Au-delà des clichés ?

Je viens de lire que le salon pédécopain (traduction personnelle de gay friendly) « Rainbow Attitude » de la porte de Versailles de ce week-end a attiré tout de même 28 000 personnes. Apparemment, c’est un bon chiffre, qui présage une seconde édition l’année prochaine.

Je suis très dubitatif quant au bien-fondé d’une telle manifestation. Je ne fustige pas l’idée de base qui est de proposer un contenu mercantile qui soit adapté à une communauté, soit… Mais quand on voit justement la teneur de ce contenu, c’est à se taper le cul par terre. Nous voilà donc au-delà des clichés avec des stands aux goûts : voyages, cosmétiques, fringues et sex shop.

J’ai vu dans le métro deux affiches qui illustraient ce leitmotiv, et deux affiches que j’ai vu comme deux preuves flagrantes d’une nouvelle gamme de clichés. D’abord un pédé plutôt butch qui étend parcimonieusement son linge, ensuite une goudou plutôt féminine qui est au volant d’un camion. Dans les deux cas, les clichés sont bien maintenus, puisqu’on ne fait qu’inverser la tendance, mais on reste dans un même répertoire. Mais surtout ce slogan est complètement trompeur et inepte puisqu’il s’agit simplement de replacer les homos dans un contexte sage et universel. Et quel est donc la valeur universelle sur notre planète ? Mais le fric bien sûr ! Et voilà la prophétie : les homos rachèteront leurs fautes par la sacro-sainte thune qui ouvre toute les portes, et donne son vernis de respectabilité à toutes les brebis. Ainsi nous voilà propriétaire d’un nouveau cliché qui fait rage depuis quelques années : les pédés ont un pouvoir d’achat au-dessus de la moyenne. C’est une cible marketing prisée, il faut donc la cerner, la catégoriser et l’exploiter. Ce salon est le maillon final de cette reconnaissance.

Je ne suis pas non plus complètement négatif et pessimiste. S’il y a reconnaissance, c’est déjà pas mal. Le problème c’est qu’il s’agit d’une mauvaise entrée en la matière pour moi. Car toujours et encore, ce n’est qu’un poncif qui nous met dans un case et nous oblige à nous conformer à un nouveau modèle. Maintenant on a le droit de s’enculer, mais seulement si on gagne bien sa vie. Et encore une fois, je reconnais que cette manière de penser est plutôt conforme à notre modèle de société, et que finalement c’est une manière comme une autre d’arriver à ses fins. Au final, ces banalités sur la gay attitude nous redorent le blason et surtout une couche d’honorabilité qui apparemment nous manquait.

J’existe puisque je consomme. C’est tout de même très américain comme conception. Seulement je ne sais pas si c’est bien de fonctionner en lobby et en communauté comme ça, même si je reconnais le bien-fondé de l’union (qui fait la force) et de la volonté de reconnaissance sous toutes ses formes. Néanmoins, j’opterais plus pour une reconnaissance basée sur une philosophie de tolérance et de compréhension, plutôt que sur un jeu de forces économiques. Enfin c’est vraisemblablement la règle du jeu social auquel nous sommes inscrits depuis des années.

Ce que je ne cerne pas c’est si, en définitive, nous avons vraiment le choix de notre mode d’émancipation. Est-ce que c’est vraiment la seule manière ? Je suis vraiment partagé entre la stupéfaction devant une telle mascarade, et l’envie de dire autour de moi : « vous avez vu ? Nous en sommes là nous aussi ! Vous scandez que nous n’existons pas, et bien fuck ! ». En effet, cet éclairage consumériste est un pas supplémentaire vers une meilleure visibilité, mais aussi une ghettoïsation malgré les efforts pour en faire un mouvement fashion et viral plutôt qu’un simple événement communautaire. Je ne veux pas être considéré comme un être à part, ou plutôt si, mais tellement singulier que je me réduise à mon propre modèle, partagé par moi et moi seul. Je m’emballe car j’aime bien ce sentiment de communauté et d’appartenance et je le trouve plutôt sain, lorsqu’il permet à des gens de se fédérer autour d’intérêts communs. Cependant, je trouve fallacieux cette philosophie lorsqu’elle mène à un catalogage et qu’elle se substitut à une intégration.

15 Commentaires

  1. I think you pose a false dichotomy between gay self-representation and representions generated for commercial purposes. The latter does not exclude the former. Major corporations who target the gay market confer their legitimacy on us and give us invaluable mass market visibility. I prefer stereotyping to invisibility, with the hope that the stereotypes won’t sell product and that marketers will try harder to know and speak to us. Here’s an example of how this done here.

    http://www.washingtonblade.com/2003/10-10/locallife/feature/marketing.cfm

    PAS

  2. salut, j’y suis allé… j’y suis resté 2 heures…j’ai perdu 10 euros, totalement ininteressant, une sorte de foire de paris en plus petit, arc en cieliséee… seul interet, me suis assis dans un cabriolet volvo…bref c’etait nul, me demande ou il ont trouvé leur 28000 visiteurs. les gens se trompaient pt etre avc le salon beauté santé d’a coté, ki sait…

  3. En fait, c’est cette segmentation dans tout les sens qui me gene. Je ne pense pas que l’on choisisse par exemple des chocopop plutot que des chocapic, uniquement parce que le premier arbore un petit drapeau arc en ciel de cereales « pédécopain ». faut savoir segmenter a bon escient. Et surtout, s’il faut d’abord devenir un segment marketing et donc une force economique a part entiere pour etre accepté et reconnu, c’est un peu malheureux tout de meme.

