Coming-out – Vol. 2

Suite du Vol. 1

Malgré toute mon expression naturelle et spontanée de gayttitude, mes parents restaient confinés dans le non-dit et ne pensaient pas une seconde que j’étais pédé. Revenons à nos moutons… Février 1997 ! J’étais avec Thomas depuis quelques temps, et je dormais souvent chez lui sur Paris (le 11ème aussi !). Or ma mère avait reçu un coup de fil pour moi, une personne cherchait à me contacter pour me proposer un stage de fin d’étude. Je m’en souviendrais toujours puisque je devais contacter urgemment un certain Monsieur Michou (mais celui-ci bossait dans l’aérospatial). Mouaaaarf. Ma maman savait que je passais la nuit chez mon pote Thomas, mais elle n’avait pas son numéro de téléphone.

Elle file dans ma chambre en se disant qu’elle trouvera certainement un agenda ou un répertoire téléphonique avec ses coordonnées. Or, mes parents ne sont pas du tout du genre à fouiller dans mes affaires, aussi rien n’était caché. J’ai omis certaines choses, mais mes parents savaient toujours où j’étais, je ne mentais pas et disais que j’allais au Queen, au Scorp ou au Palace, ou bien que je dormais chez Thomas ou Caro. Ma mère entre dans ma chambre et par réflexe ouvre le premier agenda qui se trouvait sur mon bureau. Je n’y notais pas de numéro, mais plutôt mes rendez-vous, et j’y faisais aussi de courts résumés de mes soirées (les DJ, les potes présents et l’ambiance générale de la soirée). Elle a ouvert une page au hasard, et est tombé sur : « Rendez-vous avec Thomas chez lui », et la mention suivante rajoutée à la hâte : « On a baisé comme des oufs, c’était génial. ».

Aheuuuuuum.

Finalement, elle a trouvé son numéro et m’a appelé chez lui alors que nous dormions. Il a donc répondu, puis m’a passé le combiné (et là je pense à ce qu’elle avait dans la tête, à réaliser que nous étions l’un à côté de l’autre dans un lit endormis…). J’ai compris au ton furibard de la matrone que je devais rentrer illico presto au bercail et je me suis grouillé comme j’ai pu. Arrivé à Cergy, je rentre dans la voiture et là je sens que quelque chose ne va pas. Elle commence donc à me dire qu’elle a cherché le numéro de Thomas et qu’elle est tombée sur une chose qu’elle aurait préféré ne pas savoir, et puis elle se met à chialer. Ah ok… c’est donc ça un coming-out. Et là mon réflexe fut de dédramatiser les choses, et de l’accuser gentiment mais fermement de beaucoup de naïveté et d’ingénuité à mon égard dans l’affaire.

Et puis nous rentrons et alors les choses se gâtent. Elle reprend du poil de la bête. Elle m’accuse de ne plus fréquenter que ces amis-là, ces gens-là de Paris (avec pas mal de mépris dans la voix), de ne plus m’occuper de mes anciens amis, de négliger mes études (complètement faux) etc. Et plus grave, elle me dit qu’elle comprend alors pourquoi j’ai fait un test HIV, et d’autres petites choses de ce style. Et puis elle demande pourquoi je suis comme ça, genre est-ce que c’est pour leur faire du mal, et le qu’en dira-t-on et j’en passe et des meilleures !

Moi je ne pipe mot, je démens seulement les quelques inepties vraiment énormes. Et puis je craque, je l’arrête et je déclame en une traite comme possédé :

« Bon alors là, j’en ai ma claque ! On va arrêter de tourner autour du pot, et surtout on va se poser les vrais questions. Parce que cela fait une heure que vous m’engueulez et vous me culpabilisez, alors que je crois qu’on aurait bien d’autres choses à se dire et à se demander.

D’abord si je suis pédé, c’est potentiellement pour trois raisons, ni plus, ni moins.

La première, c’est que c’est peut-être simplement génétique. Voilà c’est comme ça, c’est biologique et je n’y peux rien, comme je suis droitier ou que j’ai les yeux noirs. Et d’ailleurs aux dernières nouvelles, comme vous êtes mes parents et mes géniteurs, s’il faut en vouloir à quelqu’un, et bien c’est à vous seuls ! C’est donc de votre faute si je suis comme ça, et pas la mienne.

La seconde possibilité, et bien en général, c’est l’éducation. Et là encore, les responsables de la manière dont j’ai été élevé, c’est vous, pas moi. C’est pas ma faute si mon père était absent et ne m’a jamais montré d’affection ou que ma mère voulait une fille par exemple. Alors arrêtez de rejeter sur moi votre propre défection. Assumez plutôt les conséquences de vos actes et de toute l’éducation que vous m’avez apporté.

Et la dernière éventualité, c’est un truc qui est assez commun chez les homos. Peut-être que tout simplement quand j’étais gamin, je me suis fait violer, ou alors touché par des gens, et que j’ai été malheureux pendant toute mon enfance, complètement choqué et névrosé. Peut-être que j’ai souffert le martyr pendant des années, voulu même mourir, peut-être qu’on a abusé de moi, et que je suis maintenant comme ça car c’est la seule manière de m’en sortir sans péter un plomb. Peut-être que je suis foncièrement malheureux. Mais ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas ma faute. Non mais, vous savez combien d’adolescent se suicide tous les ans pour ça ?

