Substance Mort

Je savais que ce livre était un des grands bouquins de Philip K. Dick que je devais lire un jour. Et comme Tigger me l’avait suggéré en un quinze mille unième commentaire (merci le spam ;-)), je l’ai acheté et lu rapidement. Et il avait raison, ça m’a incroyablement plu. Et je pense aussi comprendre la résonance toute particulière que cela a pu avoir chez ce blogueur. J’ai aussi pensé à mon ex Sébastien, mon toulousain qui devait faire des check-up réguliers assez contraignants parce qu’il avait bousillé pas mal de choses dans son corps après avoir abusé des buvards entre 17 et 22 ans.

Substance Mort est un roman sublime et effrayant, aussi aliénant que le type en couverture dans son cri de Munch version nineties. Philip K. Dick ne l’a jamais caché, c’était un gros toxico, il aimait raconter ses expériences dans ses bouquins, et il est connu comme l’auteur qui a réussi avec le plus d’acuité à décrire ce que pouvait être un trip sous acide par exemple. Il a expérimenté les années soixante et à peu près toutes les drogues de la Terre, mais il n’en fait pas l’apologie dans ses livres, et dans celui-ci c’est tout le contraire, on y retrouve plus l’esprit « Trainspotting » qui transcrit bien l’horreur de la drogue, tout en assumant son caractère récréatif, échappatoire et jouissif.

Cela m’épate de lire que les délires moléculaires psychédéliques des années 60 se soient si aisément retrouvés dans la consommation d’ecstasy dans les raves des années 90 (que j’ai pas mal fréquentées entre 94 et 96). K. Dick a un talent manifeste pour décrire ces univers, et ce bouquin est particulièrement dédié à tous les gens qu’il a connus et des amis qui sont restés scotchés, y ont laissé leur peau ou une bonne partie de leur santé.

Nous sommes dans un monde post-sixties où la drogue la plus puissante et dangereuse et à l’addiction la plus intense, la Substance Mort, ravage les populations modestes et pauvres. Tout le monde est consommateur et dealer à un certain niveau. Les flics essaient de remonter les filières avec peu de succès. Fred est un agent des stups qui agit sous couverture dans un groupe de junkies/dealers en tant que Bob Arctor. Personne, même les flics ou ses supérieurs, ne savent quelle identité il a endossé. Fred est devenu accroc à la Substance M, comme tous les agents de terrain, et il doit gérer entre sa mission et ce qu’il vit au quotidien. On retrouve bien là la passion de K. Dick pour les situations schizophréniques. Mais pour corser le tout voilà que son boss lui demande d’enquêter sur Bob Arctor, c’est-à-dire lui-même, sur lequel se portent pas mal de soupçons. Donc Fred doit gérer cette situation ubuesque, en plus de la drogue qui commence à lui bousiller sérieusement les synapses, et se méfier à la fois des flics, des junkies, des dealers… d’une vie qui lui échappe totalement.

Il ne se passe pas énormément de choses en terme de récit et la narration n’est pas très complexe ou élaborée, mais l’univers décrit est flippant. Ce n’est pas non plus du « Requiem for a dream », l’auteur est beaucoup plus sobre et posé que cela, mais la manière dont il décrit le manque, l’assuétude et la relation à la substance est troublante de réalisme. J’ai ressenti la frayeur, la perte d’identité ou les troubles cognitifs du héros comme jamais auparavant dans un roman. Et tout cela pour découvrir en conclusion que la source de la drogue n’est pas ce que l’on pense, et là encore la métaphore est aussi superbe que flippante.

Philip K. Dick - Substance Mort

6 Commentaires

  1. « Et tout cela pour découvrir en conclusion que la source de la drogue n’est pas ce que l’on pense »

    Can ça m’interpelle. J’ai quelques notions sur la toxicomanie, travaillant depuis quelques mois en psychiatrie.
    Si tu pouvais me dire ce que tu entends par là, Matoo…

    (et ne me dis pas d’acheter le bouquin, je n’ai malheureusement pas le temps…)

  2. Même sujet, même époque : Aldous Huxley & William Burroughs, incontournables ! Mon « ex » (mais ce mot n’a pas le même goût que la situation véritable qui nous définit) traîne son flacon de méthadone depuis plus de 5 ans. J’avais par ailleurs un jeune pote que « Trainspotting » et « Requiem for a dream » excitaient (mais sans l’allécher encore!), tandis qu’à son âge « Moi, Chritiane F. » me traumatisait… Les représentations des divers univers junkies, sordides ou déjantées, me ramènent à ce même état des choses : mon « ex » traîne son flacon de méthadone depuis plus de 5 ans… Nous l’avions hébergé au début de sa prise de conscience, à la charnière de l’addiction, lorsqu’il pleurait au téléphone. L’aspect shamanique des drogues fascinait le mystique Huxley, la rouille de la seringue se sera propagée parmi les neurones branlantes de Burroughs… Dès qu’un travail d’artiste se mesure à ce sujet, la nausée m’attrape par les épaules. Même l’absorption de l’épice par Paul Atréides (cf « Dune »)ou de la semuta qui bleuit si salement les lèvres (ibidem) ajoute comme une bile sournoise dans mes humeurs. Les addictions, je suppose, corrigent l’écart qui nous sépare de notre potentiel réel. Le virtuel avant l’informatique, en somme… Quand cet « ex » me dit, la voix dissonante : « Plus d’héro, mais l’alcool… », je réponds : « oui, je connais… »

  3. Substance mort a été le deuxième livre de SF pour « adulte » que j’ai lu quand j’avais 14 ans. Ca m’a définitivement marqué, cette description des drogues.
    Le fait de raconter l’histoire, Matoo, trahit au passage une demande exprès de PKDick qui demandait à ce que personne ne révèle la crise d’identité de ses deux antihéros (qui n’en sont donc qu’un)…
    Ceci mis à part, outre la qualité de « A scanner darkly » est outre la description des drogues dures (auxquells PKDick ne s’adonnait pas trop, il préférait les amphètes qui lui permettaient de rédiger de dizaines de pages par jour), c’est aussi la description de la vie au quotidien dans un état totalitaire utilisant tous les moyens à sa disposition pour fliquer sa population – et pas uniquement les junkies ; c’est une description de la dérive américaine que Dick craignait (avec Nixon comme leader), notamment vers la fin, avec le camp de réhabilitation pour détruits du bulbe…
    J’ai assez étonnamment retrouvé des descriptions similaires aux siennes dans des romans d’autres auteurs – qui admirent s’être inspirés de lui, notamment pas mal de scénaristes télé (genre twilight zone des années 80/90, x-files, etc…) Le coup du drogué qui voit des blattes lui traverser le corps par exemple a été repris dans l’idée par x-files…
    Toute chose étant bonne à dire au sujet de ce livre, je crois qu’il faudrait le faire lire par pas mal de gens… d’autant plus qu’il n’est pas trop difficile à lire (sauf qu’on n’en comprend seulement la majorité des problèmes qu’à la moitié…), ça pourrait aider…

    Entout cas, je dois avouer qu’ayant lu tout ce qui est disponible de Dick, celui-ci est un des tout meilleurs de sa fin de vie.

  4. Tiré de « Substance Mort » de Philip K. Dick, et intitulé « A Scanner Darkly », le film a pour réalisateur Richard Linklater avec Keanu Reeves, Winona Ryder.
    Ce film sortira en septembre – entre le film live et le film d’animation, dont vous pouvez voir des photos ICI et des videos LA
    bon, ca marche pas mes renvois en htlm :-(

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