La mala educación

J’attends toujours de pied ferme le dernier Almodóvar car c’est un auteur qui réalise des films dont la première impression est toujours très forte. Il est, à mon avis, le réalisateur qui sait comme personne mettre en situations les passions, et surtout amoureuses, et les exacerber jusqu’à un expressionnisme qui frise l’hystérie. Je laisse le titre en espagnol car un Almodóvar ne se voit que dans sa langue originelle. J’ai pourtant bien besoin des sous-titres pour comprendre, mais la langue espagnole avec ses sonorités, son rythme et ses secousses est essentiel à l’authenticité des dialogues. Ce qui fait outrageux ou « joué » doublé, est teinté dans cette langue d’une troublante sincérité et exactitude. Une engueulade revêt alors des violences inimaginables, tandis que la passion amoureuse s’exprime avec toute la fougue d’un tango argentin. Et Almodóvar excelle en cela dans tous ses films.

J’ai aimé ce dernier opus, même si la fin m’a un peu déçu. Finalement, je l’ai trouvé un peu « too much » malgré cette forme toujours aussi parfaite et émouvante. L’histoire déjà m’a rassuré, en effet je m’étais imaginé un sombre récit de curés pédophiles franquistes et de rejetons traumatisés et forcément travelos. En réalité, l’auteur dépeint une de ses intrigues alambiquées où l’amour et la haine se succède avec une passion démesurée (comme toutes les passions) et en dehors de toutes les conventions morales. On y évoque l’abus d’un enfant par un prêtre, puis la seconde déchirure qui voit cet enfant privé de son premier amour en la personne d’un autre gamin de l’école. Sur cette ébauche, se trame alors un récit plus complexe avec plusieurs mises en abîmes. En effet, l’enfant abusé revient des années plus tard à retrouver son ancien amour qui est devenu réalisateur de films. Il lui propose une nouvelle qu’il a écrite et qui évoque leur passé. Le film met ensuite en image la nouvelle, et on glisse dans une nouvelle version de la réalité. Finalement, la fiction devient tangible, mais les chausse-trappes arrivent jusqu’à la dernière minute.

On retrouve les images habituelles d’Almodóvar qui va même jusqu’à placer son intrigue dans la Movida des années 80. Et bien sûr, tous les mecs sont des travelos en puissance, mais ces travelos ne sont pas toujours des folles, parfois même le contraire. Il y a un truc dingue en tout cas, c’est qu’on ne trouve QUE des mecs dans ce film ! Pas un seul rôle consistant tenu par une femme. Incroyable tout de même !

L’histoire est excellente, la réalisation est parfaite, la manière dont chaque personnage est introduit et le montage placent vraiment le spectateur dans une fébrilité délectable. On sent peu à peu la trame s’épaissir à mesure que l’on découvre les véritables identités, puis la nature réelle de chacun. Et puis les comédiens sont tous impeccables, ils déploient une virtuosité hallucinante dans la palette de rôles qu’ils doivent finalement endosser. Comme toujours certains dialogues (entre drag notamment) sont croustillants à souhait et très drôles… un peu vulgaire, un peu spirituel…

Ma seule déception vient d’une fin qui multiplie les revirements et finit par donner un peu le vertige. Et c’est tellement complexe qu’il use même des personnages pour raconter littéralement, tant il faudrait des heures de film pour tout faire comprendre de manière implicite. Et du coup, on perd en crédibilité, et la forme ne suffit plus à faire tenir le fond… le maquillage finit par couler, et j’ai perdu patience. Mais c’est un petit bémol pour beaucoup de plaisir en définitive. Et un beau mec de chez beau mec (Gael Garcia Bernal, déjà incroyable dans « Amours chiennes ») !!

La mauvaise éducation

12 Commentaires

  1. Tout à fait d’accord, un Almodóvar, ça s’apprécie en V.O. (si tant soit peu bien sûr que la V.O. soit encore disponible au bout d’une semaine de diffusion … :hum: Va falloir que je me dépêche de le voir alors )

  2. plus ca va et moins je le gobe ce film
    le travesti qui joue aux cartes avec son exvioleur et son cousin qui en sera l’amant …:help: …. :hum: …. redistribution de rôles écoeurante d’un cinéaste finissant
    finita el movidà :salut:

  3. film execelent ta description exprime tout se que j’ai resenti en le voyant, sauf la fin qui pour moi est du plus vif intéret, bien que des zones d’ombre aurai du subsisté…:salut:

  4. Moi j’ai été plutôt déçu par ce film, mais ça vient du fait que, d’un auteur qu’on adore, on attend toujours plus, et on peut être déçu par un très bon film parce que l’auteur nous a déjà entraîné au 7e ciel, un peu comme avec Woody Allen (avec Van Helsing on sais que ça va être nul donc on n’est pas déçu). J’ai trouvé que l’émotion ne passait pas dans ce film, que tout était un peu trop bien construit et un peu attendu. Certes le désir est toujours aussi bien filmé, c’est un excellent film, mais une certaine insatisfaction indéfinissable demeure, une certaine froideur, comme si Almodovar s’imitait lui-même.

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