Le langage perdu des grues

Quand j’ai reçu ce bouquin de David Leavitt, je savais bien que ça me rappelait quelque chose, et j’ai vite vérifié qu’en effet j’avais déjà lu avec beaucoup de plaisir : « Quelques pas de danses en famille » et « L’art de la dissertation » du même auteur.

Ce roman-ci est encore meilleur, car c’est un roman plus conséquent du fait même de sa forme (« quelques pas de danses en famille » est un recueil de nouvelles), mais aussi de l’intrigue qui m’a particulièrement captivée. Et cet auteur est tellement agréable à lire, que c’était une délectation de plonger ainsi dans cet univers familial complexe, et avec des personnages auxquels on a le temps de s’identifier.

Le bouquin narre l’histoire d’une foyer new-yorkais bobo traditionnel, et d’une double implosion thermonucléaire familiale lorsque l’homosexualité du fils, puis du père est avouée et assumée. Le fils, Philip, est un homo tout ce qu’il y a de classique, un jeune mec qui bosse dans l’édition et tombe de Charybde en Scylla en terme de conquêtes amoureuses, sans même voir le petit mec qui l’attend sous son nez. Il rencontre un type dont il tombe éperdument amoureux, et même s’il se fait larguer, il décide d’arrêter l’hypocrisie et de révéler à ses parents son homosexualité. Cela colle un sérieux coup dans la tronche du père, qui vit ses fantasmes homos en douce depuis des années en traînant dans des cinés pornos glauques, et qui ignore son fils depuis belle lurette tant il a des problèmes avec lui-même. Rajoutez à cela une mère « femme-forte » qui doit assumer la double-culpabilité et alterne entre incompréhension et colère.

Il y a un côté « Loin du paradis » dans la manière dont on perçoit le couple de parents, et on comprend bien le mari qui a refoulé toute sa vie, a fini par épouser une femme et faire un enfant, et puis a peu à peu cédé à ses impulsions lors de ces « dimanches » où les deux partenaires vaquaient en solitaire. Le désespoir et la souffrance du père est alors rendu avec beaucoup d’acuité, à la fois en tant que père qui n’a pas compris son fils, mais aussi en tant que mari envers sa femme, et simplement en tant qu’homme qui ne s’est jamais épanoui. Et puis, il y a aussi le fils qui doit gérer tout cela, entre sa mère qui le rejette dans le premier temps du coming-out, le père qui pète un boulon et se confie à son fils, sa vie privée qui fait les montagnes russes…

Bref, un excellent roman familial un peu grinçant et doux-amer sur les non-dits et les faux-semblants familiaux que nous usons tous, et dont nous nous grimons tous les jours pour que le bateau tienne le cap. Mais lorsque la nature et la vérité reprennent le dessus, il faut alors assumer le bonheur d’être dans le vrai, l’honnête et le loyal, mais aussi les difficultés et avanies que cela engendre forcément.

Le langage perdu des grues - David Leavitt

8 Commentaires

  1. david leavitt, j’adore! j’ai lu tout de lui. de ce roman-là, on en a fait une très bonne adaptation à la télé en angleterre en changeant new york pour londres. tu devrais lire aussi sa collection de nouvelles, l’art de la dissertation.

  2. Moi qui avait envie de lire autre chose qu’un manga je crois que tu viens de résoudre mon problème. ^__^
    Blog très sympa à lire. C’est la première fois que je passais mais assurément ce ne sera pas la dernière.
    Kiss

  3. :hum:il y a ausssi un excellent roman sur un tourneur de pages (pageturner) mais j’ai pas l’impression que ça a été traduit en français. Sans doute bientôt…:joker:

  4. Le téléfilm tiré du bouquin est splendide lui aussi, même s’il est un peu réducteur. J’avais beaucoup aimé la transposition à Londres, qui renforçait le côté conventions sociales. Inoubliable !

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