Les psychomoparentapeuthes ont la parole

Le dernier numéro de Psychologies Magazine dont j’ai précédemment parlé, titrait un intéressant sujet : « Homos et parents : ce qu’en pensent les psys ». Plusieurs psys de tendances et d’opinions diverses ont donc été interviewés sur le sujet de l’homoparentalité. Le magazine en tire un court bilan, puis présente les vues de chacun des professionnels.

J’ai toujours considéré que l’homoparentalité viendrait naturellement, et que les enfants d’homos seraient un peu comme les enfants de divorcés. Autrement dit, ce serait difficile pour les premiers, et puis cela finirait par complètement se banaliser.

Ces quelques pages, même si elles ne répondent pas de manière manichéenne à la question, ont le mérite de poser les choses rationnellement, tout en soulevant beaucoup d’objections mais aussi en relativisant pas mal de peurs. On a finalement peu entendu les avis des thérapeutes pendant ce débat avorté, alors qu’ils sont certainement de bons interlocuteurs pour trancher entre des opinions publiques si contrastées et revendicatives. Cependant les psys ne sont pas des ingénieurs, et l’exercice de leur profession n’est pas une application stricte et définie de règles figées. Au contraire, il existe autant d’opinions sur l’homoparentalité que de psys. Chacun se base sur son expérience, ses références, les thèses qu’il soutient et certainement aussi son propre ressenti.

Ce que l’on peut retenir de tout cela, c’est que la question est bien complexe, et qu’ils recommandent, qu’avant tout, on ne prennent pas de décisions hâtives. Le débat doit avoir lieu. Sinon c’est fascinant de constater à quel point les interviews sont différentes. Différentes dans les opinions de chacun sur l’adoption, la procréation ou l’éducation, mais aussi dans les références qu’ils citent pour étayer leurs dires, ou bien dans les justifications « morales » qu’ils développent.

Jean-Pierre Winter (psychanalyste)

« Qu’il s’agisse de deux hommes, de deux femmes, le rôle d’éducateur peut être parfaitement rempli. L’homosexualité procréative, en revanche, pose problème. »

Ce psychanalyste doute avant tout du sérieux des études qui prouveraient que les homos ne font pas de plus mauvais parents que les autres, même s’il pense intuitivement que c’est le cas. Il se pose plus sérieusement le problème (comme la plupart d’ailleurs) de la procréation qui peut aboutir sur des mensonges qui déstabilise l’enfant. Il s’interroge surtout sur la confusion qui pourrait naître entre le fait d’avoir deux parents du même sexe, et pas vraiment deux géniteurs de sexe opposé (ce qui est forcément le cas) dans son esprit. Et du coup, cela pourrait troubler sa représentation de la vie, et surtout de son existence même.

Claude Halmos (psychanalyste)

« C’est sûrement politiquement correct, mais cela me semble très risqué »

La principale frayeur de cette psy est que la question devienne politique (et démagogique), au lieu d’être posément et rationnellement traitée. Du coup, elle a peur qu’on prenne des décisions à l’emporte-pièce, qu’elles soient pour ou contre, tandis qu’on mettrait de côté l’essentiel : le bien-être de l’enfant. Or, elle considère que poser l’égalité entre les couples homos et hétéros n’est du tout anodin dans la perception de la différence des sexes pour les enfants. Elle ne veut pas jouer la rabat-joie mais exprime simplement qu’il ne suffit pas de désirer et d’aimer un enfant pour que celui-ci soit finalement équilibré. La question est plus complexe, et mérité réflexion.

Geneviève Delaisi de Parseval (psychanalyste)

« La différenciation sexuelle se pose aux enfants d’homosexuels de manière frontale et plus précocement que chez les autres. A l’adolescence, ils sont confrontés plus tôt à la question : « suis-je hétéro ou homo ? », et on note souvent chez eux une hypermaturité. Mais cette question ne pose pas de problème majeur car ces enfants ont autour d’eux des grands-parents, des parrains et marraines… Ils ne vivent pas en vase clos. »

Boris Cyrulnik (neuropsychiatre et ethnologue)

« Mais les craintes pour l’équilibre de l’enfant reviennent dès que le mariage change de forme. Au début des adoptions internationales, on disait des enfants de couleur qu’ils seraient perturbés. Les enquêtes montent qu’il n’en est rien. Ces enfants traversent des épreuves. Mais s’ils sont entourés affectivement, l’épreuve ne deviendra pas traumatisme. Ce qui est vrai pour tout le monde. »

Les deux dernières citations sont plutôt en phase avec mon approche. Ils considèrent que pour les enfants, ce n’est certes pas une chose anodine, mais que comme pour les enfants de divorcés, ils surmontent les difficultés. Et comme pour les enfants de divorcés, il ne faut pas oublier certains enfants paient longtemps les pots cassés. Mais alors, on peut aussi finalement généraliser cela à n’importe quelle névrose. Comme si aucun enfant de couple hétérosexuel n’était confronté à des problèmes psychologiques ! Donc il existe des enfants qui souffrent de l’homosexualité de leurs parents, et réciproquement, d’autres qui ont certainement dépassé les tabous et sont très heureux ainsi.

