Trouver sa voie

Il y a quelques temps, en famille, j’ai pris part à une conversation avec plusieurs de mes tantes, et j’y ai pensé et repensé ces derniers temps. De tels propos n’auraient jamais pu être proférés il y a quelques années.

Il s’agit de mon cousin M. Un cousin que j’ai toujours plus ou moins considéré comme un oncle car nous avions une grande différence d’âge (il doit avoir dans les 40 balais). Il est marié avec deux gosses. Classique.

Son père, mon oncle, est un grand connard devant l’éternel. Un gros con que personne n’a jamais remis à sa place, alors que cela aurait été une bonne chose pour tout le monde. En plus de cela, il était un père très sévère et pas cool. Oh là là, un sale con de chez sale con. Un gros beauf, misogyne, autocratique, con et prétentieux en plus.

Les enfants, mes cousins, sont des gars vraiment adorables. Chacun a été différemment mais également marqué par cette éducation stricte. L’aîné a appliqué des règles diamétralement opposées à sa progéniture, ce qui a aussi été un autre genre de catastrophe. Ses mômes étaient des êtres démoniaques aux agissements non moins maléfiques, et pourtant considérés comme des intouchables par ces « nouveaux » parents. Pour le second fils, M. donc, cela s’est plutôt matérialisé par le choix d’une compagne manifestement dominatrice. M. est un garçon adorable, doux, gentil et altruiste. Il s’exprime posément et doucement, il se laisse porter par les autres et n’est pas du genre à faire de vagues. Oui, oui, je sais, j’exprime des poncifs gros comme moi, mais c’est bien la réalité. Et avec l’aide du manuel « la psycho pour les nuls », il ne serait pas dur de traduire cela en gros potentiel de sexualité divergente. ;-)

M. est donc marié depuis une quinzaine d’années avec une femme, avec qui il a eu deux enfants. Or, cela merde apparemment depuis longtemps entre eux. Moi je les vois très peu, car on ne s’est jamais vraiment beaucoup fréquenté à part quelques fois par an pour des occasions familiales bien balisées.

Mes tantes évoquaient donc cette « histoire » la dernière fois. Et j’ai été étonné d’entendre conclure une tante : « De toute façon, M. n’est pas heureux. Cela se sent, cela se voit. On sent bien qu’il n’est pas à sa place. Si vous voulez mon avis, ce garçon n’a pas trouvé sa voie. ». Et là évidemment, nous avons eu droit à un silence éloquent. Sur le coup, je n’ai pas bien compris ce qu’elle avait voulu dire. Et puis nous avons continué à discuter et c’est devenu limpide.

En effet, les autres tantes ont commencé à cancaner sur le sujet, et à dire que M. avait toujours été malheureux dans son couple, et qu’il avait fait fausse route dès le début avec cette fille. Et ma tante de remettre le couvert : « Il n’a pas trouvé sa voie c’est clair. Je suis sûr qu’il serait plus heureux s’il était plus conforme à sa nature, et s’il avait plus fait confiance à ce qu’il voulait vraiment au fond de lui. ». Et elles acquiescèrent toutes. Toutes ces femmes d’une cinquantaine d’années, mères de famille, et pas vraiment gay-friendly (même si pas du tout boutinistes évidemment, plutôt complètement à l’ouest sur la question, à part leur neveu) ont vraiment fait mine d’exprimer une opinion anti-conformiste que jamais je n’aurais imaginée de leur part. Elles me regardèrent ensuite comme si j’avais fait moi le bon choix, que j’avais pris la bonne voie. Contrairement, certainement, à ce qu’elles avaient dû en penser au début, à toutes les saloperies qu’elles avaient certainement balancées sur moi et mes parents, elles ont enfin compris.

Nous en avons ainsi parlé sans jamais dire le terme. C’était un peu trop fort pour elles d’aller jusque là. Mais plus j’y pense, et plus je me dis que j’ai toujours senti cette ambivalence chez lui. Surtout, plus j’y pense et plus j’hallucine sur cette conclusion avunculaire.

Evidemment, ces conclusions sur mon cousin sont peut-être complètement erronées et le fruits de conjectures à deux balles. Mais le fait qu’elles aient eu cette réflexion, cette conclusion, et le fait qu’elles aient clairement exprimé que mon cousin aurait été certainement plus heureux homo ne m’a pas laissé indifférent. Et elles ont sous-entendu que cela aurait certainement été la meilleure des choses pour lui. Car c’est tout ce qui compte. Que chacun trouve son bonheur, sa voie.

22 Commentaires

  1. Les tantines sont des personnages étonnants. Autant elles sont capables de te clouer
    au pilori autant elles peuvent savoir faire preuve d’empathie. Pas très aisé de trouver
    sa voie au milier de tout ça!

