Mendiants et orgueilleux

Je ne connaissais pas Albert Cossery, et j’ai découvert en achetant ce bouquin qu’il a reçu le prix de la Francophonie en 1990, qu’il s’était établi à Paris en 1945 et s’était lié à Albert Camus, Lawrence Durrell et qu’il avait rencontré Louis Guilloux et Jean Genet. Et maintenant que j’ai lu le livre, je comprends mieux les connections avec ces auteurs, et les différentes thématiques que l’on croise dans cette oeuvre.

Tout se passe dans les rues du Caire, des quartiers pauvres et misérables où une sordide histoire de crime d’une prostituée va nous permettre de faire connaissance avec un milieu bien particulier, quelques personnages pittoresques et hauts en couleur, ainsi qu’un héros à la philosophie bien singulière. En fait, Gohar, un intellectuel qui a plus ou moins choisi sa déchéance et son statut de mendiant (en rébellion passive contre le gouvernement en fait) est accroc à sa dose de hachisch que Yéghen lui fournit quotidiennement. Plus ou moins par erreur… et pris d’un coup de la folie dû au sevrage, il étrangle une prostituée de la maquerelle Set Amina (alors que personne n’est à la maison close). Ensuite une enquête a lieu, avec Nour El Dine, un flic homo (honteux) qui mène ses investigations, et plusieurs protagonistes que l’on rencontre et suit au fur et à mesure.

Ce bouquin est avant tout un véritable plaisir à lire pour son écriture et son style littéraire. Cet auteur manie réellement le verbe avec une poésie et une acuité fabuleuse. Ensuite, j’ai vraiment été charmé par les diverses philosophies et principes qui sont expliqués, ainsi que la manière dont l’auteur montre les différentes strates de la société égyptienne de l’époque. Gohar fait parfois son Siddhârta, et pourtant c’est ironique presque de la part d’un junky qui vient d’assassiner une fille. Or il a aussi un discours d’une sagesse et d’un ascétisme confondant.

On a un plaisir infini à plonger dans ce monde tellement différent du nôtre, et à vouloir connaître le fin mot de cette intrigue policière (alors que ce n’est finalement pas le sujet du bouquin) mais surtout de voir comment les personnages évoluent entre le début et la fin. Il faut absolument que je lise d’autres ouvrages de ce type !

Mendiants et orgueilleux - Albert Cossery

5 Commentaires

  1. La conjonction de nos goûts littéraires est plutôt rare :mrgreen:, mais là il n’y a pas de doute: Cossery est à faire découvrir d’urgence. Il y a sept autres volumes de la même veine, quoique ma préférence aille à « La Violence et la dérision », « Un complot de saltimbanques » et « Les couleurs de l’infamie ». Dans tous on retrouve les mêmes thèmes: la dérision, l’humour et une critique acerbe des nantis et du pouvoir, et des personnages qui incarnent le scepticisme, l’intelligence, la sagesse et la flemme, et pour qui le monde est un spectacle tout ensemble tragique et comique. Les seuls êtres qui méritent la considération de Cossery sont ceux qui ont compris que la vie est ailleurs que dans la possession de biens matériels.

    Seule réserve: il vaut sans doute mieux ne pas lire ces romans l’un à la suite de l’autre, les situations et les caractères ayant tendance à se répéter un peu.

    :book:

  2. Ouais, Cossery est un grand écrivain et je garde un excellent souvenir de ma dernière virée au Caire. C’était « Les couleurs de l’infamie » et c’est toujours aux Editions Joelle Losfeld. Pour la petite histoire, Cossery occupe la même chambre, depuis 1945, d’un hôtel parisien, La Lousiane, au 60, rue de Seine depuis 1945, juste en face d’un primeur où les cerises sont rudement bonnes. A côté, il y a un Franprix assez sympa aussi.

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