On soupçonne le rabbin

Décidément, je suis fan des bouquins de poche 10/18, et toujours très agréablement surpris par les auteurs publiés dans la collection « Grands détectives ». Outre le fait d’avoir une forme commune de roman policier aux intrigues bien abracadabrantes, les détectives en question revêtent les personnalités les plus diverses, et à des époques variées.

Ainsi, j’avais découvert Nicolas LeFloch qui enquête au sein du Paris de Louis XV, ou bien les palpitantes aventures de ce magistrat aveugle, Sir John, et son fidèle Jeremy Proctor dans le Londres du 18ème, il y a aussi le raffiné et perspicace libraire Victor Legris qui mène ses investigations dans Paris à la fin du 19ème.

Et bien cette fois-ci, ce sont des aventures contemporaines (le bouquin date de 1965 et l’auteur, Harry Kemelman fut récompensé du prix Edgar Poe) mais qui mettent en scène un détective d’un nouveau genre : le rabbin David Small. Ce dernier se retrouve impliqué dans une sinistre histoire de jeune fille retrouvée assassinée dans sa voiture, et doit, tant bien que mal, prouver son innocence au sein d’une communauté juive déjà difficile à maîtriser.

Ce livre est des plus agréables à lire, l’écriture est limpide et d’un style tout à fait plaisant. L’originalité réside dans les personnages de cette intrigue, assez banale au demeurant. En effet, le rabbin David Small est un jeune homme assez anti-conformiste qui dérange dans une communauté juive qui se veut, avant tout, un rassemblement à vocation lobbyiste. Ce qui est drôle, c’est qu’il est jeune et plutôt décalé par rapport à cette communauté qui, sous des abords de bourgeoisie et de respectabilité, ne voit pas d’un bon oeil la position du rabbin à la fois moderne et dégingandé, mais surtout attaché encore plus qu’eux aux traditions et à la règle religieuse. Et le rabbin est un personnage très intéressant dans le fait qu’en assumant des positions conformes à son ministère, il se voit un trouble-fête dans un groupe qui utilise à fond le sens communautariste, jusqu’à le détourner de sa raison première : l’exercice de la foi. Mais ils ne peuvent pas non plus le dire haut et fort, ainsi cela donne lieu à l’instauration d’une atmosphère des plus pesante et ironique à la fois, et puis le tout est servi par une ironie humour juif irrésistible.

Ce que j’ai beaucoup aimé dans ce bouquin repose aussi sur la manière dont le rabbin joue les détectives, et la manière subtile dont l’écrivain nous fait rentrer dans sa philosophie. En effet, David Small révèle au fur et à mesure de l’ouvrage sa différence avec un prêtre, et le fait que ses attributions sont complètement différentes autant dans le fond que dans la forme. Ainsi on comprend qu’il n’est qu’une personne qui étudie le Talmud, qui est marié et qui n’est pas un citoyen à part et n’a pas reçu de formation pour prêcher (d’ailleurs il ne prêche pas, mais organise simplement des rites). Ainsi au début, il endosse aussi le rôle de juge pour déterminer la responsabilité d’un différent entre deux juifs qui fréquentent sa synagogue (une Din Torah). Il consulte alors le Talmud mais surtout, il se sert de son sens de la logique et du « questionnement » pour résoudre le problème posé. Et évidemment, c’est un Sherlock Holmes de première, à l’acuité aiguisée, à la répartie cinglante et aux déductions incroyables.

On soupconne le rabbin - Harry Kemelman

5 Commentaires

  1. Pour ma part, au milieu des années 90, je suis tombé dans la marmite 10/18 Domaine Etranger.
    Mais contrairement à Obélix, je me délecte de cette potion magique.
    En revanche, voilà bien longtemps que je ne goute plus aux Grands Détectives, peut-être pour ne pas commencer une série et me sentir obliger de tous les lire.

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