Et ce qui est dingue, c’est que vous m’engueulez depuis une heure, et que jamais encore vous ne m’avez demandé si je suis heureux, si je suis bien dans ma peau, si je suis épanoui, si j’ai des amis. Vous ne me dites même pas que vous m’aimez. Vous devez deviner à quel point ce n’est pas une chose facile à vivre et à assumer, et votre premier réflexe c’est de penser à vous alors que vous ne devriez penser qu’à moi et mon épanouissement vital. »

Bon alors là je vous passe les violons, mais tout le monde a pleuré. On s’est pris dans les bras, dit que l’on s’aimait, rassuré sur le fait que non je ne m’étais pas fait violé à leur insu. Ma mère s’est excusée sur le coup du SIDA et sur les autres petites mesquineries. Mes parents ont été rassurés finalement de constater que j’étais un garçon heureux et épanoui, qui restait un bon élève et qui tentait de mener sa barque au mieux. Ensuite, j’avais tout de même ouvert la brèche de la culpabilité, mais aujourd’hui on a enfin arrêté de chercher, car cela ne sert vraiment pas à grand-chose d’en connaître la réponse. C’est dans la simple formulation et verbalisation de la question que se trouve la preuve de la considération que l’on se porte, et quand on comprend que ce qui lie les parents aux enfants ce n’est que de l’amour et rien d’autre, alors la vie est si simple et belle.

Fin.

23 Commentaires

  1. J’ai presque envie de dire que c’est mignon ;-). pour moi ce fut plutôt un autre style : la mère au téléphone autour de « Il » puis mon père au téléphone autour du statut de l’école de mon ami (ça a rassuré le vieux militaire). Bon le tout dans une ambiance triste-drama-post-rupture. Et bah c’est passé comme une lettre à la post. Ma mère me raconte même ses turpitudes avec son ami et son amant. Lol.
    Par contre pour le grand frère et la grande soeur, ça va attendre…

  2. Tiens, encore un qui aurait dû faire attention à ne pas laisser traîner ses affaires… ça m’est arrivé un peu pareil, et j’ai un pote Nabil (pas le même, je crois) à qui s’est arrivé aussi il y a quelques semaines…
    Réactions similaires, mais légèrement différente chez moi du fait de mon âge au moment des faits (16 ans)

  3. Il est plus agréable à lire quand on voit toutes les lettres ton post.
    Bon comme tu es occupé à résoudre quelques problèmes je ne relèverai pas les fautes d’accord et autres ;-)

  4. moi, j’ai eu la chance d’avoir une mère vengeresse qui a tout raconté à mon père puisque je refusais de rentrer vivre aux états-unis. :ben: et puis de pas voir mon père pendant très longtemps après. mais tout se passe très bien maintenant.

  5. juste alors : on dit  » ne piper mot »… donc « je ne pipe mot » non ‘je ne pipe pas mot »… mais on dit « ceci n’est pas une pipe »… bon, c’est tout, allez, faites comme si je n’avais pas rien écrit.

  6. intéressé par cette belle tournure, j’ai fait des recherches. le trésor de la langue française donne « ne (pas) piper mot » et j’ai trouvé des occurences dans la presse, alors pour moi on peut dire les deux même si « ne pas piper mot » semble beaucoup plus rare et moins archaïsant.

  7. moi je l’ai dit lors d’un dîner en famille (mon père, ma mère, mon frère et moi) après un sacré quiproquo….Enfin, maintenant c’est plutôt cool ;-) même si ma mère veut me voir marié avec une femme un jour et avoir des enfants :cry:

  8. Parce que cela fait une heure que vous m’engueuleEEEEZ ! et vous me culpabiliseEEEEEEZ !!!

    Rhaaaa… les fauuuuuutes.

    *deux baffes*

    Mais bon, comme ton article est bien mignon, ça fera trois baffes. lol

  9. Mon copain vient de me montrer cette note après une discussion que j’ai eu avec lui… Et je me dis « Wouah, et bien y’en a qui ont de la chance :eek: »

    Moi aussi j’ai sorti une fois l’argument « Arrêtez de dire que je vous fais du mal, que c’est de ma faute… Si c’est génétique posez-vous les bonnes questions ! » J’ai eu le droit à un « Comment oses-tu dire cela ! Tu devrais avoir honte ».

    Moi ça fait 3 ans que je leur ai dit, et ils ne l’ont toujours pas digéré. On s’est même encore disputé à ce sujet ce soir…

    Bref chui pas là pour verser ma larmichette mais ton histoire me rassure je me dis que ds parents qui acceptent et aiment leurs enfants malgré leur différence, ça existe !

    … J’aime beaucoup ton style, ça fait plusieurs fois que je lis ton blog mais la 1ère que je commente je crois ;-)

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