Racisme ordinaire

Je mesure à quel point l’expression qui me sert de titre est délétère et putride, mais elle est avec concision mon exacte pensée à la lecture de l’article du Monde ci-joint. En effet, il démontre de quelle manière nos sociétés occidentales tolérantes et civilisées sont encore le jouet de toutes les bassesses.

Je considère que, bien qu’étant un fait révélé à Copenhague, ce papier est le reflet de ce qui se passe couramment dans l’Union Européenne et la France n’en fait évidemment pas exception. Ainsi, on peut sans vergogne choisir l’origine ethnique d’une personne lorsqu’on veut faire travailler quelqu’un. Cela est dores et déjà plus ou moins valable dans les recrutements effectués par les ressources humaines de n’importe quelle entreprise, mais c’était plus difficilement concevable dans le cas présent, celui du choix d’un conducteur de taxi. Il est évident que certaines sélections se font lors des recrutements sur le nom, et même lors d’un entretien en face-à-face sur l’origine qui peut transparaître d’un physique (le fameux délit de sale gueule). Le fait de ne pas vouloir d’un chauffeur de taxi d’origine étrangère est autant injuste, mais paraît encore plus énorme, car on se dit que si quelqu’un a été engagé en tant que tel, c’est qu’il remplit tout à fait sa fonction. Ainsi cela apparaît comme une marque de racisme pure et d’autant plus méprisable.

En fait, la lecture de l’article m’a sur le coup choqué, et puis elle a fait résonné un écho en moi… ça me disait quelque chose cette pratique qui consiste à simplement répondre à la demande du client sans même se poser de question, ou en se disant « et bien si je ne le fais pas, c’est mon concurrent qui le fera et je perdrai des clients ». Et puis, ça m’est revenu soudainement. J’ai fait un stage dans une agence d’intérim pendant l’été 1997, durant quelques mois j’ai servi de recruteur de personnels techniques dans les domaines électroniques et informatiques. L’agence pour laquelle je bossais délègue couramment des techniciens informatiques et même des ingénieurs électroniciens, un peu comme une SSII. Or, ils avaient quelques gros clients qu’ils chouchoutaient particulièrement dont quelques uns pour lesquels on m’avait prévenu. Notamment pour l’un, on m’avait expliqué avec une certaine gêne, que le mec était un peu facho et donc il ne fallait pas lui envoyer de black ou de reubeu, sinon il ne les prendrait pas pour une raison autre, et au final on perdrait le client. Ainsi, dans cette entreprise de travail temporaire, on marquait les CV d’un signe distinctif, un signe qui indiquait si la personne n’était pas blanche. Ce stigmate la plaçait alors directement à l’index pour ces clients exigeants, mais dont la fidélité sollicitait cette atteinte à l’éthique. J’ai d’abord acquiescé, et puis j’ai reçu un premier mec dans l’après-midi, un black. Ce mec était bien sûr compétent et parfait pour un poste dont j’avais connaissance. J’en ai alors parlé à la commerciale qui m’a rétorqué du tac au tac, que le client faisait justement parti des quelques uns qui lui ont bien fait comprendre qu’ils ne voulaient pas recruter de black. Aussi, il passait à la trappe, et surtout je ne devais pas oublier le petit signe distinctif, car, a-t-elle rajouté, « on ne devine même pas cela à son accent au téléphone ou bien à son nom ». Du coup, je lui ai donné le CV et lui ai gentiment demandé de le faire elle-même. Ensuite, j’ai vu mon responsable et lui ai expliqué que je ne pouvais pas faire cela. Il l’a compris, et en conséquence, je ne m’occupais plus du recrutement pour ce genre de clients.

