La maison du bout du monde

En fait, ça se passe comme dans un film ou plutôt un Tex Avery, le monde se développe, la ville et l’urbanisation avancent, mais il reste une petite bicoque qui ne subit pas les assauts de la modernisation. Eh bien à deux pas de mon boulot, à Suresnes (92), à 30 mètres du bord de Seine, ça construit grave. C’est typiquement le genre de banlieue de la petite-couronne où l’on trouve beaucoup d’habitations résidentielles, des très cossues et des beaucoup plus modestes.

Près de mon taf, il y a encore pas mal de pavillons de banlieue habités par des gens qui n’ont pas spécialement l’air de rouler sur l’or. On voit de plus en plus de terrains être achetés par des promoteurs qui construisent alors de petits immeubles de « standing ». Les appartements conséquemment vendus ou loués le sont à des populations beaucoup plus fortunées que celles qu’elles remplacent.

Tous les matins, je prends le T2 jusqu’à Suresnes-Longchamps, puis je descends jusqu’au quai de Seine, je chemine à côté d’un joli parc, et je passe devant une chouette école primaire avant de rejoindre ma boâte. En face de l’école, il y avait quelques baraques qui ont été depuis abattues. Toutes sauf une. Jusqu’au bout, je me suis demandé à quel moment ils allaient démolir cette maisonnette en briques, puisque c’était le no man’s land à droite et à gauche, avec déjà des pancartes annonçant les futures constructions sur ce grand terrain.

Et puis les fondations ont commencé, mais la maisonnette est restée. Finalement, ils ont même posé des poutres et une sorte d’échafaudage au-dessus de la maison, pour l’isoler (et la protéger) complètement du chantier tout autour. Aujourd’hui, les murs sont montés, et deux immeubles de 15 mètres (c’est écrit sur le panneau) de haut sont en train de voir jour. La baraque n’a pas bougé d’un iota. On a presque l’impression qu’ils vont installer un pont entre les deux immeubles et construire au-dessus de leur toit. Elle est engoncée comme des bouquins entre deux immenses chiens de faïence.

Je suppose qu’on a du proposer de racheter la propriété à ces gens, et qu’ils ont refusé. Je les ai vu à plusieurs reprises, c’est un couple de personnes âgées qui ont en effet l’air un peu à l’ouest et pas vraiment aisés. Je les imagine bien en train de jouer la sourde oreille auprès de promoteurs qui proposaient des ponts en or à ce duo de ieuves entêtés, irréductibles gaulois, qui n’avaient certainement aucune envie, ni surtout les moyens, de renoncer à leur environnement. Evidemment, ils ne devaient pas vraiment se projeter avec ces deux buildings, et surtout pas avec ces mois de chantiers ! Il y a toute la journée un capharnaüm et une cacophonie incroyable, avec des marteaux-piqueurs, des bétonneuses, des perceuses, des grues etc.

Cela fait super bizarre de voir ça, et je me demande quelle tête va avoir cet ensemble lorsque les bâtiments seront fin prêts. Je ne connais pas du tout le contexte de l’affaire, et l’on ne peut donc rien en conclure (pour ou contre le promoteur). Mais tout de même, je suppose que ces gens doivent croire à une invasion d’extraterrestres.

Voilà la maison prise en photo hier…

Suresnes - Une maison entre deux immeubles en construction

Et puis une vue pour que vous vous rendiez compte des deux « petits » immeubles latéraux.

Suresnes - Les immeubles en construction - panorama

9 Commentaires

  1. Ce qui m’étonne le plus, c’est la logique du promoteur qui préfère construire
    un ensemble qui ne ressemble a rien autour de ce petit pavillon. Je plains
    les « pauvres » futurs propriétaires qui vont acheter les appartements et se sentir
    légèrement merdeux. C’est beau David contre Goliath, sauf quand c’est Gogol qui
    gagne… :-(

  2. C’est drôlement triste.

    C’était un petit jardin
    Qui sentait bon le Métropolitain
    Qui sentait bon le bassin parisien
    C’était un petit jardin
    Avec une table et une chaise de jardin
    Avec deux arbres, un pommier et un sapin
    Au fond d’une cour à la Chaussée-d’Antin

    ou

    La maison près de la fontaine
    Couverte de vigne vierge et de toiles d’araignée
    Sentait la confiture et le désordre et l’obscurité
    L’automne
    L’enfance
    L’éternité…

  3. ouais, dans le dessin animé, la pauvre est abandonnée puis déplacée par un couple qui l’installe en haut d’une colline pour la retaper et y vivre en famille…
    Avant que la ville ne rattrappe le couple et reconstruise autour…
    snif snif…

    moi veut faire un bisou à la maison :redface:

  4. Je me souviens avoir ressenti à peu près les mêmes sentiments lors d’un stage sur le chantier de l’université Léonard de Vinci (ou Université Pasqua) à la Défense (1990)… L’université elle même devait être à la hauteur de la dalle de la Défense, donc elle est construite sur des parkings non enterrés afin d’être à la bonne hauteur, ce qui rendait vu du sol ce batiment comme un alcatraz sur son rocher, puisque rien ne la reliait encore à la Défense. Au pied, c’était un terrain vague et des pavillons clairsemés un peu plus loin qui tombaient sous les coups des buldozers (sans doute dû au rythme des expropriations). On déjeunait dans un vieux bistrot, Un petit batiment de deux étages en brique, à l’extérieur sous une tonnelle, bien calfeutré derriere des haies … le calme au milieu du noman’s land. Je me suis souvent dit à l’époque que ce café nourrissait ceux qui allaient le faire tomber.

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