Et la caravane passe…

Les gens dans les transports en commun ne sont pas si nombreux que ça à lire pendant leur migration ferroviaire quotidienne, mais ils ont une fâcheuse tendance à déchiffrer par curiosité les couvertures des bouquins ou magazines des autres voyageurs. J’ai déjà expérimenté le volet « littérature homo », mais j’ai halluciné sur les regards extatiques des badauds à ma lecture des trois derniers jours. De la même manière, je pose toujours mon bouquin ou mon magazine sur mon bureau quand j’arrive, et évidemment, j’ai une remarque à propos de l’ouvrage deux ou trois fois par jour de la part de mes collègues. Cela peut-être une interrogation sur un auteur ou sur ce que je pense du roman en cours, histoire de varier les sempiternelles conversations sur le temps qu’il fait ou qu’il fera. Et lorsqu’il s’agit de Têtu ou bien d’un bouquin « obviously » gay, j’ai droit à une oeillade amicale ou une moquerie ironique, ou même alors une sérieuse discussion sur le sujet.

Mais là ?… J’en reste pantois. J’ai l’habitude de lire, quand le sujet m’intéresse, le magazine Historia, et surtout de temps à autre le bimensuel thématique. C’est ce que j’ai bêtement fait cette semaine. J’ai acheté dans un kiosque « Jésus, un homme dans son temps ». Il est vrai que la couverture est particulièrement cheap et kitschouille, et que Jésus est écrit en lettre gigantesque, mais je ne subodorais pas avant de l’éprouver que cela aurait autant défrayé la chronique. Je crois que les gens, mes collègues et les autres, ont du prendre ça pour un dépliant des témoins de Jéhovah ou un truc comme ça. C’est pas possible autrement. Je vous promets, je me suis fait dévisager dans le train. Aaaah ça change des regards « Têtu ». Là je sentais que c’était plutôt des vieilles qui se disaient que j’étais un mec bien (et pas un sodomite militant ah nan nan nan nan) et des gens inquiets qui hésitaient à me sauver d’un lavage de cerveau sectaire ou intégriste.

Ce qui est étonnant, c’est que ça a fait sourire la plupart des personnes qui y ont jeté un coup d’oeil, et mes collègues encore plus. Tous m’ont fait une petite remarque facétieuse ou railleuse du genre : « Ah tiens, dis donc, tu expies enfin ? », « Oh là là, les mécréants n’ont qu’à bien se tenir, Saint Mat est dans la place ! » ou bien « Mais qu’est-ce qu’il se passe ? ». Et là, du coup, je perds tout discernement. Je ne pensais pas que la religion catholique était si mal en point en France. C’est surtout que je ne suis qu’un athée féru d’histoire et qui a voulu en savoir un peu plus sur un personnage dont les faits et gestes, il y a deux milles, ans se mélangent avec le mythe qu’on connaît plus ou moins partiellement. J’ai donc été stupéfait de la manière dont la religion et l’exercice de la foi sont devenus des sortes de tabous sociaux, alors qu’il fut un temps où c’était un étendard de bonnes moeurs.

Cette année, j’avais déjà été abasourdi de la manière dont j’avais vécu la lecture d’un hors-série sur « les merveilles de la civilisation arabe » (ou un titre approchant, ça devait être un Cahier de Sciences et Vie) qui relatait l’histoire de l’Islam sous un angle culturel, scientifique, philosophique etc. Et bien, j’avais rencontré une vieille dame dans le train qui m’amenait chez mes parents. Je n’y croyais pas mes oreilles, elle me disait de ne pas sombrer dans l’intégrisme, de ne pas croire qu’il réside quoi que ce soit de positif dans l’histoire actuelle ou passée de cette civilisation. Vues mes origines en plus (je sais ça ne se voit pas), c’est une culture qui me fascine particulièrement, j’ai aussi lu un superbe petit bouquin : « Une histoire de la science arabe » qui fait le point sur toutes les découvertes de l’âge d’or des savants arabes. D’ailleurs cela faisait suite à un bouquin qui reste un de mes romans favoris « Avicenne ou la route d’Ispahan » de Gilbert Sinoué. Et bien je lisais celui sur la science arabe dans le métro, et voilà que mon voisin me regarde et me fait un « Allah akbar » des plus sincères et fraternels, et commence à me débiter une phrase en arabe (je suppose). Je lui avais dit gentiment que je ne comprenais pas ce qu’il voulait me dire, et je lui avais alors fait part de mon intérêt oecuménique pour l’histoire, et que les religions avaient leur place dans cette quête de connaissance (même si la science arabe a peu de rapports directs avec l’Islam !).

