Des mêmes causes aux mêmes conséquences

Cela fait quelques fois que j’achète le magazine « L’histoire » que je trouve assez bien fagoté et toujours une mine d’information impressionnante. J’aime ce côté éclectique qui fait qu’on peut y trouver de tous les pays, toutes les cultures et toutes les références historiques. Je me délecte particulièrement des mises en perspective de faits historiques avec des faits plus contemporains, voire une explication d’événements actuels sous la lumière d’évènements passés identiques. Et c’est tristement prévisible, les hommes font quasiment les mêmes conneries. C’est incroyable de lire ces articles qui remémorent (ou enseignent) et relatent des faits historiques parfois proches mais oubliés (ou ignorés), et donnent ainsi des clefs pour comprendre ce qui se passe, et avoir une opinion moins spontanée et irréfléchie.

J’apprécie aussi les articles qui remettent en question des connaissances historiques complètement miteuses par manque d’études concrètes sur le sujet, ou simplement par la mythification qu’ont pu subir certains faits due à des éclairages historiques pollués par une conjoncture particulière. Evidemment je ne confère pas non plus à ces publications un enseignement absolu. Elles sont aussi sujettes à critiques et précautions, puisqu’elles sont également le fruit d’un auteur influencé par son propre environnement. Mais je tends tout de même à penser que ce qu’on nous livre en pâture aujourd’hui dans ce domaine, est distribué par des gens qui en ont au moins conscience, et tentent donc d’échapper à cet écueil.

Et l’h(H)istoire commence donc par cette mascarade :

« Il y a deux mille ans, notre pays s’appelait la Gaule. […] Les Gaulois étaient des barbares, mais ils étaient braves, intelligents et gais. Ils aimaient à bien entendre parler et à entendre bien parler, et ils étaient toujours curieux d’apprendre des nouvelles. A la guerre, ils attaquaient l’ennemi avec impétuosité ; ils marchaient et combattaient sans discipline et, quand ils étaient vaincus, ils se décourageaient facilement. […] La Gaule fut conquise par le Romain Jules César, de l’an 58 à l’an 50 av. J.-C., malgré la vaillante défense du Gaulois Vercingétorix, qui est le premier héros de notre histoire.
Les Romains possédèrent la Gaule pendant environs quatre cents ans. Comme ils étaient très civilisés, ils civilisèrent les Gaulois. »

Arf arf arf. Dire que c’est presque exactement ce que j’ai appris en primaire, et en substance ce qui a nourri notre inconscient collectif depuis des générations. Le point positif c’est que cela nous fournit une origine historique concrète et antédiluvienne, une idée de nation débarrassée de toute nature chrétienne et catholique qui arrangeait bien les républicains du 19ème siècle qui ont sanctifié ce « mythe ». Le point négatif c’est que cette narration gauloise ne repose sur aucune étude archéologique et est partiellement vraie, voire complètement erronée. J’ai lu que les rois de France se faisaient souvent remonter aux francs ou comme successeur de César lui-même. A la révolution, on a cherché des ancêtres qui correspondaient à une idée plus conforme des nouvelles idéologies. Les Gaulois se sont retrouvés sur le devant de la scène comme des laïcs et des démocrates (car organisés en groupuscules indépendants). En fait, une bonne partie de l’histoire des Gaules est justement comptée par César qui l’a rédigée dans ses récits de campagne. Et ce récit dépeint la Gaule comme une zone géographique relativement homogène, ce qui l’arrangeait bien. Les recherches archéologiques effectuées sur des sites gaulois ont permis de fonder des hypothèses tout à fait différentes de nos images d’épinal. Les Gaulois tels qu’on les nomme forment un ensemble hétérogène de peuplades plutôt inorganisées, dotées de divinités locales et en conflit avec tous leurs voisins. Ils maîtrisent de manière très avancée la métallurgie et sont reconnus pour la facture de leurs armes. Ce sont surtout de grands agriculteurs et à l’époque la forêt recule considérablement avec un défrichage grandissant. Surtout, ce sont des peuples ouverts sur l’étranger et qui pratiquent un intense échange avec les contrées voisines. Ainsi, nos ancêtres picolaient du vin italien en profusion, ils exportaient des épées, des casques, de la joaillerie, des aliments…

