Le Pavillon de la France à Aichi : le Développement Durable

Le premier point important concernant ce pavillon c’est que la France n’y est pas seule. En effet, c’est un joli symbole que l’Allemagne et la France aient décidé de faire leurs deux pavillons dans un seul très grand bâtiment. Ainsi, la façade du pavillon est bicéphale, on a à droite l’Allemagne et à gauche la France. Et pour figurer, avec beaucoup de talent, à la fois l’unité et les différences des deux nations, tout en utilisant l’image de la Nature, un photographe a réalisé deux panoramas gigantesques des rives du Rhin vues des deux côtés de la frontière. On peut avoir une idée de ce travail en allant sur la home du site du pavillon.

Façade Pavillon France-Allemagne EXPO 2005 Aichi

Ayant vu vraiment une bonne partie des autres pavillons, je peux un peu qualifier ce qu’a produit le pavillon français « par rapport » aux autres et au thème. La France avait choisi de traiter le sujet du Développement Durable dans son espace, et pour cela elle a créé des installations qui évoquent justement ce sujet, et plus concrètement, à travers des exemples prosaïques, la manière dont les français appréhendent cette philosophie. Si les autres pavillons font parfois penser à la Villette ou bien au Palais de la Découverte, d’autres feraient plutôt dans la Foire (Inter)nationale bien chauvine en parlant d’abord d’eux et en essayant de se rattraper aux branches pour coller au thème d’Aichi. Le pire ce sont les pays qui ont pris l’expo pour une vitrine d’agence de voyages (et pas mal sont dans ce cas)… Disons que dans cette dialectique, la France c’est le Centre Georges Pompidou. :mrgreen:

Certains seront ravis je pense que ce parti pris extrêmement courageux et noble, avec des installations entièrement conçues par des artistes contemporains, plasticiens, photographes. D’autres n’y verront qu’une expression supplémentaire de snobisme et une présentation brouillonne et obscure toute française et avant-gardiste, certainement aussi pour camoufler certaines failles de l’ensemble. Evidemment, vous me connaissez, ce n’est pas tout faux et ce n’est pas tout juste non plus.

Après avoir visité des pavillons minables, je suis drôlement fier du pavillon gaulois. Mais en effet, je trouve que certaines installations sont merdiques, et d’autres m’ont ému comme rarement j’avais pu l’être dans un cadre similaire. Et puis, je comprendrais si les gens sont un peu déçus de ne pas trouver un peu de glam et des spécificités françaises classiquement reconnues. En effet, on trouve dans le pavillon deux installations « indépendantes », trois espaces dédiés à des villes et pas des plus sexy : Châlons-sur-Saône, Dunkerque et Angers. Enfin trois autres avec des entreprises : l’usine verte Toyota de Valenciennes, Louis Vuitton et Dassault Systèmes (qui ne fait pas des avions, mais des logiciels de simulation et conception en 3D).

Ces différentes installations sont appelées des « îles » car elles forment des espaces entre lesquels les gens peuvent librement circuler et déambuler. L’atmosphère globale du pavillon est assez sympa et sobre, un sol rouge foncé et un plafond en forme de vague capitonnée de feutrine rouge. Cela aurait été parfait si on avait pas laissé deux pans de mur avec l’isolation découverte. On dirait que le pavillon est en travaux, il parait que c’est « concept ». Perso, je trouve cela plutôt cheap (à moins que ce soit un clin d’oeil au Palais de Tokyo à Paris).

Les deux installations sont des spectacles multimédias, dont l’un est interactif. Le Forum Interactif, c’est son nom, est formé d’un immense écran qui délivre musique, voix, images, phrases, mots en corrélation avec les déplacements des visiteurs sur un sol au revêtement sensible. Des capteurs repèrent les visiteurs, et ceux-ci sont modélisés sur l’écran avec un point rouge qui se déplace avec eux. L’écran réagit alors selon le nombre de personnes, leurs mouvements etc. en lançant des phrases clefs et des thèmes de développement durable plus ou moins fumeux. Pas mal… mais pas transcendant. Et surtout, j’espère que les gens comprendront ce qui se passe autour d’eux, ce qui n’est pas du tout évident.

Le spectacle vraiment fantastique du pavillon de la France est celui du Théâtre immersif. Là c’est une réussite complète et époustouflante, autant dans le fond que dans la forme. Il s’agit d’un cube de 18 mètres d’arrête qui est clos (dans ce bâtiment carré de 36 mètres de côté). Des vidéos sont projetés sur toutes les faces latérales et le plafond, plongeant le visiteur dans un univers bien déterminé. La vidéo est extrêmement composite : images de paysages, d’actualité, témoignages, citations, chorégraphies, effets spéciaux, et la musique de Rodolphe Burger est fantastique. Ce spectacle complet et concret concourt vraiment au thème d’Aichi avec un talent et une créativité hors du commun. Les messages ne sont pas gnan-gnan ou hypocrites, mais justes et sensibles, délivrés avec une beauté des images qui glacent (pour les images de terreur ou de pollution) autant qu’elles enchantent. Bluffant dans la forme et intelligent dans le fond, c’est tellement rare que j’espère que beaucoup de gens pourront en profiter.

