Dis à ma fille que je pars en voyage

Je ne vais pas souvent au théâtre, mais j’ai toujours pensé qu’un spectacle « vivant » lorsqu’il véhiculait de l’émotion le faisait alors avec beaucoup plus d’intensité et d’authenticité (qu’au cinéma). Cette pièce de Denise Chalem fait sans conteste partie de ces oeuvres dont le théâtre donne une force et une portée particulière.

Il s’agit d’une pièce de femmes sur un sujet féminin, trois comédiennes interprètent deux prisonnières et la troisième comédienne interprètent différentes gardiennes et autant de typologies. On a une prisonnière un peu balourde, vulgaire et manifestement peu éduquée, une « ancienne » de la prison. La pièce commence par l’arrivée dans la cellule d’une sorte de Christine Deviers-Joncour, une jeune femme de belle allure aux manières bourgeoises qui n’est vraiment pas bien dans ses baskets (en taule pour « faux et usage de faux », « trafic d’influence » et autres bondieuseries). Evidemment tout sépare ces femmes, mais petit à petit, elles se rapprochent et finissent même pas développer une relation amicale assez passionnelle dans ce contexte si singulier.

L’ambiance de la pièce parait très réaliste sur cet univers carcérale, et autant le décor que le jeu (et les didascalies) instaurent une noirceur et une dureté de conditions de vie en cellule. La pièce rend de manière crue et authentique la promiscuité, la violence (et les abus sexuels), l’affrontement entre ces deux femmes dont les aspirations, les destinées et les valeurs sont complètement opposés, et qui malgré tout se retrouvent dans le même bateau. Mais en se racontant par bribes leurs parcours, et parce qu’elles sont la seule présence l’une pour l’autre, elles finissent par se révéler l’une à l’autre. Elles se révèlent dans leurs forces et leurs fragilités, et toutes les deux belles et biens paumées mais à présent solidaires.

Non seulement la cellule est très bien reproduite dans le décor (avec lavabo, toilettes…) et ainsi que d’autres éléments qui figurent l’unique fenêtre à barreaux et l’ampoule électrique dont la morne alternance jour/nuit rythme la journée. Les sonorités sont aussi pour beaucoup dans le réalisme du décor, certains sons sont naturels et affreusement pragmatiques, et d’autres sont artificiels et renforcent encore plus la frayeur de l’endroit. Par exemple, quand la porte de la cellule se referme c’est dans un énorme bruit qui fait trembler le sol, et lorsque les clefs tournent dans le pêne, on entend un mécanisme infernal…

Les deux comédiennes (Christine Murillo et Elisabeth Vitali) sont brillantes, et surtout celle qui joue Dominique, la moins favorisée, qui est extrêmement touchante dans ce rôle d’écorchée vive. Alors forcément, le théâtre était surreprésenté en femmes et cela ne m’a pas étonné vu le sujet. C’est vraiment cool d’être allé voir cette pièce à l’aveuglette et d’avoir eu une si bonne (et intense) surprise.

Dis à ma fille que je pars en voyage - Théâtre du Rond Point

3 Commentaires

  1. Tu peux meme retourné au théatre du Rond Point et aller voir le Grand Mezzé (avec Edouard Baer, François rollin et une plaiade d’autres gens), là non plus te ne le regretera pas. C’est très très drole. Jusqu’au 31 décembre.

  2. Rien à voir, je sais, mais avec un tel titre, je croyais que tu allais nous donner ton avis sur la dernière pub des Assurances(?) machin où une petite fille trouve la chambre de sa grand-mère vide « Mamie, elle est partie faire un long voyage… »
    :gene:

  3. Je suis pas trop théatre mais cette pièce que je suis allé voir avec ma classe m’a enormement plus. Entre les petits passages comique et les moments de tension cette pièce m’a touché!!
    :ok:

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