles couvertes de graphismes (textes et dessins) mais sans vraiment savoir si c’est moi qui ne comprend pas ou bien si, en fait, on abuse un peu de ma crédulité. Mais cette abondante juxtaposition a le mérite de nous mettre dans l’ambiance de son génie créatif et de nous faire partager la genèse de son oeuvre.

On suit de sujets en sujets, les différentes étapes de la vie de Cocteau, et si une chose est bien réussie c’est la mise en scène de l’expo et son découpage thématique. On ne peut pas dire que les explications soient très pédagogiques, mais je me dis que c’est aussi laisser une certaine liberté de penser et de ressentir au visiteur, ce qui est très agréable. On flâne ainsi de salle en salle, et on s’abreuve de l’essence même de l’artiste en s’immergeant dans ses visions oniriques sous toutes leurs formes.

En définitive, c’est une bonne exposition pour son côté rétrospectif et l’opulence d’oeuvres présentées. Et c’est propice à découvrir Cocteau par son art plus que par un cours didactique qui décortiquerait l’homme. Par, contre il doit falloir deux ou trois heures pour vraiment tout observer, et c’est largement au-dessus de ma capacité d’attention. Donc je me suis plu à déambuler parmi les différentes salles à me concentrer sur ce qui attiré mon attention, et en zappant des choses certainement très intéressantes mais qui m’ont laisse plutôt indifférent. J’ai aimé lire les articles diffamatoires dans les journaux de l’époque disputant des moeurs spéciaux de Cocteau, ou bien de la censure des « Parents Terribles » avec l’assentiment public d’un Louis-Ferdinand Céline (quel gros connard celui-ci), découvrir la correspondance émue entre Genet et Cocteau tandis que ce dernier le défendait becs et ongles alors que Jean Genet risquait la prison à vie pour vols et autres larcins etc. Enfin, j’ai particulièrement aimé deux représentations filaires en blanc sur noir projetées sur un mur, des dessins géniaux, des dessins érotiques aussi absolument bandant et superbes, le portrait de Cocteau par Modigliani ou bien les « poèmes plastiques » sortes d’objets composites qui racontent une histoire en une pièce.

Jean Cocteau, au fil du siecle

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