En tout cas, j’ai appris plein de choses sur Jésus et j’en suis très content. Le magazine part bien sûr des textes des apôtres et les compare entre les différents auteurs (apocryphes ou pas) et avec les faits historiques d’origines non religieuses. C’est dingue de constater les différences de récit entre les différents auteurs (dont on est pas si sûr que ça non plus). Mais après tout, il ne s’agissait pas d’historiens, simplement de prédicateurs qui avaient un récit mais surtout une philosophie à faire passer. Et on sent que leur prosélytisme leur a fait mettre sous couvert certains faits, ou enjoliver d’autres, ou bien encore déformer une réalité déjà lointaine. Du coup, c’est dingue de penser que ce sont ces textes qui sont la base d’une religion et souvent considérés comme un témoignage historique fiable. Et puis certaines vérités pointent leur nez dans un ensemble de préjugés séculaires sur pas mal de domaines. Notamment, Jésus n’était pas le gentil garçon super cool avec sa famille, il n’arrêtait pas de s’engueuler avec eux pour un oui ou pour un non, et d’ailleurs ces derniers ne le prenaient pas vraiment au sérieux. Il y a aussi le rôle des femmes qui est très différent de ce qu’on peut naturellement concevoir. Apparemment, les textes sous-entendent une certaine indépendance de ces femmes qui ont rejoint la cause du Christ, qui étaient dotées d’une certaine autonomie financière et d’une liberté à disposer d’elles-mêmes.

Bon allez, faut pas déconner tout de même, je me remets à mon roman gay du moment (« Des Aveux, Chronique d’une enfance homo » de Gonzague de Larocque)… :mrgreen:

Jesus - un homme dans son temps

10 Commentaires

  1. C’est quand même terriblement effrayant que les gens qui voient « Jésus » ou « arabe » sur une couverture en déduisent que tu es forcément un intégriste de la religion correspondante.
    La curiosité intellectuelle, s’intéresser à des sujets qui ne nous concernent pas spécialement, c’est tellement inconcevable…

    Les gens sont des cons. (Je dirais bien (c) Garoo pour ça aussi, mais je ne suis sûrement pas le premier à l’avoir dit, même avec ces mots-là.)

  2. les gens sont souvent un peu bêtes, mais ce n’est pas grave mon Garoo, ce qui est grave c’est qu’ils y ajoutent la plupart du temps une bonne dose de malveillance… et quand qq’un est bête ET méchant… et quand il se multiplie à l’infini pour former cette chose immense, informe et gluante qu’on appelle « les gens », là ça n’embellit pas la vie

    il était pas pd jésus ? ya des thèses en ce sens…

  3. Pour nous consoler, prépare nous donc ta critique de « Le Retour », je l’attends avec impatience. C’est un premier film, l’histoire est mince mais Zvyagintsev a l’intelligence de ne pas tout expliquer, de nous laisser comprendre. Pas un plan n’est vite fait, chaque image est une merveille. Et le petit gosse joue comme un acteur confirmé. Il reste que quelques répliques sont un peu reloues mais ce n’est pas grave. J’arrète là pour ne pas empiéter sur ton territoire ni sur la raison pour laquelle j’aime te lire. En tous cas le type à côté de mon fiancé pleurait à chaudes larmes et nous n’osions pas le déranger durant le générique de fin, alors qu’il était assis sur le bonnet de mon copain…

  4. L’association des mots « sodomite » et « militant » m’a supris… Existe-t-il des militants CGS qui collent leurs ptis timbres de cotisation dans leur carnet du même CGS?
    vé m’coucher…

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