Cocorico !

En ce jour de commémoration du 11 novembre, une journée pour célébrer hypocritement la fin de la première guerre mondiale… Je dis « hypocritement » parce que cette journée ou les autres ne servent pas à en prévenir d’autres, il y a bien longtemps que j’ai perdu mes illusions sur l’efficacité du souvenir des atrocités comme garde-fou des homo sapiens sapiens ! Mais c’est une journée spéciale c’est certain, et je respecte les hommes et femmes qui se sont battus (différemment mais également) pour recouvrer leur patrie.

Je me demande comment la notion de patriotisme évolue-t-elle après deux générations nées sans guerre. Nous avons eu notre lot de guerre évidemment, qu’elles soient d’Algérie, d’Indochine ou du Golfe… mais rien de comparable car nous n’étions pas en prise directe dans notre pays. En conséquence, nous avons nourris en gros depuis 50 ans une attitude fortement pacifiste, et une politique du « juste nécessaire » en matière de défense internationale. S’il devait demain y avoir la guerre en France, serions-nous des engagés de la première heure, des résistants acharnés à l’occupation, des collabos opportunistes ou bien des citoyens désemparés et apeurés ? Je crois qu’il n’y a aucun moyen réel de mesurer cela, ce n’est qu’en faisant face à un tel événement qu’on peut connaître ses réactions. Et puis, c’est souvent difficile de savoir ce qui est bon ou mauvais dans ces circonstances. Difficile de jeter la pierre…

A un premier degré, celui du sentiment d’appartenance, je me sais extrêmement heureux d’être français. Je suis un amoureux de la langue, de la culture, de l’histoire, de la géographie etc. Et pourtant, je suis un petit-fils de quatre personnes venues de quatre pays distincts (France, Allemagne, Portugal et Algérie) qui ont simplement gagné Paris avant la seconde guerre mondiale, on pourrait donc penser que le métissage et les racines diverses diluent un peu ce sentiment, mais il n’en est rien. D’un autre côté, je ne suis pas non plus ce qu’on peut appeler un patriote, je ne suis pas chauvin non plus dans le sens où je ne suis pas en train de dire que les français sont les meilleurs dans tous les domaines ou bien que c’est le peuple élu et ce genre d’inepties. Seulement, j’adore cette culture, je kiffe parler français et écrire en français, j’aime aussi beaucoup les gens d’ici, la pluralité de nationalités et ce carrefour de cultures où chacun peut exprimer ses différences tout en respectant et s’intégrant à un ensemble en perpétuelle homogénéisation. Les régions de France sont magnifiques tant en diversité de paysages, de cuisines, de langues, d’arts, et elles brillent de leurs spécificités tout en étant intégrées dans un tout qui créé un véritable sentiment d’appartenance national.

J’ai toujours adoré apprendre les langues étrangères et je rêve de voyager ou même de m’installer ailleurs pour un moment, mais j’ai vraiment compris à quel point mon pays me manquait quand j’ai passé un grand semestre à Newcastle quand j’étais en DUT. Au bout de six mois, j’avais un envie dingue de lire en français, d’échanger avec autrui en français. Non seulement parce que c’est ma langue maternelle et celle avec laquelle je m’exprime le mieux et avec le plus nuances, mais aussi par plaisir et par envie de me retrouver. Par la langue et les mots, on se replonge dans tout un univers, et je me suis rendu compte que, même dans un pays voisin et extrêmement proche culturellement, je n’étais malgré tout pas « chez moi ». Et puis, mais là évidemment j’étais en Angleterre (arf !), je n’ai jamais eu autant envie que ma maman me fasse des râpés de pommes de terre, des haricots à la portugaise, du filet mignon à l’ananas, du magret de canard aux baies de cassis, et mon père le couscous de la famille (le seul et unique) ! Et putain, un plateau de fromage qui tuait sa mère aussi, oh oui !! Je voulais aussi m’acheter plein de bouquins, lire en français et retrouver cette musique qui m’était si familière et si proche. J’ai aussi réalisé que même dans des pays similaires aux nôtres les différences culturelles sont énormes, et qu’il n’est pas si facile que ça de faire connaissance avec des gens, de se faire des potes et de réussir à se comprendre complètement, faute d’un référentiel commun. Là, ce fut un challenge à relever qui m’a beaucoup plu, et surtout beaucoup enrichis. En fait, le plus difficile, au fond, fut de quitter ma famille et mes amis, plus que mon pays.

Je lisais l’excellent blog de Vicentime et il évoquait justement le fait de quitter sa ville avec son homme pour se rendre aux antipodes de Reims. Je comprends cette envie, mais je me dis que j’aurais beaucoup de mal à faire de même. Quand on a commencé à sortir ensemble, M. m’avait dit qu’il comptait bien passer quelques années à l’étranger, et notamment avec moi si on restait ensemble quelques temps. Et je me dis, qu’en effet, partir avec M. dans deux ou trois ans, pour quelques années dans un pays étranger est un véritable challenge et une expérience qui doit valoir quelques sacrifices. En outre, tenter le truc à deux c’est un double défi : à la fois pour soi-même et pour son couple. Je jouerai donc certainement au fils prodigue dans quelques automnes, mais n’en resterai pas moins francophile convaincu. :-)

3 Commentaires

  1. :hum: « je kiffe parler français et écrire en français »
    Traduction : j’éprouve un plaisir non dissimulé voire même évident à parler français…
    ;)
    en tout cas ton texte est une fois de plus une belle illustration de l’ouverture d’esprit, culinaire et autre !

  2. Personnellement je suis vraiment pas convaincu qu’on puisse si librement exprimer ses différences dans ce pays. On en est tous persuadés, mais c’est surtout parce qu’on n’est pas si différents les uns des autres qu’on se croit si libre de l’être. Les vraies grandes différences, quand on les fait voir, on est directement brûlé en place publique la plupart du temps. .

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