Chronique d’un Eté

Attention chef d’oeuvre !!!! Ils sont rares les bouquins qui me font un effet tel que, comme Armistead Maupin le commente en quatrième de couverture, je pourrais dire aussi aujourd’hui : « J’envie les âmes heureuses qui vont lire Patrick Gale pour la première fois ».

Ce roman est un putain de roman qui prend aux tripes, qui surprend, qui envoûte, qui rend heureux et malheureux à la page suivante, dont les attentes entre deux chapitres paraissent parfois d’une insupportable longueur. Un livre qui émerveille et qui ne peut laisser personne insensible tant le fond et la forme font que c’est une lecture délectable.

Il s’agit d’un récit qui s’articule autour d’une famille et d’un garçon en particulier dont on suit deux épisodes de vacances estivales à plus de trente ans d’écart, premier épisode dont l’écho retentit de manière curieuse après que bien des secrets de famille furent soigneusement enterrés. Et le livre alterne ainsi entre un épisode lorsque le garçon s’appelle Julian et a 8 ans, et, on le comprend vite, lorsqu’il en a 40 et que, curieusement, il se prénomme alors Will. Les chapitres s’appellent successivement « La maison bleue » et « l’écumeur des sables » d’après le nom des deux endroits de villégiature, dont on se rend rapidement compte qu’ils sont les mêmes à 30 ans d’intervalle. L’écumeur des sables est la villa où se rendent le petit Julian, sa mère Frances et son père, directeur de prison, John, tandis que 30 ans après, la soeur de Will loue pour lui et leurs parents la maison bleue, avec une Frances atteinte de la maladie d’Alzheimer et commençant peu à peu à perdre ses facultés.

Alors, on suit un chapitre sur deux, ces deux intrigues si proches et grâce à l’une et à l’autre, on reconstitue peu à peu le puzzle de ce drame familial incroyable. Le suspense est complet, et les personnages tellement attachant, qu’il m’était difficile de les quitter comme ça. J’ai lu du coup en partie en marchant pour aller au boulot et en revenir le soir. L’auteur a fomenté une intrigue dont les mystères se lèvent peu à peu de telle manière qu’on est tenu en haleine, et en même temps complètement troublé par la manière dont l’émotion et la psychologie des personnages sont traitées.

Et puis c’est une histoire qui ne peut se passer qu’en Angleterre, pays du refoulement familial par excellence, et du flegme à toute épreuve. Le personnage central, Will, est gay et est vraiment très bien traité dans le roman en tant que tel. Du coup, c’est vrai qu’il est d’autant plus agréable de s’y identifier et d’adhérer à cette narration. Mais ce n’est pas le seul volet sexuel, le roman est au contraire émaillé de moments où l’expression du désir prend toute son importance, et il en parle avec une sagace habileté. D’ailleurs Will vit une relation passionnelle avec son beau-frère depuis le premier jour de mariage de celui-ci (original !), tandis que la mère est troublée par son propre beau-frère (mari de la soeur de John) en visite ce funeste premier été.

La famille est bien le leitmotiv de cet ouvrage, et on ne peut que se sentir concerné quand on lit ainsi un récit qui analyse, décortique et autopsie avec autant de talent, de délicatesse et d’adresse les liens familiaux entre ces personnages (qui parfois rappellent aussi des souvenirs…). Le lien notamment entre Will/Julian et sa mère est le plus évoqué et est vraiment intéressant et finement démontré. Et puis, il y a aussi cette maladie, la maladie d’Alzheimer, qui rend la mère « innocente » et fragile, et finit par briser certains sceaux.

Vraiment c’est un livre qui a tout pour me plaire, et dont la lecture m’a scotché tous les matins et les soirs. Lisez-le c’est autant fascinant que passionnant !

Chronique d'Eté - Patrick Gale

6 Commentaires

  1. Je l’ai acheté tout à l’heure, je rentre chez moi et là… une critique dithyrambique toute fraîche (apparemment, j’ai fait le bon choix). Merci, merci.

  2. Hello, je viens de le terminer et je serais un peu moins dithyrambique que Matoo. J’ai trouvé que la fin traînait un peu en longueur, et je m’attendais à une « révélation » plus forte que celle qui justifie le changement de prénom du héros (stop je n’en dis pas plus). Par contre ce qui m’a beaucoup plus c’est le personnage de la mère, Frances, qui m’a rappelé celui du film de Clint Eastwood « Sur la route de Madison », avec son même côté « raisonnable en dépit de la passion », absolument bouleversant.

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