Adoptez, qu’ils disaient !

Hier soir, Jeff et Fred sont venus dîner à l’appart. Ce fut le branle-bas de combat (elle est chelou c’t expression tout de même) pour tout préparer. Et M. ayant eu un problème au boulot, il n’a pas pu finalement rentrer avant 20h15 pour me filer un coup de main.

Donc, je suis rentré vers 19h. J’ai posé mes affaires. Il y avait la vaisselle à laver, les courses à faire, le salon et la cuisine à ranger, mais surtout on avait des merdes dans l’entrée à mettre devant l’immeuble pour que les monstres les emportent le lendemain matin. Notre cave est en travaux et on a du la vider grossièrement avant-hier en montant temporairement des « choses » (des vieux pots de peinture et autres cartons pleins de déchets polymorphes inidentifiables) encombrant l’appart. L’heure était donc grave, il fallait agir, vite et bien ! J’ai donc tourné sur moi-même et tin tin tin tintintintintin !! Wonder Womaaaaan, Wonder Womaaaaaaan ! Avec ma grande culotte à étoile et mon super serre-tête dorée ! Ainsi j’ai fait les courses, la vaisselles, rangé grossièrement, descendu les daubes et me suis un peu rafraîchi en attendant mes invités et mon baby.

Ensuite, M. a fait la bouffe, et les invités ont pointé leurs nez. Nous avons passé une soirée vraiment sympa. Il faut dire que Fred et Jeff sont deux potes que j’aime beaucoup et pour lesquels j’ai énormément de considération. Fred est en couple depuis autant que moi et M., et avec un type qu’il a aussi rencontré sur Yarps à la même période. Jeff, je le connais depuis plusieurs années, et originellement c’est un carapote. Nous avons évoqué pas mal de sujets, et M. tenait particulièrement à nous faire partager certaines conversations qu’il avait eu avec un collègue au sujet de l’adoption pour les gays.

Son collègue expliquait qu’à l’heure actuelle, il était déjà quasi-impossible d’adopter un enfant en France, car, d’une part, les conditions sont extrêmement drastiques. Et d’autre part, il y a un tel nombre de demandes pour un enfant, que le choix de l’administration se porte sur – objectivement et assez rationnellement – sur le meilleur candidat. Or on sait que des célibataires sont en mesure d’adopter en France, mais on imagine aisément que le meilleur candidat dans tous les cas est inévitablement un couple hétéro. Je dis « inévitablement » car si on demande à des gens de faire un choix impartial, en jaugeant avec les critères les plus équitables, on peut présager que ce n’est pas le couple homo qui apparaîtra, malgré tout, le plus idoine. On se demandait donc quel pourrait bien être l’intérêt d’avoir le droit d’adopter dans ces conditions.

Ensuite, M. nous expliquait avec beaucoup de justesse et perspicacité (amoureux moi ?) que l’adoption changerait, plus qu’on ne peut croire de prime abord, notre mode de vie et notre place dans la société. En effet, si nous avons comme les hétéros ce moyen de pérenniser le couple qu’est l’enfant, cela nous place dans cette même obligation morale de fixer le couple et de fonder une famille soudée. De ce fait, la société nous considèrerait aussi différemment, puisque ce qui les ennuie aussi terriblement c’est justement ce mode de vie à part, un mode de vie hédoniste et foncièrement égoïste. D’ailleurs, je ne comprends pas vraiment s’il s’agit d’une expression de rejet fondée sur une intolérance institutionnalisée ou de simple jalousie (d’être eux coincés avec des mômes et dans un cadre morne). Mais donc avec l’adoption, je ne doute pas que les parents s’empresseraient de nous prendre grave la tête pour nous caser et avoir un gamin, juste comme ils le font avec leurs enfants hétéros. Et cela créerait certainement des couples homos beaucoup plus conformes, et finalement dans un système de valeurs qui convergerait rapidement.

En conclusion, si les conservateurs de droite et autres rabat-joie voulaient nous normaliser, ils devraient plutôt nous donner des gamins à élever. Ce serait le moyen le plus efficace de nous rendre aussi traditionnels que possible ! Drôle non ?

19 Commentaires

  1. Un des arguments avancés contre l’adoption par des couples homos est que cela pourrait avoir des conséquences fâcheuses sur l’équilibre psychique des enfants. Cependant, cela n’est pas scientifiquement démontré. Mais même si ça l’était, je trouve qu’il faudrait malgré tout permettre aux homos d’adopter. Il serait injuste d’empêcher des avancées sociales pour des raisons seulement psychologiques. D’ailleurs, je crois qu’en changeant l’organisation des sociétés, on finit aussi par changer, à la longue, l’organisation de la psyché. Si l’adoption nous était permise depuis 100 ans déjà, par exemple, cela ne pourrait plus avoir de conséquence facheuse sur l’équilibre des enfants, tout simplement parce que l’équilibre psychique des hommes ne serait plus celui qu’il était 100 ans plus tôt.

  2. bien vu, olivier …
    le débat est tronqué depuis le début par la vieille droite : 2 mecs, ça va faire « virer » le gamin de bord. alors que les homos ont à 99% des parents hétéros, ça ne tient pas la route.
    ceci dit, j’ai toujours autant de problème avec l’adoption par les homos. non pas que je ne m’en sente pas capable, mais il reste qqch qui me gène, sans doute un vieux fond judeo-chrétien et la tonne de culpabilité qui va avec. impossible à définir plus avant …
    mais, sinon, ouais, « legalize gay adoptions ! »

  3. Oh la la ta conclusion Matoo!!! Mais il se pourrait bien que ce soit les conservateurs et autres rabats-joie qu’il conviendrait de « normaliser »? ( j’insiste sur les guillemets, parce que ce serait admettre qu’il doive y avoir une norme… ;) )
    Quant au reste, Matoo, tu fais une bonne analyse sur les conditions d’adoption, il n’y a paradoxalement que peu d’enfants à adopter… Ca n’empeche pas de voir des cohortes de gosses bringuebalés et sans repères car vivant dans un milieu familial (hétéro) bien peu épanouissant pour ne pas dire plus, et au final malheureux… Mais la « norme » a voulu que…

  4. Je ne suis pas sûre qu’ils aient envie de normaliser les couples gays, ils ont trop besoin de gens à marginaliser et de différences à pointer. Ca ne ferait pas leur affaire, finalement, si tout le monde « rentrait dans le rang ».