J’imagine que cela arrive dans d’autres entreprises, d’autres domaines, et je devine que ce scandale danois n’est que la partie immergée de l’iceberg. On est pas sorti de l’auberge…

Racisme ordinaire au Danemark

21 Commentaires

  1. Lorsque la droite de Ch. Millon décida de se commettre avec le FN dans la region Rhone Alpes, la grande agitation dans les lycées fut de savoir quelle serait la reaction des conseils d’administration auxquels on imposerait un conseiller FN comme membre de droit. Réaction Immédiate et courageuse dans le lycée où je travaillais. Tout le monde déclara comme un seul homme que l’on ne siègerait pas pour marquer notre désapprobation républicaine.
    Que l’on attendrait qu’un deuxième conseil soit convoqué réglementairement 15 jours plus tard pour pouvoir sièger, la raison et la morale en paix, afin de répondre aux exigences de la gestion financière et materielle de l’établissement.
    Ce que l’intendant de l’époque résuma d’une formule toute simple mais assassine qui me hante depuis que je suis moi aussi « fonctionnaire d’autorité » : nous sommes tous des petits Papons… Je ne sias pas comment je réagirai aujourd’hui, si je devais confronter mon confort professionnel et des convictions que je me targue de proclamer profondes.

  2. De tels comportements sont tuant. Je peux arriver à comprendre qu’on fasse, dans des domaines sensibles, une discrimination selon la nationalité (on imagine mal un lybien au CEA DAM par exemple), mais se fonder sur les origines ethniques dépasse toute bienséanace et contredit de fait le fondement du pays.
    Cela donne envie d’apeller à l’aide les prud’hommes ; mais sont-ils forcément capable de gére rle problème, car il faut des preuves, comme devant tout tribunal.
    L’idée que si on ne le fait pas, un autre le fera est révoltante. Même si c’est la triste réalité. Il faut une certaine dose de cynisme pour travailler dans ce cadre, puisqu’au contraire de ce qui est cité dan sl’article, on participe du racisme de l’entrepreneur refusant les blacks ou les beurs…

  3. Bon là je vais être didactiquement chicou, mais pour une fois que je peux parler d’un sujet en connaissance de cause… ;-)
    Bah faut dire que le climat au DK en ce moment est franchement pas terrible… (je sais un peu de quoi je parle étant donné que j’y vais quand même assez souvent et que je suis quasi-bilingue…) Faut savoir que le gouvernement actuel, assez droite dure à la Raffarien et en plus bushôlatre au possible, n’est déjà pas piqué des hannetons et surtout qu’il ne tient au Folketing (parlement) que grâce à l' »appui » (vous avez dit chantage?) de l’extrême-droite…
    Bref, la Kjaesgaard (la Le pen locale) est omniprésente à la TV et pour la première fois cet été je me suis fait insulter gratuitement (par une bibliothécaire en plus, pas un mec bourré un samedi soir) sur le mode « si t’es pas content tu peux aller te faire foutre dans ton pays »…
    Sympa n’est-il pas…
    Ceci dit Copenhague reste une des capitales les plus enthousiasmantes d’Europe, mais bon… « O tempora, o mores! » nan? (c’est pas la peine de me répondre en latin, bicoz les bribes que j’ai sues pour le bac se sont envlées depuis bien longtemps…)

  4. On peut bien refuser d’aller dans une boutique parce qu’il est tenu par des « non blanc », pourquoi ne pourrait-on pas refuser de prendre un taxi parce qu’il est conduit par un « non blanc » ?

    (on va me traiter de raciste, je le sens)

    Je veux dire, c’est quoi la différence ? c’est parce qu’on l’appelle par téléphone que ca change quelquechose ?

    Je trouve qu’il serait beaucoup plus choquant de ne pas monter dans le taxi une fois qu’il est arrivé et qu’on se rend compte que c’est un « non blanc » qui le conduit !

    (bon j’enfile mon arumure, allez-y, tapez)

  5. Et bien là alors, on est pas vraiment dans le même référentiel… Dans mon système de valeur, on ne se pose pas la question de l’origine de la personne avant de rentrer dans sa boutique. Ce n’est pas une question de liberté de choix, mais simplement de discernement…

  6. Re :It’s Not TV. It’s McM « on va me traiter de raciste, je le sens »
    Ben oui tu sens bien. Et tu le sais.
    Ça me fatigue toujours ces tentatives de justification du racisme ordinaire, c’est de la poule et l’oeuf totaulogique.
    Hélas constater cette misère vénéneuse est malheureusement vain.
    Le vrai problême est: Quand est-ce que ça s’arrête et surtout: comment.