Aldo Nouri (Pédiatre)

« En outre, à partir de mon expérience, je constate que la souffrance des enfants ayant eu des ascendants homosexuels ressemble étrangement à celle d’enfants ayant souffert d’inceste. Dans les deux cas, il y a altération de la notion de différence. »

Bon lui, il est contre ! A vrai dire, on ne peut pas attaquer frontalement un professionnel qui tire en plus des enseignements de son expérience sur le terrain. Outre cela, il cite certainement des cas qui sont réels (comme je le disais plus haut les enfants d’homos n’échappent pas à la névrose), mais sa conclusion est peut-être tirée en regardant par le petit bout de la lorgnette ?

Christophe André (psychiatre et psychothérapeute)

« Aujourd’hui, j’ai une position pragmatique : rien ne permet de dire que l’hétérosexualité des parents garantit un meilleur équilibre à l’enfant que leur homosexualité. »
« Et ce n’est pas pour autant qu’il deviendra homosexuel ! On ne « devient » pas homosexuel, on l’est ou on ne l’est pas. »

Voilà le regard étonnant d’un psy qui part d’une opinion « théorique » tranchée : un enfant doit être élevé par son papa et sa maman, ils sont hétérosexuels. Et il nous présente un avis plus nuancé où il dit vouloir attendre que les cas se présentent avant de juger. Un avis empirique en quelque sorte !

Michel Schneider (psychanalyste)

« Si la sexualité humaine n’est pas simplement « naturelle », elle n’est pas non plus tout entière culturelle, affranchie des lois de la reproduction. »
« L’enfant n’est pas produit pour satisfaire le comblement narcissique de ses parents. Cela arrive dans les couples hétérosexuels. Mais pourquoi faut-il que ceux qui n’ont su trouver leur identité et leur place dans la différence des sexes érigent leur symptôme en norme sociale ? »

Hé hé hé, j’ai évidemment gardé le meilleur pour la fin. Et encore, il aurait fallu tout recopier, car le gars est simplement toujours dans le trip homosexualité égal pathologie. Aussi on ne va pas lui jeter la pierre. En effet, lorsqu’on considère que les homos sont de dangereux névropathes, il est logique de ne pas vouloir leur permettre l’adoption d’enfants. Aussi, avec ce psy là, on a encore tellement de boulot sur la définition même de l’homosexualité, que ce n’est pas la peine d’essayer de le convaincre du reste.

Le problème c’est que ces arguments sont prônés par une bonne partie de la population, et c’est aussi de cette évolution à deux vitesses que viennent mes craintes. En effet, on est peut-être en train de discuter de l’adoption à Paris, mais on en est encore à lutter contre l’homophobie de base un peu partout ailleurs.

15 Commentaires

  1. Vaste sujet en effet. Il faudra sans doute encore plus de tolérance envers l’homosexualité pour que l’homoparentalité le soit à son tour! Il faut donner du temps au temps parait-il ! Quant aux conséquences sur l’enfant ? Il faut surtout qu’il connaisse ses deux vrais géniteurs je pense. Connaitre ses origines favorise un bon équilibre ! Quant aux conséquences sur sa sexualité ? Les parents hétérosexuels mettent bien au monde des homos !!

  2. C’est une synthèse très intéressante, Matoo.
    En effet, je suis d’accord avec ecto: la nécéssité pour l’enfant est de connaître son véritable père et sa véritable mère biologiques car bien que certains le cachent à leur progéniture, elle finit toujours par se poser des questions.
    Il est vrai qu’ensuite, les enfants subissent des épreuves inévitables comme le regard des autres ou les moqueries à l’école…L’essentiel est de leur apporter l’affection dont ils ont besoin sans pour autant négliger les règles fondamentales de la vie en société. Valà:mrgreen:

  3. La citation d’Aldo Nouri, prise comme ça, me laisse un vieux doute. Mettre côte à côte homosexualité et inceste, même s’il n’y a pas là un rapport entre les deux, seulement dans l’expression des « souffrances » (qui ne sont pas non plus définies dans la citation), bref, tout ça ne me plait pas trop. Il faut espérer que le propos soit éclairci dans le reste de sa participation au dossier.