Et puis je me sens le plus grand des imbéciles quand je constate l’entendue mon ignorance. Les pogroms russes par exemple du début du siècle dernier qui ont fait plus de 3000 morts et 10 000 blessés avec l’appui du tsar dans une Europe percluse d’antisémitisme… Ces massacres ont d’ailleurs fortement contribué à l’exil des juifs aux Etats-Unis ainsi qu’à un engagement massif dans les partis révolutionnaires. Il y a aussi ces mille visages de la Vierge Marie où on nous présente un regard curieux sur la représentation de ce personnage au long de l’histoire. L’iconographie évolue considérablement avec la manière dont on perçoit son importance spirituelle et la pratique religieuse. Aussi on la représente tour à tour comme victime, mère digne et grave, exemple à suivre, image de piété et de dévotion incarnée ou même femme forte. Un article assez terrible fait un point sur les archives du 19ème siècle concernant les procès des mères infanticides. On constate avec horreur que c’est un crime plutôt commun et même répandu dans les campagnes et zones économiques sinistrées. Ces mères étaient souvent obligées de cacher leurs grossesses pour ne pas être déshonorer ou perdre leur emploi. Ensuite, elles étaient naturellement poussées à tuer leurs bébés car elles ne pouvaient pas assumer ni la maternité, ni l’enfant. Ces meurtres ont décru à partir du moment où on a procuré un véritable secours à ces mères en détresse. J’ignorais aussi que les samouraïs obéissaient à un système aussi féodal, et que ce sont avant-tout des propriétaires terriens. A tel point, qu’ils se mutent assez rapidement en hauts fonctionnaires et capitalistes de la société japonaise. Et puis une enquête sur la politique arabe de la France m’a bien éclairé sur ces liens qui perdurent avec les pays maghrébins et plus globalement arabes et l’importance politique de De Gaulle à ce sujet.

L'histoire - decembre 2003 - les Gaulois

14 Commentaires

  1. Ce qui est surtout important, c’est que culturellement nous sommes des Romains : notre langue, nos valeurs, notre culture, nos institutions, bref, notre civilisation, descendent totalement ou au moins en large partie de celles des Romains. Parler de nos ancêtres les Gaulois j’ai toujours trouvé ça profondément débile : pour ma part quand je lis la Guerre des Gaules je suis sans hésiter du côté de l’envahisseur (de toute façon je suis toujours du côté du vainqueur, puisque c’est lui qui écrit l’histoire ;-). Jules César était un homme fin, lettré et intelligent ; Vercingétorix, j’ai des doutes.
    Et biologiquement, je pense qu’on peut penser raisonnablement que tout homme vivant actuellement sur Terre (sauf peut-être paumé dans une obscure tribu océanienne, et encore, ce n’est pas complètement clair) a parmi ses ancêtres des Romains, des Gaulois, des Chinois, etc. (Se rappeler qu’on a 2 parents, 4 grands-parents, 8 arrière-grands-parents, etc., et qu’à moins d’un très haut degré de consanguinité on attrape très vite à peu près tout le monde – enfin, tous ceux qui ont eu des descendants.)
    Bref, je ne vois absolument pas quel sens donner à « nos ancêtres les Gaulois ».

  2. Et puis les Sarrasins ont été arrêtés à Poitiers. C’est quand même bien à l’intérieur du royaume, ca, Poitiers. Y’a dû avoir du brassage génétique au passage. N’en déplaise à certains :-D

  3. >Ruxor,
    Je partage ton point de vue mais avec quelques nuances. Pour citer (en bon snob que je suis) Michelet, je dirai que « la France a fait la france ». Plus précisément, dès l’antiquité tardive, à part la langue, le moyen age s’est progressivement coupé des racines romaines. Par exemple, les universités et leur mode de fonctionnement sont purement une invention musulmane. On croit que Bologne est la plus vieille université du monde. C’est faux, c’est l’université du Caire, Al Ahzar ou quelque chose de ce genre (je n’ai pas la mémoire des noms).
    Ce n’est qu’avec la Renaissance qu’on est devenu Romain. Et encore :-)

  4. D’accord avec Matoo : deux heures de bus/métro ça permet de lire.
    A je sais plus qui sur les sarazins : c’est une grosse blague ; la moitié des gens en questions n’étais pas maures ou hibériques, c’étaient des francs… L’histoire, écrite par les vainqueurs, a effacé une « traîtrise » d’une partie de la « nation » (qui n’existait pas alors) par une tentative invasion en utilisant un bouc émissaire. Notons que la péninsule hibérique a bel et bien été envahie par les maures, elle en a gardé des traces (dans la langue, l’architecture, les palais…)

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