Le Portique

Je n’aurais jamais eu le réflexe de m’acheter ce bouquin de Philippe Delerm si on ne me l’avait pas offert. A la base, il ne m’inspirait pas grand chose, et finalement je suis très content de l’avoir lu. Ce n’est pas un livre qui m’a bouleversé ou dont je garderais un impérissable souvenir, mais certainement un bon bouquin, plutôt bien écrit et que j’ai lu d’une traite sans ennui ou lassitude (comme cela peut m’arriver pour des auteurs français un peu trop introspectifs pour moi).

Parce que si je dois le résumer en quelques phrases, ce n’est pas folichon en apparence ! Il s’agit de l’histoire d’un prof de collège de 45 ans, Sébastien, qui clairement est en train de fomenter une petite dépression dans son coin. Les mômes sont partis et ce vide dans la maison et dans sa vie lui pèse, il n’a plus vraiment goût à rien, et même s’il s’entend bien avec son épouse, qu’il aime son métier et qu’il a une vie sociale, il ressent un malaise. C’est un peu la somme de petits riens, de frustrations et de pensées neurasthéniques, qui finissent par le miner, et lui provoquer de petits malaises, des petites oppressions physiques qui doucement mais sûrement annonce une véritable déprime.

Alors que Sébastien et son entourage s’évertuent à le rassurer, à minimiser ces crises de spasmophilie passagères, à croire que ce n’est pas grand chose, et surtout pas une affection d’ordre morale ou psychologique, il y a cette sentence suprême du docteur qui annonce simplement et benoîtement :
« Ecoutez, cette fois je vais quand même vous mettre sous calmant, il faut enrayer ça jusqu’aux vacances de Pâques. Sinon, vous êtes en train de nous préparer une belle petite dépression. »

Le récit nous livre ensuite le parcours intérieur de Sébastien dans le bilan de sa vie, ses enfants, son métier, ce qu’il aime etc. Ces chapitres très courts ne sont pas rébarbatifs, au contraire l’auteur résume en quelques phrases l’introspection de Sébastien, et toujours avec beaucoup de bon sens et de sagesse. Finalement, on lit dans ces assertions les ressources intellectuelles de l’homme pour se relever de son spleen. Sébastien dans sa quête de reconstruction intérieure et de redécouverte de la philosophie, décide de construire un portique dans son jardin. « Une pergola plutôt ? » lui demande sa femme, mais non, justement non, ce sera un portique parce qu’il lui faut renouer avec la sagesse des anciens, et que le nom véhicule aussi des idées auxquelles il a besoin de se raccrocher.

Le bouquin est finalement un peu trop court, parfois seulement ébauché alors qu’on pourrait attendre un développement plus étoffé. Mais je l’ai pris justement comme un petit opus qui passe dans la vie de cet homme comme celle d’un quidam, sans en faire des tonnes ou justement en se branlant la nouille pendant 500 pages.

On y glane aussi quelques jolies réflexions sur le métier de prof, et sur l’enseignement en général. L’auteur y décrit une séances de pouilles avec un inspecteur académique à qui il fait la nique, et qui est un des éléments libérateurs de son mal-être. Il lui récite le poème suivant que j’ai beaucoup aimé :

Le baba et les gâteaux secs
Ce qui caractérise le baba,
C’est l’intempérance notoire.
A-t-il dans l’estomac
Une éponge ? On pourrait le croire,
Avec laquelle on lui voit boire,
– En quelle étrange quantité –
Soit du kirsch, de la Forêt-Noire
Soit du rhum, de première qualité.
Oui, le baba se saoule sans vergogne
Au milieu d’une assiette humide s’étalant,
Tandis que près de lui, dans leur boîte en fer-blanc
De honte et de dégoût tout confus et tremblants,
Les gâteaux secs regardent cet ivrogne.
« Voyez, dit l’un des gâteaux secs, un ancien – à ce point ancien qu’il est même un peu rance –
Voyez combien l’intempérance nous doit inspirer de mépris
Et voyez-en aussi les déplorables fruits :
Victime de son inconduite,
Sachez que le baba se mange tout de suite
Pour nous qui menons au contraire
Une vie réglée, austère
On nous laisse parfois des mois. »
Cependant une croquignole,
Jeune et frivole, et un peu folle,
Une croquignole songe à part soi :
– On le mange, mais lui, en attendant, il boit.
Je connais plus d’un gâteau sec
Dont c’est au fond l’ambition secrète
Et qui souhaite d’être baba.

Le Portique - Philippe Delerm

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