Marc-Aurèle

Ma mère rentre un soir à la maison avec un carton plein de bouquins. Elle nous dit à mon frère et moi qu’il s’agit de livres d’école de la fille d’une collègue qui s’en débarrasse, car elle n’en avait plus besoin depuis déjà longtemps. Elle nous demande de jeter un coup d’oeil pour récupérer ce qui peut nous intéresser, ou bien ce qui est au programme (j’étais en seconde).

Donc nous regardons les titres un à un, et on fait notre choix… Mon frangin était ravi, il y a avait deux ou trois Rougon-Macquarts qu’il n’avait pas encore lu (mon frère est certainement le seul prolo accroc à la saga de Zola, il les a tous dévorés). J’ai chopé ce qui m’intéressait, et notamment quelques livres que j’ai conservé un peu par hasard, soit parce que l’auteur ou le titre m’étaient familiers (et pouvaient être demandés dans les années suivantes), soit parce que je me sentais inspiré à les feuilleter un jour ou l’autre.

Les bouquins ont été rangés sur un rayonnage et se sont endormis dans la poussière de la chambre fraternelle. Deux ans plus tard, j’avais 18 ans, c’était un peu après le bac, je cherchais à bouquiner dans la chambre, et mon regard tombe sur cette série de livres remisés. Parmi ces ouvrages, il y a avait les « Pensées pour moi-même » de Marc-Aurèle. Je l’ai ouvert un peu par hasard, un peu suspicieux après avoir lu la quatrième de couverture, vous me connaissez moi le proprolo (c’est un mouvement social tout neuf), lire un recueil de pensées d’un empereur romain… Je pioche une phrase au milieu du bouquin, et voilà ce que je lis :
« Creuse au-dedans de toi. Au-dedans de toi est la source du bien, et une source qui peut toujours jaillir, si tu creuses toujours. ».

Putain, comment j’ai été percuté de plein fouet ! Comme c’était beau, simple, concret, naturellement logique, comme si ces mots s’imposaient au simple exercice de la raison humaine. N’y croyant pas mes yeux, je continue ma lecture aléatoire :
« Prends garde de ne jamais avoir envers les misanthropes les sentiments qu’ont les misanthropes à l’égard des hommes. ».

Bon, je m’assois, je prends le bouquin, j’ouvre à la première page, la fin de l’après-midi passée, je tournais la dernière, et j’étais conquis.

Le lecture de ce « manuel » a été un vrai choc pour moi. Un choc littéraire, philosophique et culturel. Comment un mec qui a vécu il y a 2000 ans (Marc-Aurèle 121-180) pouvait avoir écrit des choses qui me touchent autant, qui me paraissent tellement universelle, qu’elles pouvaient s’appliquer à moi aujourd’hui ? Un empereur romain de surcroît, que j’imaginais donc comme un rustre dégénéré décadent, avait pu écrire de telles notes, reflets de ses errements intellectuels et philosophiques.

« N’agis point comme si tu devais vivre des milliers d’années. L’inévitable est sur toi suspendu. Tant que tu vis, tant que cela t’est possible, devient homme de bien. »

Bref, j’ai grave kiffé ma race, et je la kiffe toujours. ;-)

Je me suis ensuite un peu plus renseigné sur le stoïcisme et sur cet homme, et malgré quelques anicroches, je me sens assez proche de cette manière de considérer la vie. Cela réconcilie un peu en moi mon côté droit, logique et rigoriste avec les facettes fantasques et pétulantes qui m’animent aussi. C’est d’ailleurs souvent ce que je traduis sur les multiples profils sur le web par : « Plutôt zen et réfléchi, mais aussi dynamique et sur la brèche quand y’a besoin ! ».

Mais surtout cette manière de penser me plaisait parce qu’elle faisait la part belle à la bonté, or c’est une qualité qu’on le loue pas assez à mon goût. Et j’aime bien être considéré comme un mec « bon », ouai gentil si vous voulez, teubé même si l’acception doit aller jusque là. J’ai lu dernièrement une jolie diatribe à mon encontre sur un blogue, comme je l’avais déjà lu auparavant sur d’autres (on ne peut évidemment pas plaire à tout le monde), et cela me blesse évidemment. Mais je ne me démonte pas, voilà, je suis comme ça. Et je vais… plutôt bien. :mrgreen:

Je ne suis pas si gentil-neuneu que ça évidemment… mais ce post rebondit aussi sur le très joli morceau de blog de Coco qui décrit bien, je trouve, les tenants et aboutissants de cette notion. ;-)

Et encore une fois : « Prends garde de ne jamais avoir envers les misanthropes les sentiments qu’ont les misanthropes à l’égard des hommes. ».

De la même manière, j’ai arrêté d’attendre des teubés qu’ils se comportent comme des gens sensés. C’est dommage, je ne retrouve pas cette citation là (enfin il ne disait pas « teubés » arf). ;-)

18 Commentaires

  1. Il y a aussi celle, la plus connue de Marc-Aurèle : « Vis aujourd’hui ce jour comme si c’était le dernier » (ou à peu près)…

    Bref, c’était un stoïcien, oui. Stoïque devant la mort, stoïque devant la vie.

    Et c’est là qu’un certain Cicéron est passé par là – un stoÏcien lui aussi – et un autre dont, c’est bizarre, le nom m’échappe. Pour les spécialistes, je pense aux deux stoïciens (parmi d’autres ?) qui sont cités dans « La Cité de Dieu » de Saint-Augustin.

    Eh ben, ce qui est vachement rigolo, c’est qu’on se rend compte que les stoïciens, ils étaient forts en paroles et en petites maximes du « bien-vivre », mais à part ça, ben, heu…

    Pas pour rien que le christiannisme s’est installé à Rome, d’ailleurs…

    Enfin, c’est une autre histoire, à raconter un jour, peut-être, lorsque j’aurai dormi… :mrgreen:

    Donc, Marc-Aurèle, oui, mille fois oui. Avec un tout petit « mais ». :cool:

  2. Un épisode de « Law & Order, Criminal Intent » (je ne sais pas comment le titre est traduit en Français…) repose sur une citation de Marc Aurèle : < > (Utilisée, bien entendu, par un « méchant » pour justifier ses meurtres au nom du stoicisme).

  3. Moi je suis comme toi pour tout, cher Matoo, c’est la bonté qui prime avant tout. Et elle est si rare aujourd’hui que l’on se surprend toujours à être bon… Même si c’est bon.

  4. Marc-Aurèle cul-cul-la-praline, intéressant concept.
    Marc-Aurèle gentil, tiens donc.
    >Urobore : Sénèque? (Fais un tour dans les tragédies, Matoo.)

  5. Alice> J’ai pas dit qu’il était gentil Marc-Aurèle !! Il a suffisamment guerroyé pour conserver son empire… C’est pas non plus le Mahatma Gandhi ! ;-)
    lebleuduciel> Je ne suis pas du tout un pro de la philo, et mon post n’affirmait rien de cela j’espère. C’est un ressenti purement naïf, et une vision en effet très personnelle. :petard:

  6. Cher Matoo, ce n’était pas exactement toi qui étais visé, relis les commentaires…
    J’hésite à te dire combien un peu de publicité pour Marc-Aurèle dans tes pages me fait plaisir, le cirage de pompes a toujours qq chose d’un peu déplaisant… :gene:

  7. Bravo Coco! Enfin quelqu’un qui sait accorder la fameuse expression « (que)vivent les neuneus » ! Mais on pourrait écrire de la même façon « vive la République ! », quitte à faire de la peine à Jean-Marie :-(

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