Merry Dallas

C’est bon, c’est fini, on peut officiellement annoncer que Noël pour 2004, c’est derrière nous ! Je ne suis finalement pas mécontent de ces deux journées.

Dans ma famille on célèbre traditionnellement le réveillon et le jour de Noël, on passe le 25 chez mes parents, et le 24 chez leurs frères et soeurs. J’ai évoqué à maintes reprises cette originalité nuptiale qui consiste à avoir le frère de ma mère qui est marié à la soeur de mon père (on suit ?). Les fameux oncle et tante qui sont les parents de mes cousines-frangines.

Cette année était différente, mes cousines sont toutes deux mariées et ont plusieurs enfants, donc des belles familles et d’autres obligations. Aussi c’est la première fois en 28 ans que nous n’étions pas rassemblés en ce réveillon, et ça m’a fait beaucoup plus ennuyé que ce que je subodorais. Ces deux cousines sont vraiment comme mes soeurs, et ça m’a peiné de ne pas les avoir hier soir. Mais nous étions invités chez mon oncle et ma tante le lendemain, donc ce n’est pas non plus la cata.

Et puis, il est normal que cela arrive. A chaque génération des noyaux familiaux se reconstituent ainsi. Je crois que je culpabilise un peu à cause de mes parents, même si c’est tacite. En effet, ils sont les derniers à ne pas avoir de petits enfants, et à profiter de cette démultiplication familiale. Cette dernière étant l’épanouissement de tout parent lorsque leurs enfants deviennent eux-mêmes des parents. Cette soirée à mis en exergue le léger retard que nous accusons mon frère et moi, sachant que ma situation rend un peu risquée tout prospective procréative, et que cela me peine pour eux. D’autant plus que mes parents ont divorcé récemment, et que des petits enfants seraient un ciment supplémentaire pour notre petite cellule familiale énucléé.

L’espoir était tout de même de mise puisque mon frangin Jérôme nous a amené sa petite amie Anne-Lyse. Je crois qu’ils sortent ensemble depuis un mois ou deux, mais bon avec les hétéros… (lol) C’est surtout le fait qu’elle accepte de rencontrer la famille de son mec dans ces conditions qui m’ont épaté. Et je dois dire que cette petite (l’âge de X. !) a remporté tous les suffrages. Je l’ai trouvé charmante et vraiment agréable. D’ailleurs MonOncle et MaTante ont été unanimes : « On l’aime beaucoup. Elle a un bon coup de fourchette, et elle boit son petit coup. C’est très bien. ».

Ce 24 fut dont tranquille et serein, il n’y avait que mes parents, mon frangin, sa meuf et mon grand-oncle et ma grande-tante. Evidemment, mes parents continuent à faire comme s’ils étaient mariés, mais encore plus que jamais… Ils dorment évidemment toujours dans le même lit, et mon père est d’une humeur plus excellente que jamais. Il a pourtant trouvé un appartement à Cergy, et devrait y emménager prochainement. Je suppose que cela changera alors la donne, mais jusque là, c’est vraiment la quatrième dimension. Il y a aussi indéniablement la présence d’Anne-Lyse qui nous a poussé à une certaine représentation de nous-mêmes. Nous voulions faire plaisir (et honneur) à Jérôme et j’ai remarqué que tout le monde se tenait pour donner la meilleure image possible à notre néophyte. Mon père notamment n’a pas du tout été ouf, ou alors dans sa facette la plus irrésistible. Il a donc été très drôle et spirituel, comme toujours original et attachant. Moi j’ai joué le frérot qui explique les rites et codes familiaux, en instaurant le plus vite possible une amicale complicité entre nous.

Aujourd’hui, nous sommes allés chez mon oncle et ma tante donc, et j’y ai retrouvé mes cousines, leurs maris, leurs enfants etc. La véritable fête de Noël pouvait donc commencer, et j’ai encore trouvé ça génial. C’est un peu une remise à zéro des histoires et des existences des uns et des autres… j’ai raconté le Japon, j’ai conté à mes cousines l’abécédaire de ma vie sentimentale fait notamment de M., de X., elles m’ont donné des nouvelles de leurs maisons, boulots, scolarités de gamins etc.

Par conséquent, maintenant que nous étions en famille, seulement en famille, les névroses épanouies, les psychoses sur les starting-blocks, nous pouvions nous comporter sans grimage. Tout a commencé par une sombre histoire de carottes et de navets… je n’ai pas bien compris. Ma tante a apporté un plat de ces légumes cuits devant ma cousine en lui faisant une remarque en coin. J’ai vu la moue boudeuse de ma cousine se former, une lèvre trembler avec nervosité, et elle a rétorqué silencieusement : « C’est pour hier que tu me dis cela ? Tu trouves que j’élève mal ma fille c’est ça ? Je sais bien que c’est encore ça ! ». Sa mère lui répond avec un sourire encore plus fébrile et gêné : « Ah mais nan, je rigolais… je ne faisais pas du tout cela pour ça ». Mon autre cousine en face qui regarde sa soeur et lui dit : « Mais nan, ne le prends pas mal… elle ne trouve pas que tu élèves mal ta gamine ». Et voilà ma cousine qui, telle Sarah Bernhardt, se lève de table les yeux en larmes et quitte précipitamment l’assemblée pour sortir prendre l’air. Evidemment, sa soeur choquée, troublée, émue, bouleversée la suit immédiatement pour la réconforter. Leur mère est alors touchée en plein coeur et déclame qu’elle ne comprend pas, qu’elle n’a rien fait, que c’est encore sa faute, qu’elle ne saisira jamais comment sa fille peut fonctionner… Elle s’enferme alors aux toilettes, puis ressort et file à son tour dehors. Ma maman n’écoutant que son courage et dans un élan de solidarité féminine va rejoindre les autres femmes pour tenter de leur rendre raison.

