Everyday pride

Je ne suis pas du genre à avoir honte de ce que je suis, je veux dire une bonne pédale parisienne bien de chez nous. Je crois qu’on peut aisément en présager en lisant ce que j’écris ici. Non seulement, je n’ai pas honte, mais j’en parle, en outre, avec naturel et franchise à mes amis ou collègues quand le sujet vient sur le tapis. Ce n’est pas non plus mon oriflamme, mais je m’exprime quand il s’agit d’évoquer mon copain, mes convictions ou bien plus simplement la banale réalité de mon quotidien. Comme certains l’ont aussi remarqué, je lis pas mal de littérature pédé, queer ou sur des sujets connexes. Or je passe deux heures dans les transports, et je les consacre justement à bouquiner, dans le RER A de Nation à La Défense, puis dans le Tram jusqu’à Suresnes.

Je lis Têtu tous les mois, M. l’achète ou bien c’est moi. Je ne m’abonne pas, car j’aime bien aller l’acheter dans un kiosque. Enfin, en vérité, je n’aime pas ça mais je me force. Acheter Têtu en kiosque c’est comme acheter une revue porno, on le fait discrètement et sans se faire remarquer… Je le fais sciemment car je me trouve ridicule à redouter le regard d’autrui, et pourtant instinctivement je suis embarrassé. Donc j’achète le magazine, et je le lis ostensiblement dans le train, j’essaie de ne pas me sentir rougir quand je sens des regards inquisiteurs et curieux qui reluquent l’alléchante couverture. C’est un peu ma revendication de tous les jours, de me montrer comme je suis, comme tous les gens qui vont bosser le matin, ni plus ni moins, mais avec mon Têtu sous le bras (sauf pour les photos à oilpé où là je m’empourpre carrément quand j’ai une personne à côté qui manque de s’étrangler).

Et clairement cette affirmation de tous les jours est bien la plus difficile à mettre en oeuvre, et pourtant la plus efficace et la plus probante de l’évolution des moeurs. Mais dans un autre genre, je me souviens un jour où j’achète Têtu au relais de la Gare de Lyon. Je prends le magazine, je le pose sur le comptoir, dis bonjour et sors ma thune. Le vendeur regarde le mag, et il est étonné, me fait un sourire bizarre et me dit : « je connais, je le lis moi aussi ». Je réponds un peu interloqué et indécis : « heu…. Ah bon, ouai ». Et il me tend la monnaie, je la récupère et ce gros naze me caresse la main avec son doigt pendant que je récupère mes pièces. J’hallucine. Je le regarde en rigolant (nerveusement) et lui dis tout haut « non mais oh, ça va pas, tu veux pas non plus que je te suce la bite derrière ton comptoir ??!!? ». Et puis, je me suis tiré vite fait n’osant regarder les gens qui faisaient la queue derrière moi, et qui n’ont pas du comprendre ce qui se passait. Arf ! Cet été aussi avec M., à Saint-Briac, un matin en allant au bourg pour acheter un journal, nous avons eu une vision surréaliste de ce village versaillais au possible. On arrive dans le centre qui fourmillait de monde, on voit une kyrielle de gens qui venaient du kiosque avec des sacs pleins de Figaro et valeurs actuelles. Pas n’importe quels sacs, des sacs qui faisaient de la réclame pour « TETU PLAGE ». Une manifestation de gay pride hors du commun ! D’ailleurs, la grand-mère de M. en utilise encore qu’elle avait mis de côté à l’époque…

Je lis actuellement « Les homosexualités » de Gonzague de Larocque. C’est un petit bouquin mais jaune pétant, avec une jolie photo qui dit tout, et surtout, tous les badauds s’ingénient à lire le titre et, ensuite, me regarder avec une tête cheloue. Vendredi soir, le tram était blindé de cailleras et j’ai eu le malsain réflexe de me dire « bon allez, j’ai plutôt envie d’écouter quelques mp3 là… ». Arf. Et puis, non, allez hop, j’ai sorti mon p’tit bouquin et j’ai lu comme d’habitude.

En fait, je me rends compte que si je suis aussi frileux et pusillanime quant à mon image de pédé en milieu « hostile », je me dis que cela doit être encore plus énorme pour quelqu’un qui s’assume un peu moins, ou bien qui habite en banlieue ou province. Et il ne s’agit pas tant de revendication militante que d’une simple affirmation de soi.

26 Commentaires

  1. je comprends bien volontiers tes pourpres et l’affirmation de toi-même un peu forcée, entre « ni honte, ni fierté ».
    et, oui, ce n’est pas facile, perdu en province, puisque j’ai fait le choix d’éviter paris. malgré ma politique du coup de boule …
    enfin, même (surtout ?) au coeur des provinces éloignées, il y a de fort belles surprises, de magnifiques témoignages d’ouverture d’esprit. parfois à condition de ne pas sortir des limites « acceptables », parfois même sans ça … il n’y a pas de règles, que des surprises. parfois bonnes, souvent aigres.