  5. Je ne suis pas d’accord avec vous. Est ce que l’on peut prendre le risque d’elever un enfant, et peut etre de briser son equilibre psychologique juste pour remporter une bataille pour l’egalite ? Est ce que le plus important n’est pas de s’assurer de l’equilibre du gamin. Parce que moi je me souviens que mes parents j’en avais souvent honte (et maintenant je remarque la connerie que c’etait) mais je pense que ca aurait ete pire s’ils avaient ete un couple homo…
    Alors je pense que les questions ne sont pas d’ordre politique mais juste de s’assurer avant tout que ce ne serait pas une grosse betise pour l’enfant.
    Mais ceci n’est que mon avis, et je suis totalement pour l’egalite complete dans certains domaine.

  6. la question de la capacité d un couple hetero a elever un enfant ne se pose jamais. On ne leur fait pas passé des tests pour savoir si ils vont etre de bon parents. Donc par principe ca devrait etre la meme chose pour les couple de même sexe… Juste pour l’égalité
    Meme si moi, les gamins je les aime bien de loin.. de très très loin

  7. l’égalité dans certains domaines ????
    ça, ça me choque sérieux … les taux de suicide, de consult’ psy, … sont + forts chez les enfants d’hétéro !! que d’homo, même si certaines réalités sociales sont + dures, c vrai.

  8. pour moi l’égalité ca signifie une totale indistinction aussi bien raciale que sexuelle ou autres dans les droits juridiques.
    Si c’est autorisé pour l’un ca doit l’etre pour tous.
    Le bien fondé d’une loi n’est pas en discussion

  9. Le problème avec une nomre, c’est qu’elle est rarement crée consciemment…donc tout ca se construit sur les préjugés, les a-prioris, les confusions, les haines…puis…un conservateur intelligent ca fait un peu oxymore…

  10. à ceux qui mettent en avant le « bien-être » de l’enfant qu’il faudrait « protéger » : ce genre de raisonnement, appliqué il y a quelques dizaines d’années (et encore un peu maintenant), aurait tout naturellement conduit à refuser l’adoption d’un petit blanc par un couple de noirs « pour le bien de l’enfant » (c’est vrai quoi, comment il se serait positionné ce pauvre gamin, et puis on se serait moqué de lui à l’école, je ne suis pas raciste, j’aime beaucoup les noirs, mais il vaut mieux « dans l’intérêt de l’enfant » éviter aux petites têtes blondes d’avoir à assumer des parents nègres)

  11. Moi-même homo (normal, sans ça je ne lirais pas le blog de Matoo :-) ) je suis infiniment sceptique quant à l’opportunité de laisser des couples de concubins ou pacsés de même sexe adopter des enfants.
    Mais il manque un élément essentiel pour me permettre de me faire un avis définitif : les enfants dont on refuse l’adoption à des couples homosexuels (quel est l’ordre de grandeur de ce nombre de refus chaque année d’ailleurs ?) que deviennent-ils : sont-ils adoptés par d’autres couples résidents de l’union européenne, hétérosexuels eux ? Sont-ils adoptés par des célibataires vivant seuls résidant dans l’union européenne ? Restent-ils dans leur orphelinat de Bogota ou Lusaka jusqu’à leur départ vers la rue à l’âge de douze ans ?
    J’aurais beaucoup plus de facilité à me faire une opinion si je savais quel est l’autre branche de l’alternative.

  12. aquoibon> Kwâââ ma conclusion ? lol Mais je plaisante évidemment !! arf arf. Mais tu as raison sur un point, il faut que j’arrête de parler de « normes ». A force de segmenter et catégoriser, je me fais aussi sectaires que ceux que je fustige. C’est très mal ! :)

    :ben:

  13. Je ne comprends pas qu’on se soucie autant des enfants. Après tout, leur état n’est que passager. Et même, La Bruyère disait : « Les enfants sont hautains, dédaigneux, colères, envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérants, menteurs, dissimulés; ils rient et pleurent facilement; ils ont des joies immodérées et des afflictions amères sur de très petits sujets; ils ne veulent point souffrir de mal, et aiment à en faire: ils sont déjà des hommes. » Ce sont déjà des hommes, lol, alors je ne sais pas s’ils méritent tellement d’être à ce point ménagés. (Je plaisante là.)

  14. no name propose de laisser des gays adopter si ce sont des petits crève-la-faim… mais s’ils ont le ventre bien rempli, alors là non, faut pas pousser, là on entre dans la catégorie « luxe » et c’est pour les couples hétéros

    ça me laisse pantois…

  15. Rémy, vous n’avez pas compris mon commentaire. Je suppose (peut-être à tort, mais je ne connais pas le dossier) que presque tous les adoptables sont des « petits crève-la-faim ».

    Je ne me pose pas la question de leur passé mais de leur futur ceux dont l’adoption est refusée à des couples homo, dans les mois qui suivent ce refus, restent-ils des « crève-la-faim » ou sont-ils adoptés par des personnes qui, sinon, seraient restées plus longtemps sur liste d’attente voire n’auraient pas pu adopter ?

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