Espoirs urbains

Vendredi dernier, j’étais vers 19h40 dans la ligne 8, et à République, tu étais en face de moi. Tu m’a regardé, mais moi je n’ai pas osé te rendre la pareille. Et pourtant j’ai senti que tout était possible, j’ai senti darder sur moi le rayonnement de ton regard, et alors mon coeur s’est irradié de bonheur. Et quand j’ai levé les yeux, tu étais parti. Tu m’a décoché un dernier regard, il m’a décroché le coeur. J’aimerais te revoir. Tu portais un survêtement Sergio Tacchini blanc relevé sur un mollet, une casquette Lacoste, un casque de walkman Technics et une chaîne en argent à gros maillons autour du coup.
:berk:

Arf non je rigole. Bon, soyons sérieux, je reprends… Vendredi dernier, j’étais vers 19h40 dans la ligne 8, et à République, le métro arrive… les gens descendent, d’autres montent, et alors cela prend quelques secondes. Je lève le nez de mon bouquin car je perçois un drôle de brouhaha sur la quai. Je vois que les gens qui sont sortis de mon wagon rejoignent d’autres personnes qui attendaient sur le quai, et quelques autres aussi débarquent rapidement des couloirs attenants. Et là, surgit la panoplie du parfait lutteur anti-pub : pots de peinture, marqueurs, pinceaux, scotch. Et voilà qu’en quelques secondes, ça peint, griffonne, barbouille, couvre, colle… et les affiches publicitaires de se recouvrir de ces quolibets et aphorismes anti-pub. La sonnerie du métro retentit, certains rentrent dans les voitures, d’autres se dispersent, les derniers fignolent l’ouvrage et avant que mon métro ait complètement quitté le quai, tout est redevenu normal.

Waow !

En fait, deux choses m’ont surpris dans cette action. D’abord l’organisation et la précision quasi horlogère, avec laquelle ils ont logistiquement combiné ce civique larcin. Et puis, j’ai noté qu’aucun n’a tagué un mur, ni une bordure de pub, tout s’est exclusivement et rationnellement concentré sur les affiches seules. Mais aussi l’âge moyen des protagonistes de cette libération des murs du métropolitain. En effet, d’après ce que j’ai rapidement pu apercevoir, je pense qu’ils avaient entre 18 et 24 ans. Il s’agissait manifestement d’étudiants ou de personnes ayant l’âge de poursuivre des études. Cela m’a rendu plutôt joyeux et euphorique. Cette génération qu’on dit sans engagement politique et sans discernement… elle vient de parler, et d’agir. Elle était avec les altermondialistes, et là, elle nous met le nez dans notre merde avec la plus belle des démonstrations. Hummm ! Ca fait du bien de voir des jeunes gens qui déconnent de la sorte avec la plus belle des énergies créatrices. C’est bon de voir que certains se révoltent encore, et qu’ils luttent sans vergogne, même contre des moulins à vent.

Et encore bravo, parce que c’est vrai… la publicité, ça commence vraiment à faire beaucoup là…

[Yarrow en parle aussi…]

16 Commentaires

  1. Je suis pas du tout du même avis sur ce mouvement. Je le trouve irresponsable. Dans le métro (test fait lundi matin station Maraîchers, alors que je me posais la question justement), affiche sur 3 concerne un événement culturel. Bon, certes, ça englobe aussi les concerts de star, mais pas que, en particulier, ça englobe les expositions dans les musées. Et ces affiches ont été tout aussi minutieusement peinturlurées que celles des Galeries Lafayettes ou des jouets de Noël chez Carrefour. Un tiers des 4 par 3 du métro sont des événements culturels. Et pourtant, je ne me sens pas envahit par les affiches sur les expos à l’Institut du Monde arabe ou sur le concert de Mickey3D au Zénith (nous aimons, nous vous y emmenons). Et les deux-tiers restant servent à maintenir un prix du billet (et de la carte imaginR) abordable. Ouais, c’est bassement égoïste, de voir dans les pubs l’intérêt pour mon portefeuille. Et alors…
    Une chose m’a fait sourire cependant suite au peinturlurage de ma station. La RATP avait promptement recouvert les messages des tagueurs par des bandes de papier blanc. Le lendemain, elles étaient elles-mêmes recouvertes d’un message dénonçant la censure de la RATP. L’auteur de cette dénonciation avait sans doute oublié que peinturlurer des pubs est aussi une censure de la pub. Des censeurs censurés qui se plaignent.
    Bon, j’arrête, c’est pas mon blog, juste une remarque ;-)une