  2. Mais c’est vrai qu’il y a aussi une sensation de privilège, ou d’avancée quand on peut évoquer son conjoint, comme c’est mon cas. Je l’ai présenté il y a quelques mois à tous mes collègues et à mes supérieurs hérarchiques, tout ceci est venu naturellement, par les biais des circonstances. Une grande partie des mes élèves s’en doutent aussi, on n’en parle pas tout simplement parce que je ne veux pas que des profs parlent de leur vie privée (familiale) aux élèves. Mais c’est un secret de polichinelle, ils m’ont toujours vu en compagnie de mon pote. Je travaille en ZEP il faut dire, dans la banlieue de Rouen; donc dans un environnement beaucoup plus ouvert, contrairement à ce qu’on peut croire, et par ailleurs je n’ose croire que tout cela eut été aussi naturel dans un bahut de bourges.

  3. Ben, tu sais, en province, genre Metz, ville lointaine où j’ai eu la chance de naître, une amie qui tiens LE bar lesbien du coin a quand même entendu quand elle promenait sa gentille petite fille alors qu’elle attendait la seconde « on n’aurait pas dû fermer les four » ou un truc du genre…
    Acheter Têtu, c’estun peu un acte militant.
    Lire un livre queer ou asimilé dans le métro, des fios, c’est assez drole, surtout quand la couverture est assez explicite (mec au otrse nu par exemple, ou « homosexuel »écrit en gros sur la couverture. Je me rappelle d’une mère de famille qui me faisait les grands yeux quand j’ai acheté un livre genre le kama-sutra gay…

  4. j’éprouve pour ma part un plaisir quasi enfantin lorsque – achetant Tétu – je réponds par la negative au vendeur qui me propose un sac plastique… Que ce soit à Paris ou à Bolbec (mais oui Bolbec, vous connaissez pas? à 5 km de Gruchert le valasse et 15 km de Criquetot l’Esneval!)

  5. Il y a un truc qui me gêne vraiment, c’est quand tu parles de toi comme d’une « tapiole » ou d’une « pédale ». Entretenir ces stéréotypes dépassés, cela est peut-être en vogue encore parmi les derniers piliers de bars du Marais, mais je trouve cela extrêmement dévalorisant et ridicule. L’ultime étape de l’acceptation, et de s’assumer en tant que tel, est, je pense, de dépasser ces clichés vieillots. Et surtout cette féminisation outrancière qui ne veut plus rien dire. Arrêtons l’auto-caricature. Les folles sont condamnées à mourir, c’est le passé de l’affirmation. Il faut aller vers autre chose. Entretenir ce discours, c’est nous cantonner dans un ghetto. Excuse moi de le dire comme cela, mais je pense que l’on a un travail à faire et cesser de nous dévaloriser par des figures de style éculées.

  6. Précision : Tous les vendeurs de journaux ne sont pas comme celui auquel tu as eu à faire à la gare de Lyon ! ;-)
    Moi, il m’arrive juste de dire – rarement (je précise) aux mecs (peu nombreux, également) qui me demandent un sac pour y mettre leur têtu – bin que :  » Pourquoi un sac ? Il n’y a pas à avoir honte d’acheter ce magazine. » Je dis cela d’un ton badin, quand même… Honte par rapport à « l’acte » d’acheter ce magazine. Le magazine lui-même…c’est un « autre » débat ! Je le lis quand même ! Il n’y a qu’un magazine homo généraliste en France ! Si je veux être un minimum informé, je suis bien obligé d’en passer par là ! Dieu merci… Je peux le lire, chez moi, sans l’acheter ! Petite satisfaction professionnelle !
    ;-)

  7. Comme Laurent, je trouve que les termes du genre pédale & Cie sont assez réducteurs… Mais bon, là dans le post, j’ai l’impression qu’il est utilisé sur le ton de l’humour (à confirmer?).
    Est ce qu’on pourrait m’expliquer ce qu’est un « plug » o_O ?
    Bon, et puis, j’entends de plus en plus parler de Têtu, j’ai vu très très souvent les affiches dans les rues, mais je ne l’ai jamais lu…
    Donc je vais lancer un nouveau mouvement « hétéro lecteur de Têtu » en l’achetant pour le lire dans le train, au risque, surement, de me faire draguer par des mecs…

  8. pas ressenti de regards/sourires particuliers dans ma contrée (ou bien c’est que je n’y fais pas gaffe). ceci étant Têtu est toujours super bien caché et t’es obligé de demander au vendeur/se où il est … généralement avec les revues porno. bah ! les mentalités changent quand même.
    :)

  9. Laurent/MrPeer> Les termes « pédale », « tapiole » ne sont que des insultes détournées qui, à mon avis, les vident de tout venin pour en faire de l’ironie pure.

