Matoo la coiffeuse

Hier soir, après une excellente soirée en compagnie de Xavier Héraud et Charles Roncier dont je suis grand fan du « Guide des jeunes homos », nous sommes allés boire un pot au Duplex. Quand on est rentré dans le bar et qu’on s’est dirigé vers le comptoir pour commander des boissons, j’ai chopé des bribes de conversation autour de moi.

Notamment, quelques mecs qui plaisantaient avec un de leurs comparses en le charriant sur son job. L’un lui demandait s’il avait avoué à un mec qu’il draguait (qui était juste à côté dans le bar) qu’il était coiffeuse dans le marais. Et l’autre qui riait mais qui sérieusement demandait à son pote d’arrêter de vouloir casser son coup (surtout que sa proie avait l’air toute refroidie par la nouvelle).

Cela m’a fait repenser à une mésaventure d’il y a quelques années, je devais avoir 23/24 ans. Je fréquentais alors beaucoup un copain, Ali, et on sortait assez régulièrement avec des amis à lui, dont un pote de pote, Fabrice, que j’aimais bien. Ali était un excellent ami, et doté un caractère de pédébitch bien trempé comme on les aime.

Moi, j’avais super envie de revoir Fabrice, et j’étais trop content d’avoir l’occasion ainsi de dîner avec eux au resto, et de pouvoir discuter avec. Et puis, un autre pote m’avait dit que Fabrice avait demandé des trucs sur moi, et avait dit qu’il me trouvait pas mal lors de la dernière soirée passée ensemble avec Ali et d’autres (au Queen certainement lol). Donc j’étais tout content, et je me sentais challengé pour briller auprès de ce mec.

La soirée commence, on se retrouve au resto à 6 mecs, c’est cool je suis en face de lui et Ali. Mais je le sens un peu froid avec moi… bizarre, comme s’il n’était plus du tout intéressé. On discute, et puis la conversation s’oriente un peu sur son boulot, sa boite, et puis leur com. Alors je me mets à lui poser des questions sur leur stratégie marketing en disant que j’ai justement pensé à lui en lisant un truc dans un journal à ce propos (et je lui fais les yeux doux bien sûr). Il me répond un peu évasivement, genre je suis une bécasse. Alors je reprends, et cette fois je me mets à parler marketing avec quelques termes bien choisis, et j’insiste sur ce que je pense être une erreur de com. Il parait étonné et me répond un peu plus posément. Puis s’ensuit une conversation plutôt technique à ce sujet, et nous échangeons quelques idées avec pas mal d’aplomb.

Il s’arrête net de parler… il me regarde d’un air soupçonneux et il dit :
« Mais… dis moi un truc, c’est vrai que tu es coiffeur ? »

Alors là, je suis estomaqué. Je ne réponds rien pendant trente secondes à repasser les pires suppositions : « est-ce que c’est ma manière de parler, de m’habiller, ce que j’ai dit toute à l’heure ? est-ce qu’il dit ça pour me casser ? ».

Et puis, ça fait tilt : Ali. :hum:

En effet, je me tourne vers mon ami qui est complètement hilare et me dit « je suis désolé » entre deux halètements hystériques tellement il se bidonne. Et puis je demande à Fabrice comment il a appris cela. Et lui me confirme qu’il a demandé à Ali en boite la dernière fois, et que ce dernier lui a répondu avec son habituelle assurance : « Oh la Mathieu, elle est coiffeuse… ». Mais la blague de bitch n’avait pas été démentie jusqu’à cette soirée là, à dessein ou pas…

Donc j’ai ensuite rectifié mon orientation professionnelle, en disant que de toute façon cela ne changeait pas grand-chose à ce que j’étais. « N’est-ce pas ? » rajoutais-je à l’attention de Fabrice.

Finalement, je ne suis pas sorti avec même si des années après, nous restons toujours autant dans l’ambiguïté et la séduction quand nous nous rencontrons. Et il continue à me demander à chaque fois en rigolant : « c’est vrai que tu es coiffeur ? ».

11 Commentaires

  1. D’habitude, chez le PD moyen en quête de partenaire(s) particulier(s), la philosophie (si tant est qu’on puisse parler de philosophie :joker:) serait plutôt de cet ordre là (je vais faire dans le littéraire, ça fait pas de mal !) : « Tout en me souhaitant du génie, il se réjouissait que je fusse sans esprit ».
    Pour faire plus trivial, et pour reprendre un chef-d’oeuvre de la cinématographie française : « C’est pas la cervelle qu’on suce ! »…

    Pourtant, il semblerait que survive une exception en la matière, tout au moins pour ce qui concerne le mâle enclin « au vice grec » : le coiffeur, ou, plus communément, la « Coiffeuse » (puisque de telles fonctions, apparemment avilissantes, ne sauraient être pratiquée que par des sous-hommes : les femmes !).
    En effet, subsistent encore d’énormes préjugés, vis à vis de telles ou telles professions qui ne seraient « acceptables » que dans la mesure où elles offrent un service souvent indispensable (qui se passerait par exemple d’éboueur ?). Il n’est donc pas raisonablement envisageable (lorsqu’on est soi-même mieux placé dans l’échelle sociale) de s’acoquiner avec un subalterne (à l’exception de l’ouvrier en batîment peut-être, puisque sujet de fantasmes -cf the Village people), ou d’être « vu » avec !
    Racisme social, mais pas uniquement.

    C’est plus de racisme socio-culturel dont il est question : puisqu’il est communément acquis que la « coiffeuse » (pour reprendre l’exemple en question), est blonde, autrement dit : inculte !

    Qu’on ne se méprenne pas, pas de jugement de ma part (j’ai moi aussi ma part d’a priori, dont j’essaie de me débarasser petit à petit, maturité et tolérance faisant leurs chemins), juste une constatation d’un état de fait pas très reluisant.

    La pire des attitudes étant, sans doute, celle du bon pote qui sous prétexte d’une bonne blague projette ses propres angoisses, son insécurité, et son fiel sur l' »autre », le paria, celui dont on ne veut surtout pas …

    Réfléchissons aux situations de la vie courante, rien n’est anodin finalement.

    PS : Je ne suis pas coiffeur! (chassez le naturel, il revient au galop !)

  2. Je voudrais profiter de cet espace de liberté pour dire qu’à 8 ans, j’ai passé une après-midi à faire des coupes aux touffes d’herbe du jardin de mes parents. J’avais pris une vieille brosse et des ciseaux, et je parlais à des mottes d’herbe avant de leur faire une brosse ou un dégradé.
    :petard:

    Mon père a gueulé en disant que c’était n’importe quoi de jouer ls coiffeurs, ma mère a dit « oh laisse-le faire, il ne fait de mal à personne ! ».
    :croa:

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