Des blogs dans ma revue de presse matutinale

Ce matin tôt, très tôt, 10h30, j’arrive au taf, et premier réflexe… un café et quelques minutes consacrées à la revue de presse de ma boite. Je reçois une url tous les matins avec les articles de presse photocopiés en pdf.

Je clique sur le premier article qui est issu de la Tribune d’aujourd’hui et qui évoque le forum de Davos, avec l’intérêt particulier que revêt la « networking economy », c’est-à-dire le fait que les NTIC nous permettent de bosser en réseau avec les 4 coins du monde comme si les distances n’existaient plus. Et c’est vrai que c’est un phénomène bluffant que j’expérimente tous les jours. J’utilise pas mal le système de chat interne global qui me permet de communiquer avec toutes les filiales, et comme j’ai parfois besoin de demander un truc à un collègue du Canada ou des US, c’est hyper simple et efficace. J’avais aussi besoin un jour de faire une vérification sur un document avec une personne de Montréal. On s’est donc appelé par téléphone (ligne sur IP, donc virtuellement gratuite), et on a simplement fait du partage d’application. Ainsi on était tous les deux sur un même doc avec nos initiales auprès des deux curseurs qui prenaient tour à tour la main pour éditer. Exactement comme si elle se trouvait à mon bureau !

Bien sur, ces expériences exaltantes ont ce côté positif de donner la possibilité de mieux travailler, de supprimer les distances, de donner plus de convivialités aux échanges humains dans l’entreprise étendue (on parle de l’EE, « Extended Enterprise » dans ma boite)… Et puis, c’est génial de bosser avec tant de fluidité et de proximité avec des gens d’Inde ou du Japon. Mais cette globalisation de l’entreprise a aussi des conséquences sociales non négligeables, en effet, cela veut aussi dire que l’on commence à délocaliser virtuellement de plus en plus de tâches. Notamment, une partie des forces de développement logiciel (ma boite est un éditeur de soft) est localisée à Bangalore (la Silicon Valley indienne) et c’est tout bénef pour la boite. Aussi se pose maintenant le problème de cette délocalisation « sans douleur » dans des pays où les développeurs sont aussi bons qu’en Europe et beaucoup moins rémunérés.

Et là encore, c’est moralement discutable. En effet, je trouve tout à fait profitable – et allant dans le sens d’un développement économique équitable – à un pays tel que l’Inde de pouvoir mettre en valeur ses compétences High-Tech et un niveau d’ingénierie similaire au nôtre, plutôt que de les cantonner dans des activités textiles ou manufacturières à faibles valeurs ajoutées, de surcroît basées sur l’exploitation outrancière d’une classe sociale déjà défavorisée. Au contraire, cette génération d’ingénieur-informaticien peut certainement beaucoup apporter à la croissance de leur pays et doit galvaniser une classe moyenne quasi-inexistante. Ensuite, si on considère notre beau pays en crise, à qui l’on serine depuis des lustres que l’on délocalisait des activités dont le coût des ressources humaines n’était pas du tout compétitif (ce qui est indéniable, mais peut-être pas forcément un bon élément de calcul), mais que la France s’en sortirait grandie en se focalisant sur des activités à fortes valeurs ajoutées, notamment dans le High-Tech où nous excellons et où nous sommes compétitifs, même avec des salaires élevés.

Tribune - Loic Le Meur - U-blogEt bien la donne a changé. Aujourd’hui, nous pouvons aussi faire des économies massives en mettant nos ingénieurs sur la paille, et en utilisant ces merveilleux outils de communication pour nous rapprocher de nos collègues indiens, et les faire bosser pour pas cher. En plus, on a même la fierté de participer au développement des pays moins avancés que nous. La bonne blague… puisque le résultat sera concrètement une nouvelle crise et de nouvelles mutations pour y faire face. Espérons seulement que je me trompe, et que l’on rebondira à temps pour avoir une transition des plus courtes.