  7. @ Le S
    le problème c’est que je ne suis pas raciste :-)
    mais je comprend que des gens puissent se sentir mal à l’aise avec d’autres gens différents
    et j’ai du mal à comprendre pourquoi on les obligerait à être dans cette situation
    la solution est de ne pas prendre le taxi tu me diras
    mouais pourquoi pas

  8. Et si on le poussait jusqu’au bout, le raisonnement du pauvre type qui serait incommodé par un chauffeur de taxi noir, juste pour voir… Après un accident de voiture, par exemple, ce même pauvre type, vous croyez qu’il exigerait d’être transporté aux urgences dans une ambulance à chauffeur blanc? Et s’il avait besoin d’une transfusion sanguine… Est-ce qu’il serait assez con pour demander du sang de blanc? Sûrement qu’y serait trop dans les vapes pour rien exiger de personne, et heureusement pour lui, dans un sens, parce qu’avant qu’on lui trouve, son sang certifié cent pour cent blanc, il aurait le temps de mourir au moins mille fois.

  9. Ben justement, c’est pas rare du tout de voir des personnes à l’hopital demander à changer de médecin à cause de sa couleur
    Dans la majorité des cas, on les envois chier et on a raison, mais ça si ils continuent et refuse catégoriquement de se faire soigner par un noir par exemple, ben on s’adapte à lui parce que si lui est trop con pour se faire soigner par un noir, les medecins n’ont pas le droit de ne pas le soigner sous pretexte qu’il est con/raciste/homophobe ou tout ce que tu veux

  10. Bah moi je comprends ni comment ni pourquoi « des gens puissent se sentir mal à l’aise avec d’autres gens différents » (et puis différents, on est tous différents les uns des autres alors…)
    Et puis sinon, je sais pas si les médecins n’ont pas le droit de ne pas le soigner mais bon ce serait cool qu’ils commencent déjà par trouver l’antidote contre la connerie humaine… nan?

  11. C’est pas une excuse d’avoir peur parce qu’on connaît pas. La plupart du temps, quand on connaît pas, c’est parce qu’on le veut bien. On peut apprendre, découvrir, connaître, mais pour ça, d’abord, faut le vouloir…

  12. prenons l’exemple de ceux qui ont peur de l’avion

    te viendrait-il à l’esprit de le forcer à monter dans un avion sous pretexte qu’il veuille aller à Nice ? Il a peur de l’avion, il prend le train et personne n’a rien à dire, non ?

    Tu vas pas résoudre une peur en disant « c’est nul » point barre !

  13. Mais un avion et un être humain, c’est pas la même chose. Si on en arrive à de telles comparaisons, c’est parce qu’on s’entête à croire que c’est la peur qui est à l’origine du racisme. Alors que c’est la haine et la connerie. A part ça, non, je trouve pas qu’on doive forcer des gens à prendre l’avion…

  14. Oui moi non plus je comprends pas la comparaison avec l’avion…
    Et la seule chose qui compte quand même pour un chauffeur de taxi c’est qu’il ait son permis et qu’il connaisse l’endroit… C’est quand même lamentablement dramatique de faire de la mélanine un critère déterminant unique de ses actions nan?

  15. Ben non, on va pas forcer quelqu’un à monter dans un taxi s’il veut pas, mais le problème il est pas là. Il faut interdire très fermement aux compagnies de taxi de sélectionner l’origine du chauffeur qu’elles envoient à un client qui aurait des exigences inadmissibles. Et le raciste, s’il est pas content, il a qu’à prendre le bus ou faire de la marche à pieds. C’est son problème. Faut juste qu’il soit pas pressé, ce con, c’est tout.

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