    Tiens, je vais peut-être pour la première fois de ma vie chopper ce mag’.

  4. Edifiant. Merci de partager cet article et tes impressions dessus.

    Je n’ai que 21 ans et pourtant je songe fortement à fonder une famille. C’est en moi c’est comme ça. C’est biologique. C’est si fort que cela fait du mal de se heurter à cette forme d’homophobie qui est de dire que « les enfants d’homos seront des traumatisés ».

    Mes enfants seront traumatisés par les dires de la société et non parce qu’ils ont deux papas. Je sais que l’absence d’un genre dans le foyer peut etre facteur de problème mais ce n’est pas le seul fait de l’homoparentalité. Je trouve que c’est un comble à l’heure où le nombre de divorces rattrape celui de mariages de refuser à deux personnes de même sexe de « vivre » et « perdurer » à travers leur progéniture.

    Suis-je égoiste ? Si le fait de vouloir fonder une famille heureuse comme je la vis me rend égoïste alors la Terre est un monde d’égoisme.
    C’est dans la nature de l’homme que de procréer. C’est ma nature. Qui a dit qu’une fois la procréation terminée l’homme devait rester avec la femme ?

    C’est réconfortant de voir tes commentaires sur la question. Il y a encore trop de personnes (et de gays) qui me refusent ma nature.

    Kiss

  5. Je sens que je vais passer pour reac.
    Je n’envisage pas personnellement de creer de famille (pas a l’ordre du jour…), mais Mattoo parle des « malaises » des enfants de divorces, qui pourraient etre comparables avec le malaise ressenti par les enfants d’homo. Sur ce point, tout a fait d’accord, je ne pense pas que les enfants de couples homos ne souffrent plus que les enfants de couples heteros qui ne rentrent pas dans la conception « archaico-chretienne » de la famille.
    Mais c’est surtout le choix des parents qui m’interpelle : lorsqu’un couple hetero fonde une famille, il n’a pas dans l’idee de divorcer et d’infliger une quelconque souffrance a ses enfants. Alors que dans le cas du couple homo, il choisit deliberement d’avoir des enfants en les mettant de facto dans une situation initiale favorable a toute sorte de questionnement.
    Evidemment, tout sera changera lorsque l’homosexualite sera parfaitement acceptee, mais il semble qu’il y ait du boulot…
    A Paris comme ailleurs ;-)

  6. La crainte de Claude Halmos ne me paraît pas infondée. Si l’action de lobbying engagée par certains est souvent essentielle pour amorcer le débat, elle prend vite une tournure politique qui n’a, dans un premier temps, aucunement sa place dans ledit débat.
    Comme n’importe quel couple stérile, les pédélesbiennes doivent avant tout se responsabiliser quant à leur désir d’enfant. Si on obtient le même droit que les hétéros à faire n’importe quoi n’importe quand, je ne vois pas le progrès, pour nous comme pour les enfants.

  7. Bon, j’ai pas le temps de lire les autres commentaires et j’ai lu en diagonale ton article (je sais : pas bien de ma part).
    Juste une remarque, quand Aldo Nouri dit que dans son expérience de pédiatre il a souvent vu des cas où « ça » ne fonctionnait pas dans un cadre homoparental, il faut se poser une question et une seule : est-ce qu’il a déjà essayé de voir des cas où ça marchait, parce que bon… les gens qui vont bien ou pour lesquels tout s’arrange ne vont pas vraiment voir les psys. Donc son expérience est de voir des choses négatives, forcément…
    Enfin, ce que je dis…
    Tant qu’on aura pas remsi au placard les idées homophobes, en particulier que homosexualité = pathologie, que hétérosexualité = normalité = seule solution valide et le principe de base que homo = pédérastes de BEAUCOUP de praticiens, on pourra difficilement voir tout ça objectivement.

    Ah, j’allais oublier : Michel Schneider :ben:

  8. Oui c’est aussi ce que j’entendais par « le petit bout de la lorgnette ». Evidemment, les gamins non traumatisés ne sont pas pris en compte, et passent là inaperçus ! C’est un comble !

    Falpars> Je pense exactement comme toi (on est peut-être tous les deux réacs lol), et je suis très sensible à cette réflexion. En effet, je ne sais pas si sous couvert d’égalité entre les homos et hétéros, on peut revendiquer le droit de faire les mêmes conneries… Dilemme…
    :petard:

  9. C’est assez bien vu l’idée que les psys connaissent surtout la part de la population pour laquelle « ça ne va pas ». Je le pense aussi.