Le facteur qui change pas mal de choses, c’est que lorsqu’il s’agissait de fermer les boites de textiles dans le nord, et de virer des ouvriers, tout le monde s’en foutait grave (ceux des classes supérieures j’entends… incluant les politiques de tout poil). Et puis, la philosophie était d’affirmer que l’on assurait un meilleur avenir à nos enfants, ils seraient tous ingénieurs !!! (Youpi !) La syndicalisation accrue de cette population avait permis aussi une relative transition à ce secteur reconnu comme sinistré par l’état. Mais chez les ingénieurs, ce sera certainement différent. Ces BAC+5 qui n’ont jamais eu à chercher du travail, qui ne sont pas syndiqués, qui sont en majorité de droite et voire libéraux, sont habitués à ne pas s’émouvoir devant les mutations sociales, puisque depuis 20 ans cela ne les concerne pas. Aussi, je pense qu’on aura une sacrée période de latence avant de les voir redescendre de leurs douces illusions de pérenne expansion. On aura certainement un schéma identique aux cadres qui se sont fait massivement virés dans les années 90, avec pertes et fracas, quand on a compris que c’était là qu’on pouvait faire de véritables économies. Et ces pauvres hères qui pensaient retrouver du boulot en quelques semaines, ont parfois eu des destinées dramatiques.

J’ai lu dans les premières lignes de cet article, avec surprise, la mention de Loïc Le Meur et de son entreprise U-blog, en tant que bon exemple d’entreprenariat français dynamique et fondé sur des idées nouvelles et originales. Et notre Francis Mer un peu désintéressé qui scande un « félicitations » teinté d’incompréhension, tandis qu’il insistait sur l’importance des NTIC ! Heureusement, comme le signale le journaliste, Loïc n’attendait pas le go de Bercy !! Ce sont peut-être des idées comme celles-là qui, en effet, donneront du ressort à notre économie, et surtout, nous permettrons de nous différencier.

17 Commentaires

  1. Francis Mer est tout sauf quelqu’un de sympathique. Mais comme son ministre adjoint, Alain Lambert, est pire (« La recherche, prouvez-moi d’abord que ça sert à quelque chose »), on lui pardonne…

  2. > Mais chez les ingénieurs, ce sera certainement différent. Ces BAC+5 qui n’ont jamais eu à chercher du travail, qui ne sont pas syndiqués, qui sont en majorité de droite et voire libéraux, sont habitués à ne pas s’émouvoir devant les mutations sociales, puisque depuis 20 ans cela ne les concerne pas.

    Quelle belle généralisation, si c’était vrai ça me ferait un costume doublé pure laine avec lequem je pourrais attendre la prochaine glaciation sereinement.

    La faible syndicalisation mise à part, moi (puisque j’ai le « privilège » (à te lire) d’être ingénieur ni aucun des ingénieurs que je connais ne rentrons dans cette description au vitriol. C’est peut-être vrai des générations avant nous, mais mon expérience c’est qu’on doit chercher du boulot (fini la boite à vie), on se retrouve au chômage, on vote selon ses convictions et pas son diplôme, on n’est pas plus libéraux ni moins insensibles que le commun des mortels.

    Quant aux mutations, la capacité à apprendre de nouvelles choses fait partie de la formation d’un ingénieur, ça fait aussi bien longtemps qu’on est tous obligés de changer de métier à intervalle régulier. C’est juste dommage que tu perçoives ça comme de l’indifférence. J’avoue que parfois j’ai du mal à comprendre quand j’entend quelqu’un se plaindre à 40 balais de devoir faire un autre métier que le seul et unique qu’il ait jamais exercé, mais je me soigne et je n’en méprise pas mon prochain pour autant.

    Bon, je vous laisse, faut que j’aille vérifier les horaires des vols pour Bangalore.

  3. Beeeeeeeeeeh évidemment que je généralise ! On le fait tous !!

    J’évoque une partie des ingénieurs qui représente une grosse population de ma boite (90% d’ingés). Mais en effet, je connais des ingénieurs qui ne sont pas tels que je les décris, qui sont syndiqués etc. OF COURSE !!! :langue:

    J’insistais plus sur une note sociale qui fait que les BAC+5 sont en majorité des enfants de cadres plus que d’ouvriers, et que ce déterminisme engendre aussi une certaine mentalité. Et je retrouve quotidiennement des gens qui se prennent pour une élite, qui ne se remettent pas vraiment en question et qui pensent qu’ils sont à l’abris de tout.

