Fierté maternelle

J’appelle ma maman pour… rien, juste pour lui faire un bisou. Donc j’appelle le laboratoire pharmaceutique où elle officie, et comme d’habitude je tombe sur une de ses collègues, une jeune femme, qui me dit qu’elle va la chercher. Une minute plus tard, môman répond : « Allo Mathieu ? Tu peux me rappeler dans dix minutes, je suis occupé là, je dois finir mon dosage de klebsiella pneumoniae glycoprotéine anhydre » (au hasard, je ne me souviens jamais de tous ces noms barbares qu’elle fait exprès de prononcer comme si ça coulait de source).

Donc je la rappelle un peu plus tard… D’habitude comme elle devine que c’est moi qui rappelle, elle décroche directement mais là c’est une autre femme qui décroche. Donc je me représente et demande à parler à Mam’ Matoo, ma môman. Et pendant que je parle, je me rends compte que j’ai été basculé en haut-parleur car j’entends un léger écho. Alors j’entends des caquètements de bonnes femmes et ma mère en fond qui glousse avec les autres.

Elle prend le combiné et elle me dit hilare :
– Valérie a trouvé que tu avais une superbe voix, donc toutes les filles voulaient t’entendre parler.
– Ah ok, ah bah c’est gentil ça !
– Ouai et puis elles m’ont demandé quel âge tu avais, ce que tu faisais et si t’étais célibataire rajoute-t-elle en rigolant plus encore
– Ah ben t’as du leur répondre ! Mais tu leur as aussi dit que ce n’était pas la peine ? dis-je d’un air ironique
– Heu… nan, nan.
– Comment ça ? Elles savent pas que je suis homo ?
– Eh bien non, pas vraiment.
– Pas vraiment ? Nan mais oh, dis le si t’as honte !! je réponds sérieusement
– Mais naaaaaaaaaan, tu comprends c’est délicat et tout…
– Nan nan, je comprends pas. Tu peux être fière de moi quand même, fière de ce que je suis, de tout ce que je suis !
– Oh bah, oui oui c’est vrai ça. Tu as raison.

Et là, en rigolant je lui assène : « Bon bah, vas-y dis leur devant moi que je suis pas disponible parce que je préfère les garçons. Allez, je t’écoute. ‘Gay Pride Mummy !’. Cap ou pas cap ? ».

Un silence d’une seconde et : « Mon biquet, il faut que je te laisse, je dois aller m’occuper du phtalate de dibutyle. Saluuuuut ! ».

Biiiiiiiiiiip biiiiiiiiip biiiiiiiiiiip.

Arf arf. Pas si téméraire que ça la môman.

Je sais qu’elle n’a pas honte de moi, et je comprends bien que ce n’est pas facile d’en parler comme cela à son travail. Mais j’ai été étonné que ses collègues, avec qui elle papote quotidiennement, doivent être au courant de tout me concernant sauf une des choses les plus importantes. Je croyais qu’au bout de sept ans, elle serait un peu plus relax avec ça en public. Du coup, je me dis que pour des parents un peu moins ouverts et cool, ce n’est même pas la peine.

Heureusement que j’en ai moi-même parlé à mes oncles et tantes sinon je ne suis même pas sûr que mes parents en auraient eu le courage. Car lorsqu’ils évoquent cela, c’est toujours une sorte de drame ou pire un échec personnel. En effet, l’homosexualité d’un enfant c’est encore perçu comme (quand on a dépassé le stade de la maladie ou de la perversité) une erreur dans l’éducation du gamin (ce qui n’est pas si idiot que cela, mais pas dit comme cela). Cependant, je sais que ma mère ne saurait pas gérer le regard inquisiteur des autres ou les attaques sournoises des gens qui s’engouffrent dès qu’ils perçoivent une faille. Donc mes parents se cantonnent à mes études ou je ne sais quoi, mais font l’impasse sur la pédésexualité.

Mais c’est dommage, j’aurais bien aimé qu’elle soit un peu plus « out » elle aussi, et puis fière d’avoir engendré un bon gros pédé bien (dés)équilibré. :mrgreen:

18 Commentaires

  1. du phtalate de dibutyle? et ta mère vend ça en pharmacie? tu sais ce qu’on leur faisait aux empoisonneuses, au Moyen-Age?! :-D (nan, en fait, c’est juste pas bon pour tes spermatozoïdes)

  2. Je réalise d’un seul coup qu’un jour il va falloir que j’assume…Statistiquement parlant mes enfants ont plus de chances d’être hétéros. Ca va être terrible.

  3. Mouais, je me permet depuis peu de me lâcher comme ça avec la mienne… Ton histoire me rapelle des petites anecdotes bien burelesques ;-)
    Enfin bon, la mienne est coincée au stade « erreur dans l’éducation »… C’est quo l’étape suivante ?

  4. dis donc tu y es allé un peu fort tout de meme,ce sont ses collègues de boulot, pas ses copines.. Ma mère digérait très mal ce genre de demandes de ma part..mais beaucoup moins les « pour une enseignante, ce doit etre dur d’avoir un fils pd »..on habitait la campagne tu comprends..

  5. Tiens petite anecdote qui remonte à 3 jours. Mardi, ayant ma fille en garde, on va faire quelques courses et puis on en profite pour aller faire un coucou à sa mère qui bosse dans une banque. Etant occupée avec un client, on patiente un peu et une de ses collègues n’arrétait pas de me reluquer. Bref, une fois repartis, la collègue de mon ex-femme va la voir …

    Elle : C’est qui ? Il est super beau
    Mon Ex : Le père de ma fille
    Elle : Wahouuu t’as eu de la chance, je me le ferai bien !
    Mon Ex : Tu peux toujours essayer mais je doute que son mec soit d’accord.
    Elle : :eek:

    :mrgreen:

  6. Moooman est chimiste ??? :) :) :) :) :) Je l’aime déjà LOL ! :p … Entre scientifique on se comprend toujours ! :ok: en tout cas les termes que tu as employés existe bel et bien :)

  7. Je vais peut-être casser l’ambiance, et puis vous devez connaître ce que je vais raconter bien mieux que moi… Mais ça m’a laissé un goût amer, et il n’y a qu’ici que je peux en parler… Alors tant pis pour vous :

    Il y a quelques semaines, un ami dèpe a perdu un ami très cher (suicide). Conversation au téléphone:
    – Ce soir, on va chez X vider son appart des trucs compromettants avant que sa mère n’arrive.
    – ?? Qu’est-ce qu’il y a de si compromettant? des menottes doublées de velours? (dis-je l’air de rien tandis que mon interlocuteur retient mal ses larmes.)
    – non, rien, mais c’est le mot d’ordre entre nous, les dèpes: s’il m’arrive quoi que ce soit, videz l’appart avant que ma mère n’arrive.
    – … »
    Et j’ai pensé au 2-3 cassettes de cul planquées sous les pulls pour que les gosses ne tombent pas dessus par hasard, aux livres et BD porno sur les étagères les plus hautes… Mais moi je suis hétéro, je suppose que ça ferait sourire…
    J’ai manqué de mots pour réconforter mon ami.

  8. « une erreur dans l’éducation »
    ca m’a fait bizarre comme phrase, moi j’en suis resté au phénomène d’outing qui se fait ou non suivant l’éducation (et la force morale de l’individu) mais que l’homosexualité en tant que telle était plutôt génétique qu’autre chose (par exemple, ton petit tonton logiquement a des gênes en commun avec toi)

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