  4. De prime abord, j’ai cru que le commentaire de Paul était du spam !!! Ooups !

    Paul> I also prefer stereotyping to invisibility. I just don’t want companies and brands to express more than the fact they want to capture our purchasing power. I just don’t want hypocrisy. They want to sell goods, they don’t really act for tolerance.

    I do hope this economical rule will give us some social acknowledgement. I’m not sure this is the goal. Besides I’d prefer some political decisions led by people minds evolution instead of marketing power (I know I’m utopist).
    [sorry for crap english ! :langue:]

    Arezki> En me relisant… je ne me comprends pas tout le temps aussi ! lol En fait, parfois je sous-entends des choses et je fais des digressions… c’est total abscons, en plus d’une construction pas toujours limpide !!! En fait, j’écris vraiment à l’instinct, je ne me relis pas vraiment à part pour les fautes. Du coup, c’est écrit comme ça me vient ! :euh:

  5. L’étiquette « gay friendly » est -elle vraiment efficace? Je trouve qu’on accorde beaucoup trop de pouvoir au marketing, et à son influence supposée auprès de la communauté gay. Et pourtant, qu’est ce que je peux me vautrer allégrement dans la société de consommation!

  6. Si encore il y avait eu quelques nouveautés kitsch, quelques gadgets cons mais marrants.. Mais non! Juste un ramassis de tout ce qu’ils ont pu rameuter sur place (et qu’on trouve dans le Marais… les concessionnaires auto en plus c’est vrai… arf!) et puis un troupeau de pétasses à faire la queue (à croire qu’ils aiment ça!) pour bouffer 3 merdes au CARRE… (Chéri invite moi à bouffer un steack à 16h, dans le stand là,faut qu’on nous voit…!)… N’importe na ouak!

  7. Mat « résume » bien ce que j’ai ressenti avant, pendant et après. Je n’étais pas très partant pour une ballade à la Porte de Versailles, mais une entrée gratuite offerte par un ami m’a convaincu de me trainer sur place. Résultat: des crampes aux jambes, une sorte de malaise de voir des gays s’extasier devant des stands de meubles exportés du IVè arrondissement et des Volvos toujours aussi pleine de grâce, un café et un snack-bar sans âme et la came apparentée… Je souhaitais voir néanmoins, et suis heureux de l’avoir fait, même si je suis un peu écoeuré, sans trop savoir si c’est dû à mon « indidualisme gay », mon agoraphobie, l’impression que tout cet étalage n’avait que très peu de sens si le but était de permettre une « meilleure visibilité de la communauté » ou le fait qu’on m’ait encore dit que j’avais l’air fatigué. Bref, trois-quarts d’heure à déambuler dans une reconstitution de quelques rues du Marais sans l’architecture qui en fait le cachet avec le sentiment de lire et à entendre partout « achète, achète, achète, tu seras un homo heureux ». Je n’ai acheté qu’un magazine télé au kiosque à journaux devant le Hall 6.

    Le premier « comment » en anglais est assez parlant; aux USA, on pense que les méga-entreprises nous légitiment par leur action commerciale, ici-bas, certains pensent encore qu’être une dinde plumée, même sans anesthésie générale, n’est pas forcément valorisant… de l’autre côté de l’Atlantique, on assume pleinement le système capitaliste et ce qui en découle à tous les niveaux, ici, on vit la même chose, mais ça nous donne des crampes d’estomac, des maux de tête et des banqueroutes intellectuelles qui font osciller entre participation au modèle et pseudo-résistance à l’attraction consumériste; on en sort peut-être plus lucide, mais pas forcément plus heureux.

  8. Tout a été dit, t’as de la thune, t’as tous les droits, surtout celui de consommer et de voter à droite, bref d’arrêter de réfléchir, pédé ou pas.

    En plus, si t’es pédé, t’es rentré dans le rang de ceux qui te détestent : la dernière fois que la droite est descendu dans la rue, ce fut au cri de « brulez les pédés » en 97.

    Alors, si t’es pauvre, en province, pas à la mode, t’es plus qu’un con, même pas interessant pour les marques, pédé ou pas.

    Bah moi, je vais revoter à gauche, je sens, je v continuer à faire pédé de province, yahoo !

    Jann.

  9. en gros c’est que cette fois, en rentrant dans la norme socio-économique,tu te fais enculer comme tout le monde ;la société de consommation est nymphomane

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