  2. J’ai une excellente référence sur le sujet de ces « activistes du quotidien » : la BD « La couleur de l’enfer » de Lewis Trondheim chez Dargaud.
    :o)

  3. c’est dommage qu’ils ne s’attaquent pas de la même façon et avec la même vigueur aux parcmetres… et aux affichages sauvages pour toutes les soirées remix-hiphop-rnb-dj-machin qui jalonnent la rue des archives…

  4. « peinturlurer des pubs est aussi une censure de la pub ». Fallait la trouver celle-là! Pour pouvoir parler vraiment d’une censure de la pub, faudrait que par exemple toutes les affiches d’une même campagne de pub soient taguées dans toute la France. Alors là, on pourrait parler de censure, à la limite…

  5. On ne fera jamais assez pour casser l’emprise de la pub sur nous. C’était l’article premier. Article second : « ils ont logistiquement combiner » prend un accent aigu.

    Le vandalisme, c’est parfois et souvent la pub elle-même. Vandalisme, les panneaux dans certains environnements qui s’en passeraient bien. Vandalisme, le jeu pervers sur nos plus bas instincts à longueur d’affiches et de spots. Vandalisme, le ravage sur nos vies qui se résument en une course à ce qu’on pourra ou pas acheter.

  6. la pub pour les événements culturels comme la pub humanitaire comme les affiches des campagnes électorales reste de la pub. la campagne de pub se fonde sur des études marketing minutieuses et tente d’investir tous les lieux ou la cible marketing est susceptible de se trouver. elle est donc envahissante par vocation et pénible à force. si la pub était un amoureux transit ne cessant pas de faire des avances sexuelles, compassionnelles, morbides, séductrice, malignes, culpabilisatrices, on en aurait réellement marre. si en plus on sait que cet amoureux transit a engagé un détective privé pour nous localiser à chaque instant on en appellerait à la loi. et si la loi ne nous défend pas on se défendrait comme on pourrait, ce qui constiturait un acte légitime à mes yeux dans ce contexte.

  7. J’ai vu le résultat de « l’organisation et la précision quasi horlogère » après en avoir entendu le compte-rendu à la radio. Faut croire que je ne regarde d’habitude pas les pubs dans le métro, et qu’elles ont donc été intégrées comme un élément intrinsèque au transport; du coup, ça a eu l’effet un peu inverse, je les ai regardées, et j’ai pensé que c’était fait de manière assez intelligente et marrante, que ça soulevait donc certaines questions. Le fait que ce soit du vandalisme me parait secondaire comparé à l’automatisation que l’on nous impose autant dans les endroits publics qu’à la télé (publique ou non) et dans les autres média. Quoi qu’il en soit, notre liberté est donc aiguillée par tout ce système publicitaire. Pour être resté deux ans avec une personne travaillant dans les autes sphères du milieu et avoir du subir la justification de son activité, j’ai pris ce « vandalisme » comme une libération de nos conversations thèse-antithèse-synthèse sur le sujet. On me disait que la pub, c’était de l’art, la dernière forme d’expression artistique de ce monde car le reste n’innovait plus… du coup, cette organisation me semble bien répondre à ces foutaises sus-mentionnées. Ca donne envie de prendre le métro et de rester collé à la vitre en attendant la prochaine station, quitte à en oublier de descendre à la sienne.

  8. Moi tout ce que je vois, c’est que contrairement à la pub, ces tags m’agressent. Ils sont moches, violents et simplistes. En plus, j’aime bien regarder la pub et je vois pas pourquoi une poignée de révoltés m’imposerait de ne pas la voir. De toute façon, ils sont hors-la-loi. Et ils semblent aussi oublier que la pub est une source de revenus importante pour la ratp…

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