  2. Bin dis… ça se déchaîne sec, dans ta famille! Remarque, dans la mienne, avec mon cousin de plus de 40 ans toujours célibateire et chez papa-maman et un oncle de 60 ans passés qui a fait pareil… je suis sûr qu’il y a des trucs à trouver si on grattait! :salut:

  3. Conclusion avunculaire? Je suis bluffé! Voilà bien un mot que je ne pense pas utiliser tous les jours… (je vais peut-être essayer de le recaser dans mes aventures nantaises?)

  4. en même temps, je veux pas me faire lapider virtuellement en parlant d’âge, mais avec l’age de ton oncle, avouer une certaine tendance (et déjà oser se l’avouer à soi même !) c’était peut-être pas facile à l’époque de ses 20ans ! déjà qu’à notre époque, c’est pas facile, alors avant…

  5. genre mnemotechnique : quand tu as quarante balais dans les mains , c’est dur de dancer gracieusement un ballet . :langue:

    sinon les balais c’est vertical comme les bougies d’anniversaire …. ( oui je sais ça craint . :boulet: ) .

    en tout cas c’est bon de voir les signes que ce qui est normal depuis toujours devient normal , acceptable , dans la
    tête de plus de gens :pompom: . ( c’est rigolo car j’ai justement mis une note sur le meme sujet chez moi , ces nouvelles marques de l’acceptation de ce qui devrait finalement être un choix comme un autre :salut: )

  6. Un soir je débarquai au beau milieu d’une réunion « David et Jonathan ». L’essentiel des participants étaient des pères qui avaient attendu la crise de la quarantaine pour divorcer de leur femme et épouser enfin leur nature première.
    L’une de mes cousines avait enfanté sur le tard. Puis son mec est parti avec un homme. Ma grand-mère décéda après 35 ans de veuvage strict. ca vient de quoi, ces décennies de sacrifice…?
    Malgré les homophobies persistantes, ça fait tellement de bien d’être le bon soi grâce au bon autre.

  7. Si leur couple bat de l’aile (et que les conjectures sont avérées), il prendra peut-être une décision salutaire (pour son bonheur) sur le tard. Et mieux vaut tard que jamais.

  8. oui, c’est amusant de constater que pratiquement toutes les familles ont la même composition ; le gros con de chez gros con, les tatas qui cancannent, le cousin qui ne trouve pas sa voie, celui qui, lui, l’a trouvée depuis longtemps…le radin, le flambeur etc…
    Je me demande bien dans quelle categorie ils me mettent les autres, tiens.

  9. Je pense que tous les parents en arrivent là un jour. Quand un coming-out est annoncé, c’est la catastrophe, l’horreur, le désastre (Ô rage, ô désespoir…). Mais ils réalisent les choses sur le long terme: qu’ils soient homos, hétéros, bis ou transexuels (je fais une généralité pour que personne ne soit exclu), mes enfants sont heureux.
    Cette réflexion peut également s’étendre dans d’autres domaines comme le professionnel, par exemple, notamment quand les parents voient un avenir tout tracé pour leurs enfants et que ces derniers préfèrent faire autre chose…

    Mais en tout cas, Matoo, je te remercie pour ce post car il m’a touché.;-)

  10. Tu sais, faire un blog, ce n’est pas sale. c’est bien qu’elles t’acceptent pour ça. par contre, je ne vois pas en quoi cela va aider ton cousin ;oP :boulet:

  11. Pour les balais : plus on devient vieux, plus on devient poussière. Alors plus on devient vieux, plus on a besoin de balais pour s’épousseter.

    :gne::joker:

    Sinon, je voudrais pas casser les illusions du petit Matoo sur les tantines, mais… Si le cousin avait assumé sa supposée homosexualité, elles auraient eu, à l’inverse, l’occasion de le critiquer pour ça.

    Et la constante, alors, entre ces deux comportements, est la suivante :
    – toujours derrière le dos (sinon, c’est pas marrant) ;
    – toujours un commentaire partagé entre tantines / copines (plus on est de fous, plus on rit) ;
    – toujours critiquer ce qui est négativement (parce qu’il n’y a que nous qui sommes parfaites).

    Et si le « bon sens » leur a peut-être permis d’apercevoir une vérité, et sous la condition que je ne les connaisse pas, je garde à l’esprit que les tantines, en fait, ce qu’elles ont fait, pour elles, dans leur jubilation, ce n’était pas énoncer un précepte stoïcien que tu apprécies tant, mon Matoo. C’était juste de la médisance. Parce que c’est bon, la médisance.

    Urobore, l’homme de la désillusion :help:

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