    Tu as raison par contre sur le fait, que cela change au global pour les ingénieurs, puisqu’il en sort déjà beaucoup de plein d’écoles (dans ma boite c’est la sélection à la Grande Ecole), et que l’on trouve de plus en plus d’ingés qui galèrent, qui doivent faire preuve de beaucoup d’adaptation et de sacrifices (les années 93 ont été difficiles pour les jeunes ingés, et pareillement pour ceux sortis en 2002/2003). Et c’est vrai que cela ne transparait pas assez dans ce que j’ai écrit (mea culpa).

    Je ne pratique pas non plus le culte de l’immobilisme (je change de boite assez souvent en fait !), mais j’aimerais que cela soit plus partagé dans la société. Et certains sont sciemment moins préparés que d’autres.

  4. Heu, d’une part, Loïc a même fait parler de lui à la télé (télématin, que j’écoutais en nettoyant mon chien…)
    Sinon, moi qui ai la chance d’être ingénieur chercheur avec un petit bac+8 je peux dire que le marché du travail d’ingé est TRES dur en ce moment. Il suffit de demander aux élèves fraîchement sortis d’école… et de voir les demandes d’emploi que je reçois pour EDF !!!

  5. Oui oui, d’ailleurs je me rends compte que j’ai eu un peu généralisé… ah làlà, ce padawan, quelle sagacité ! :) Du coup ça m’a inspiré un post « addendum » sur le sujet des « generalités ».

  6. Matoo c’est pathétique !! c pas un type avec ses 8000 blogs à 1 euros par mois qui va changer grand chose face à 1 millions d’informaticiens en Inde !!
    Eh oui le progrès est en route et va y avoir du changement au 21ème siècle alors arreté de pleurer les mémés.
    Va falloir apprendre à vivre à 6, 7 10 milliards. Plus de concurrence! et plus d’opportunités!
    Cela dit il y a des potentiels high tech très forts en France, c’est un pays surdiplomé et surformé, qui peut produire les meilleures technologies innovantes du monde. Le problème c’est que c’est un pays très cloisonné entre spécialités, très scolaire très peu entrepreneur très peu risky business, très fonctionnaire, très mou, très nul
    Beaucoup de matière grise pour peu de billets verts
    la machine à transformer le cerveau en cash fonctionne mal
    je crois que je vais aller en Inde
    oué c’est ca je vais aller en Inde , je vais créé le concurrent de microsoft

  7. moi aussi ingénieur bac+5 je ne me retrouve pas dans ce portrait…
    bien sûr que je n’ai pas galéré à ma sortie de grande école pour trouver du travail, mais ça ne veut pas dire que je n’ai pas de doutes sur l’avenir, incertain, ou que je vote à droite…

  8. Ah merde, les informaticiens à bac+5 c’est pas des cadres dans la vie la vraie ? :)

    Bon, pour rebondir là dessus (hop là !), c’est bien beau la mondialisation de l’informatique, les indiens, les chinois, tout ça, mais concrètement, qui est-ce qui va définir les politiques de sécurité, mener les audits, déployer les antivirus (et galère…) et rebrancher les souris dans les entreprises françaises ? Certainement personne d’autre que des français.

    Alors bien sûr qu’il y a un paquet de choses qui s’externalisent, m’enfin c’est pas comme si l’informatique était un vulgaire produit de l’industrie. Comparer des pulls et des services, ça n’a pas de sens. Limiter la réflexion au développement, je veux bien, mais ne collons pas une énaurme étiquette « informatique » dans ce cas là. Appelons un chat un chat.

    Le pire, c’est que tout le monde me casse les couilles avec les indiens, y compris les directeurs d’écoles d’informatique. Mais ils réfléchissent des fois les gens avant de sortir des inepties ?!

    grmbl.

    c’était un communiqué du manu en crève

  9. Avec un peu de retard, et même après avoir lu ton mea culpa:
    en parlant d’ingé Bac+5, je me suis senti concerné .
    Je sors de la promotion 2002 de Supelec. Ma petite expérience personnelle se résume à 8 mois de chomage, des dizaines d’entretiens et de test de QI des milliers de lettre de refus, un CDD de 3 mois rompu suite à une offre de CDI. En section électronique-telecoms à Rennes, on est pas mal à avoir galéré cette année. Du coup pour la promo 2004 qui sort en septembre, ils ne sont que 7 bouseux futurs chomeurs dans cette section.
    C’est pas grave, ils peuvent encore jouer au loto.

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