Théâtre Immersif - EXPO 2005 Aichi - Pavillon de la France

Pour les différentes villes représentées, je suis assez circonspect. J’ai lu évidemment les dossiers de presse dont je sais ce que ces oeuvres sous-tendent, et je peux comprendre les démarches artistiques des gens qui ont créé ces installations. Je trouve dommage que les faits concrets liés au développement durable qui ont donné naissance à ces travaux se retrouvent si camouflés. Du coup, l’intérêt de ces îles n’est pas super évident pour moi.

Le pire c’est Chalons, ils ont fortement réduit leurs émissions de gaz à effets de serre grâce à un programme dédié et beaucoup d’efforts de la part de beaucoup d’associations et d’officiels. Super ! Et là on se retrouve avec une illustration hyper conceptuelle et pas très convaincante à mon avis. Il s’agit d’une ampoule géante liée à un interrupteur géant (top cheap le mécanisme, ça fait un boucan chelou et ça fonctionne à moitié). Des gens peuvent monter sur l’interrupteur pour le déclancher dans un sens ou dans l’autre, et faire s’allumer ou s’éteindre l’ampoule. Il faut avoir le poids de deux personnes pour le faire basculer, d’où la symbolique de l’union qui fait la force (enfin je crois…). A côté il y a un carton ouvert avec un jeu vidéo diffusé sur la partie supérieure du carton. Là je donne ma langue au chat… tout ce que je sais c’est que c’est lié au WWF, et qu’on y voit dont un panda. Très mimi le panda. Voilà, c’est tout. ;-)

Chalons sur Saone dans le Pavillon de la France - EXPO 2005 Aichi

Angers a une démarche un peu plus humaine et que je trouve un peu plus chouette. Un artiste a filmé différentes personnes dans le cadre de leur profession, et en a fait des gros plans, sans aucun son. On y perçoit le rapport de l’homme à la nature, à son métier, à la faune, à l’agriculture. Ouai… Mais le problème que j’ai avec cette installation est beaucoup plus trivial. Je trouve simplement que les films sont laids et chelous. Les sujets sont un taxidermiste et un pêcheur à l’électrode par exemple. Du coup, on a un gros plan d’un type en train de coudre les yeux d’un canard empaillé. Eurk.

Dunkerque a été très pragmatique, et j’ai trouvé leur projet intéressant. En effet, il s’agit d’un jeu où cinq personnes endossent les rôles de cinq acteurs d’une région (élu, association, entreprise etc.). Chacun prend des décisions, et on peut voir sur des écrans les résultats des actions concertées ou pas des uns et des autres. Dans l’idée c’est pas mal, mais dans la réalité, je n’imagine pas les gens qui visitent rester cinq ou dix minutes à lire des textes pour comprendre le règlement du jeu, et ensuite se mettre à jouer. Donc en théorie c’est pas mal, mais en pratique je doute de l’efficacité d’un tel procédé pour une expo où les gens que j’ai vu pour le moment restent au maximum cinq minutes sur une île. Mais il faut voir, je me trompe peut-être, et l’idée a le mérite d’adresser le thème avec beaucoup de réalisme et pédagogie.

Louis Vuitton est hyper connu des japonais, mais là ils risquent d’être un peu surpris. Vuitton a choisi de parler de leur implication dans le Développement Durable en diffusant une vidéo d’un artiste qui évoque la manière dont ils gèrent et optimisent leur « bilan carbone ». Ce film est projeté au sein d’une île parallélépipédique dont la structure extérieure est composée de tuiles de sel compressé et rétro-éclairées. L’intérieur est recouvert de miroirs qui proposent une mise en abîme à l’infini des images du film et du reflet des visiteurs. Vraiment pas mal ! Je reprocherais un peu le côté obscur des messages du film (pour qui n’a rien lu sur l’île), mais le film en lui-même est plutôt bien fichu. L’effet des tuiles de sel est par contre remarquable, et une joli métaphore pour la « sagesse de la Nature ».

Louis Vuitton dans le Pavillon de la France - EXPO 2005 Aichi

Dassault Systèmes propose d’étonner les visiteurs avec la présentation d’un objet inattendu et curieux, qui ne ressemble à rien de connu. De loin c’est comme en mouvement grâce à des éclairages qui viennent de l’intérieur de l’île et qui irradient la surface. De près c’est un amoncellement de millier de bras en plastique à moitié transparent, et lorsqu’on fait le tour on découvre que c’est un dôme qui abrite des vidéos. Ces différents films expliquent la conception de l’objet en question en respect de certaines normes de développement durable, et cela grâce à leurs logiciels de modélisation et simulation en 3D dont on voit des démonstrations (capture d’écran) concrètes. Je ne pense pas que les gens s’attarderont assez pour comprendre les messages délivrés là. Du coup, cela reste un objet extrêmement beau qui attire vraiment bien les visiteurs. Mais il faudrait un peu plus que des vidéos seules pour engendrer un vrai intérêt pédagogique.