    Ensuite, il y a une chose que vous devez reconnaitre. Il y a des gens efféminés, c’est une manière d’être qui n’est pas toujours un masque de folle tordue, mais simplement une nature, un comportement lambda. Moi par exemple, je fais pédé ! Ce n’est pas non plus un truc énorme mais c’est une réalité que je ne nie pas et que je n’essaie pas non plus d’inhiber pour faire comme tout le monde.

    Et plutôt que d’attendre que les gens se le disent en chuchottant ou bien de deviner les quolibets sous-jacents, je le proclame et je rends caduque tout tentative de stigmatisation. Ca marche très bien !!! :)

    Donc je ne joue pas, ne prétends pas, je suis juste moi. Avec ma follitude, ma branchitude, ma ringardise, ma boukinophilie, ma cinéphagie, tout ça !

  10. il y a maintenant quelques semaines que j’ai découvert ce qu’était un blog et le hasard a fait que je suis « tombé » sur le tien, je me suis laissé « piqué » et désormais je n’envisage pas une journée sans te lire tu t’en moques sûrement

  11. MrPeer> Déjà petite précision, le commentaire qui évoque le « plug » n’est pas de moi mais de mon chéri (ah ces cookies !!) ! Il était ironique aussi ! :mrgreen:

    Sinon pour ta culture sextrash, un plug, de sa dénomination complète butt-plug, est un gode souvent de grande taille et à vocation assez singulière.

    Mais laissons les spécialistes en parler… voilà ce que google nous apprend :
    « Les godmichets, plus souvent appelés gods, sont des reproduction plus ou moins fidèles d’un sexe masculin. Ils peuvent vibrer et ainsi donner du plaisir à la femme ou l’homme qui les utilisent. Ils sont assez communs.

    Les plugs sont une catégorie de gods bien à part, et de fait, plus utilisées dans les jeux sadomasochistes. L’objet a en effet une forme plus ou moins resserrée à la base qui lui permet de se maintenir en place tout seul. Ainsi la personne qui le porte peut elle être remplie analement ou vaginalement pendant une longue période, et surtout en faisant d’autres choses: travailler, marcher, le ménage, dormir…

    C’est pourquoi le plug est un accessoire très utilisé en BDSM. Il permet d’infliger une contrainte permanente, à la fois délicieuse mais à la longue qui peut dvenir difficile à supporter. Il provoque une excitation très forte, des émotions, particulièrement au moment de s’asseoir ou de se relever, et permet une perversion extrême sans que personne ne puisse deviner ce que la personne remplie porte sous ses vêtements.

    Le plug permet surtout d’assouplir l’anus, en particulier quand il est porté de longues heures. En faisant évoluer le diamètre du plug, ceci permet d’obtenir des dilatations anales spectaculaires et de pouvoir ainsi utiliser l’esclave de façon extensive. »

    source : http://eibdsm.espace-chat.com/acces.asp?idtheme=40

  12. Merci Matoo pour ces moments de détente :D
    Non, mais, blague à part, je suis d’accord avec Matoo : j’utilise assez souvent le terme « pédé » pour me désigner ou désigner mon copain, comme autdérision parfois mais surtout comem réappropriation de ces termes.
    Les théoriciens du queer ont enseigner cet art délicat et discret qui mèle la revendication identitaire à l’utilisation des insultes autoproclamées, « queer », « fag » et autre « sucker » (qui avant de signifier un idiot étiat bien le diminutif de cocksucker…). En France, c’est de la même façon que les pédé, tapiole et autre folle sont réappropriés par les homos. Notons que certains termes nous paraissent offensant quand ils sont prononcé par des « extérieurs » (par forcément hétéro d’ailleurs), alors qu’ils ne nous sembelnt pas forcément anormaux quand ils sortent de la bouche d’amis.
    Je cite toujours Joe Jackson, bisexuel patenté devant l’éternel dans sa chanson Real Men : « you don’t want to sound dumb – don’t want to offend // So don’t call me a faggot // Not unless you are a friend // Then if you’re tall handsame and strong // yuo can wear the uniform and I can play along »

  13. ben moi j’ai bien aimé ce que tu racontes.. tant de gens se mentent..
    Pour ma part c’est different car je me sens femme au dedans.. donc je fais mes fringues, adaptées a mes pensées et facon de vivre.. voila.. je prend un pseudo différent, car l’inquisition m’a toujours fait peur, surtout sur la toile.. je suis un h, artiszte peintre et photographe.

    je te souhaite plein de belles choses, et surtout de continuer a livrer ce combat pour notre liberté de penser avant tout.. je ferai de meme de mon coté et avec mes moyens.

    bises > Anah

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