Pendant ce temps-là, mon oncle, mon père, mon frère, les gendres et moi, nous continuons à manger. Je dis alors solennellement : « Comment ça m’a trop manqué hier l’ambiance Santa Barbara, c’est trop cool la famille ! », mais ils ne m’ont pas répondu, les hommes sont vraiment trop coincés. Et moi pour tuer le temps, je joue l’imbécile avec MaTante en lui racontant des bobards pour expliquer la scène précédente. Etant donné qu’elle est complètement sourde, nos repas de famille sont un peu comme un bon Buster Keaton pour elle.

Dix minutes plus tard, elles sont rentrées toutes les quatre en rigolant et en conversant gaiement, avec les yeux cerclés de mascara non waterproof. Tout allait mieux apparemment. Ma tante a pris sa fille dans ses bras en lui faisant un gros câlin, tandis que ma cousine s’excusait d’avoir fait ça à ce moment là. Ma mère avait l’air satisfaite de son rôle de médiatrice, et mon autre cousine s’est rassise en face de moi en soufflant : « Bon tout va bien. ». Chrystelle est revenue à côté de moi, et je lui ai fait un bisou à mon tour.

Tout le monde s’est tu pendant quelques secondes, cela m’a laissé le temps de lancer à la cantonade : « Putain c’est vrai Chrystelle, tu l’élèves pas très bien ta fille ! ». Tout le monde a rigolé, et le mascara a pu continuer à couler… de rire !

Aaaaah ma famille… comment ne pas les aimer ?

10 Commentaires

  1. Hey, je déteste tes formes d’angoisse. Ca m’angoisse aussi! Elles approfondissent une forme de ‘qu’andira’t’on suggéré et tolérable. Tu arrives à être bien dans ta famille,n’espère pas non plus quelque forme de Nirvanha! Etre gay, je préfère! N’aie que peu de gages aux yeux de nos êtres chers. Ce soir, 25 Décembre 2004, j’ai ramené deux copines lesbiennes à la maison. Ma maman, est restée pour savoir… Ce qu’il n’y eut ; rien de plus… Mes potes, des vrais putain d’hétéros qui savent, ont joué ma protection. C’est un nid à M…. . C’est une réalité heureuse mais il n’est rien d’exiger. L’acceptance viendra. Si tu te sens con au milieu de ta parfaite famille, demande et tu trouveras quelques fausses réalités honnêtes à combler les autres. Souffre à monter une famille… Le boulet de 2005, c’est mwa!:boulet:

  2. « Comment ça m’a trop manqué hier l’ambiance Santa Barbara, c’est trop cool la famille ! »
    « Putain c’est vrai Chrystelle, tu l’élèves pas très bien ta fille ! »

    J’adooooore ces sorties, mais dans le contexte, c’était quand même risquée. Apparement la seconde a mieux marché que la première… :-)

    :langue:

    Olivier

  3. Matoo, le contrat de reproduction inclu dans le package « enfant » ça fait partie des trucs dont on doit se libérer qand on veut être un bon petit pédé accompli et épanoui.Et pui après tout, c’est vrai: quand est-ce que tu fais un gamin???

  4. « Comment ne pas les aimer ? « Boudiou, moi je te les laisse, et gratos. Je ne les ai pas choisi, ils ne m’ont pas choisi, on se retrouve aux enterrements et ça nous va très bien.
    Ma famille, ce sont mes amis, et mon mec.
    Le reste, c’est des conneries de sang, de sperme et de temps perdu. :doute:

  5. hey, à bien regarder, on a là 3 situatons plus ou moins enviables.. Tout d’abord, le gay assumé dans une famille qui l’accepte comme il est (Matoo!) mais le pauvre doit faire face aux cas de consciences.. Comme le souligne darkbear88, on se détache de ça quand on s’accepte.. Deuxièmement, on a le cas de Ron. Je ne le connais pas, pas plus qu’il ne me connait, mais vu ce qu’il écrit, on devine qu’il n’a pas profité du même traitement de faveur que Matoo quant à sa sexualité.. L’aventage, c’est qu’il vit libre de toutes contraintes, sans craindre le regard de la famille, moqueuse lors des sacro-saintes réunions de familles..le désaventage, c’est l’isolement comme solution…c’est dégeulasse de devoir en arriver là, on ne rejette pas ses gamins (mais là c’est la dure réalité, n’est pas facilement pd qui le veut..).. Enfin, on a le cas de Didier, qui cache à sa famille grace à l’aide de ses amis (ça c’est franchement sympa des amis pareils, vraiment extra…) sa nature..il vit peut-être bien ce qu’il est mais n’est pas prêt auprès de sa famille (« pour vivre bien, vivons cachés »).. Après lecture de tout cela, je me dis qu’il ne sert à rien de gueuler, c’est comme precher dans un désert, si tout s’arrangeait facilement, on le saurait..il n’empêche que ça me fout vraiment les jetons pour mon propre avenir.. Une famille où ça n’est pas franchement accepté (l’oncle tient déjà la place du gay..), le désir d’avoir un gosse un jour… pas facile..heureusement qu’il me reste encore le choix de le dire ou pas, heureusement que j’ai des amis qui me soutiennent..

  6. Ce n’est pas qu’ils ne m’acceptent pas, c’est qu’ils ne m’intéressent pas. Je me fiche de leur acceptation, comme de leur avis, ils sont là, je suis ailleurs, et je n’ai pas à aimer des gens sous prétexte que nous partageons le même sang…ce serait trop simple.

    « famille je vous…ignore » :-)

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