Fahrenheit 9/11

Bon y’a pas à tortiller, c’est un excellent documentaire, et surtout encore un fameux opus avec la patte de Michael Moore. Donc du Michael Moore avec tout ce que cela renferme de fantastique, et de discutable !

Vraiment dans la forme, on est d’un niveau d’excellence comparable à ce qu’il avait réalisé dans « Bowling for Colombine » et les autres. Les ressources documentaires sont faramineuses et le montage est fignolé de main de maître. Le tout orchestré avec finesse, sensibilité et servant avec une efficacité redoutable le fond du message. Et ce message lui-même est très fort et brillamment exprimé. Moore présente la famille Bush et son implication dans le business, et notamment un business lié à l’Arabie Saoudite. Ensuite, vient le 11 septembre 2001, et là démonstrations sur démonstrations, stupéfactions après chocs, il nous explique comment Bush a dédouané les saoudiens pour attaquer l’Irak, et se faire des gros sous tout en étouffant ses responsabilités. Et puis la pseudo débâcle que l’on connaît avec son cortège de morts américains, de morts irakiens, de souffrances parallélisées pour mieux mettre en exergue l’imbécillité du tout, et surtout de Bush ! C’est très bon, très efficace, parfois difficile à soutenir tant on est pris par l’émotion ou excédé par l’arrogance de ces grands escrocs, même pas habiles dans leurs traquenards.

Tout de même le manichéisme manifeste qui scande tout le film finit par atténuer quelque peu la force des propos. Et c’est surtout dans la manière dont certaines choses sont éludées. Par exemple, la présentation de l’Irak avant l’intervention américaine est complètement surréaliste. Il présente en quelques images, une population heureuse et épanouie, et puis ensuite les bombes et les morts. En effet, les irakiens devaient malgré tout être plus heureux avant l’intervention que maintenant, mais cette vision est tellement fausse, puisque le peuple irakien souffrait bel et bien du joug de leur tyran. De là à présenter une image avec des gamins jouant à la balançoire, et ensuite des corps décharnés, je trouve que c’est un peu « too much ». Et puis, oublier la Grande-Bretagne dans la coalition pour la guerre en Irak c’est tellement énorme que je n’en comprends toujours pas l’intérêt.

Du coup, on se demande si à force de vilipender un peu aveuglément ses adversaires, il ne finit pas par se mettre lui aussi dans une forme de caricature qui pourrait faire douter de ses arguments (qui pourtant ont l’air d’être plus que fondés). Et surtout, on comprend que les gens qui étaient déjà contre Bush seront confortés, tandis que les autres n’y verront qu’une émission des Guignols « Spécial Irak » et Deubeuliou plus teubé que jamais. Je ne sais pas si pour Moore, l’intérêt résidait aussi dans la volonté de changer des opinions ou des convictions, mais je crois que cet effet là sera du coup limité.

Il n’en reste pas moins que ces deux heures passent très vite, et que c’est un boulot titanesque. C’est un documentaire passionnant qui ne peut laisser insensible tant dans l’émotion procurée par le récit de certains drames, que dans le rire (ironique et jaune) des pitreries de Bush, ou bien la contrariété, le bouillonnement et l’amertume suscités par tant d’imbécillité et d’injustice.

Fahrenheit 9/11

10 Commentaires

  1. Faire une critique d’un film aussi « critiquable » sans tomber dans les excès coutumiers du genre relevait du parcous d’obstacle.
    J’ai rarement lu un papier aussi posé. Bravo.;-)

  2. Pour mieux détester Bush il faut un peu oublier l’Irak et ses problèmes
    Pour mieux détester Saddam il faut un peu oublier l’amérique et ses problèmes
    leçon n°1 : ca dit de quel côté est MMoore
    leçon n°2 : la haine ne mène à rien de bon

  3. Il ne faut pas se leurrer, ce film-documentaire est essentiellement adressé au public américain avant tout – et eux n’ont pas forcément le recul dont nous pouvons nous targuer vis à vis de Bush.
    Ce documentaire, malgré ses défauts, me paraît donc le bienvenu.

  4. Nabil : en effet, plutôt que recul, disons plutôt « point de vue » sur les choses.
    Pour ma part, je pense que le documentaire de Moore devrait avoir éveillé quelques consciences aux U.S.

  5. J’en profite pour conseiller l’excellent « le monde selon Bush », autre reportage plus « sérieux » qui n’a juste pas eu la chance d’avoir une palme d’or. Amis Parisiens, il passe en ce moment chez vous bande de veinards !! Excellent post au passage.

  6. On a quand meme vu le portrait de Blair, alors que les espagnols : nada !

    Il n’y a pas de media indépendants aux états-unis et c’est en train de devenir la meme chose en France.

  7. zep a raison, le monde selon busch ne possède pas les qualités grands spectacles de michael moore ce qui le rend moins digeste mais a l’avantage de*étre une analyse claire et posée du gouvernement busch. moi qui était tombée en folie devant bowling for columbine, ce doc m’as un peu décu, l’acharnement sur busch est un peu trop répétitive et a pour but de le ridiculiser (entre ns ceux qui vont voir les docs de michael moore sont avertit de la bértise de busch) pas forcement la peine d’en rajouter (enfin je pense). le coté analytqiue m’as manqué un peu malgrès le culot réjouissant de michael moore tjrs au rdv!! bisoutche

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