    Je suis lesbienne et j’ai deux enfants, 10 et 8 ans, et à priori tout va plutôt bien. J’ai juste une remarque: Toutes les idées que je me faisais avant quant aux problèmes que je risquais d’avoir ont été balayées par la réalité, l’éducation c’est de l’improvisation
    permanente.
    Autre chose, la violence verbale hétéro dominante, ne se rencontre pas dans le quotidien, ni à l’école ni chez les parents des copains, ni même chez leurs copains (pour l’instant en tout cas), on dirait que la théorie heurte mais que la pratique passe plutôt bien.
    Pour finir pas trop mal, un mot de mon fils à un copain qu’il venait de rencontrer et qui ne comprenait pas tout à fait le contexte familial « t’es trop jeune pour comprendre », le tout dit en rigolant.

  10. Ah moi aussi, ca me fait du bien !

    Quelques petites commentaires en plus :

    – Pourquoi réduire la parentalité à deux (ou une) personnes ? Ne pourrait-on pas être plus ouvert ? Personnellement, le seul schéma qui me plairait pour avoir des enfants, ce serait avec un couple d’amies lesbiennes…avec co-parentalité.

    – Le débat de l’homoparentalité est différent du débat de l’adoption… L’homoparentalité n’a pas attendu le débat francais actuel : entre les ancien(ne)s hétéros, les lesbiennes qui « tombent » enceinte (après une excursion en Belgique pour insémination), les « célibataires bien propre » qui adoptent et les homos des deux sexes qui se lancent dans la co-parentalité, beaucoup d’enfants se retrouvent dans des contextes d’homoparentalité. Faut pas se leurrer, le rôle de l’Etat n’a qu’un role normatif très faible dans ce contexte : des enfants élevés par des homos, y en a déjà un paquet.
    Une fois cette réalité acceptée, le débat sur l’adoption peut être percu différemment.

    Imaginons la mère biologique de l’enfant qui vient à décéder… Le père n’a jamais été présent ou ne l’est plus. Par contre, l’amie de la maman vit également avec l’enfant depuis plusieurs années. Et ben, l’Etat, il s’en fout, de l’amie ! L’enfant ira probablement chez les grands-parents, oncle et tante, orphelinats… Accepter l’adoption, ne serait-ce pas préférable pour le BIEN de l’enfant ?

    – Quand à la nuance apportée par falpars entre le malaise de parents divorcés et de parents homos, j’ai du mal à croire à l’innocence des hétéros. Avec l’institutionnalisation du divorces (trois divorces pour quatre mariages), ils connaissent cette possibilité et ne semble pas trop frileux pour l’utiliser.

    Malgré mes propos militantistes, je reste d’accord avec l’essence de sa remarque : J’ai pas envie de rendre des enfants malheureux … que du contraire !

  11. Nathalie.. 35 ans .. éducatrice…
    On a tendance à vouloir plaquer des étiquettes sur chacun d’entre nous.. et c’est bien là le problème.. je suis hétéro et pour autant ne le proclame pas sous tous les toits.. pourquoi afficher nos préférences sexuelles?.. je rentre dans telle ou telle catégorie?.. certes les discours permettent de faire avancer le schmilblick mais ils sont parfois à l’origine d’une « réflexion stérile »… on a tendance parfois à confondre pudeur et ouverture d’esprit.. Difficile d’en poser les limites..
    il ne faut pas se leurrer .. Dans un pays libre comme le notre..ou qui se dit l’etre en tout cas..tout ça reste très tabou..tout n’est que surface.. on se dit ouvert.. et on juge a tout va.. genre « rien contre l’homosexualité.. mais chez les autres .. si mon fils (ma fille).. m’annonce un jour…je ne saurai accepter.. ».. discours à vomir mais purement concret..
    mais on avance à tout petits pas.. on semble avoir pris un certain recul .. mais il nous faudra des années encore pour accepter tout ça.. comment pouvoir accepter l’homoparentalité.. alors qu’on en est concrètement tout juste à accepter et reconnaitre que la femme divorcée peut « seule subvenir aux besoins » de ces enfants..voir meme a ces propres besoins.. et oui on en est là.. Depuis l’après guerre où la famille hétéro..classique a pris une ampleur telle.. il est difficile de concevoir que tout fout le camp…
    On a tenté de nous faire croire qu’un enfant de divorcés ne pouvait se construire de la même façon qu’un enfant qui a grandit au sein d’une famille dite « normale ».. alors qu’un enfant retrouve la sérénité en vivant hors des conflits parentaux qui précèdent la séparation..Il va de soi que tout ça n’est valable que si chacun des protagonistes ne pense en priorité qu’au bonheur de l’enfant.. Idem chez un chez couple homo.. pas d’étiquettes .. juste des personnes qui n’ont que cette priorité…

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