DS dans le Pavillon de la France - EXPO 2005 Aichi

Les principales faiblesses que j’ai relevées tiennent vraiment dans le fait qu’il manque une signalétique claire et précise dans le pavillon. Ce qui fait qu’une expo est comprise et que les gens y adhèrent, surtout quand on fait le choix d’exposer des concepts de manière un peu abstraite, c’est de leur donner des clefs de décryptage et des explications claires et tangibles des installations qu’ils expérimentent. Or là, on a des panneaux minuscules et brouillons, qui sont posés n’importe comment et que les gens zapperont sûrement. C’est vraiment dommage, car je suis persuadé qu’avec la bonne signalétique, on pourrait facilement réconcilier les concepts avec les faits réels à partir desquels ils ont été fondés, et ainsi redonner beaucoup plus de valeur à chacune des oeuvres, et une certaine homogénéité à l’ensemble. Je suis peut-être un peu pessimiste car le pavillon donne à chaque visiteur un mini-livret qu’il devrait lire pendant qu’il fait ses deux heures de queue ( !!) et qui explique justement chaque installation (plus ou moins bien).

Par contre, il ne faut pas oublier que l’expo démarre le 25 mars, et que je suis en pleine période d’ajustement, de réglages et de mise en place de tous ces petits détails qui feront la différence. J’espère qu’ils écouteront mes doléances. :mrgreen: Mais à l’heure actuelle, le pavillon propose déjà une exposition de grande qualité et dont on peut être assez satisfait (cocorico !). Moi si je coupe les cheveux en quatre, c’est aussi parce que je suis le nez dedans depuis plus de 6 mois.

:pompom:

10 Commentaires

  1. Dunkerque qui parle de développement durable, c’est comme Judith Godrèche commentant Gombrowicz,
    avec la pollution de tout un littoral par une quinzaine d’usines d’industrie lourde, toutes en
    Ceveso 1 ou 2, le taux de probabilité de cancer le plus haut de France (60% des dunkerquois
    ont eu, ont ou auront un cancer), dont la politique de détection n’a commencé à se remuer qu’il
    y a à peine 5 ans et la pollution telle en ce qui concerne les particules qu’on ne peut même
    plus faire pousser une salade et la manger sans risquer allergies ou tumeurs. Et je ne parle
    même pas des dégraissages massifs de la fin des années 80 qui ont conduit le chômage à 20%,
    diminuant les visites chez le médecin faute d’argent, et dont on voit les conséquences
    maintenant sur les travailleurs de l’amiante (très nombreux dans la construction navale).
    Mise à part sa centrale nucléaire, je ne vois pas en quoi cette ville peut parler de développement durable.
    Les projets sont bien beaux, mais que la moitié de ma famille ait servi de chair à profit et
    en crève maintenant alors que Dunkerque va faire la fiérotte chez les Nippons, ça me révulse.

  2. Et comment gerent-ils la langue des messages qui s’affichent? Parce que si ce n’est pas clairement ecrit en japonais, je crains le flop!

  3. Merci pour le compte-rendu ! Tu n’as vraiment pas l’air d’apprècier le conceptuel.. et la façon humoristique de l’aborder… Je pense notamment à Lilian Bourgeat, dont le travail est peut-être à prendre au 99e degré et qui, dès lors, devient franchement drôle…
    Sans avoir vu l’expo, je vois cette ampoule un peu cheap comme une sorte de pied-de-nez à cette toute technologie sur-déployée lors des expos universelles…
    :boulet:
    Enfin, bref…Profite de ton séjour petit ! Chanceux que tu es !

  4. La notion de « développement durable » n’est pas claire du tout et en sortir quelque-chose de tangible tient plus d’une « philosophie » ministérielle que d’une réalité linguistique car ce qui se développe ne peut que créer de
    l’obsolète. Ceci explique peut-être celà… En tout cas, le hérisson pastel irisé de Dassault est bigrement attirant! L’ampoule et l’interrupteur démesurés vont peut-être dans le sens de la disproportion de notre consommation électrique par rapport aux besoins de notre petite personne. Le panda dans sa boîte est peut-être un plaidoyer contre le traffic d’animaux sauvages ou une façon de dire qu’on ne trouvera bientôt plus les animaux qu’en virtuel et plus dans la nature.

    C’est sympa de nous faire partager tes impressions en direct de Kyoto. :)

  5. Rolalala ça fait plaisir d’avoir des lecteurs tels que vous !!! Merci beaucoup donc pour ces remarques. En effet, je m’étais niaisement laissé embobiner par le joli discours de Dunkerque… Même si ils n’essaient pas là de se montrer comme les chantres de l’écologie, mais plutôt comme des gens qui commencent à prendre conscience, et à agir. Excellentes remarques en tout cas !!!

    Quant à l’ampoule, vous devez avoir raison, mais donc ça ne fonctionne pas vraiment pour moi. Mais si cela vous interpelle tant mieux ! Il y a un tas de trucs qui me touchent moi mais pas tout le monde, donc je peux le comprendre. :ok:

    Emcore merci pour ces commentaires… j’aime bien les avis divergents et éclairés. ;-)

  6. Hello, j’ai vu une installation similaire à ce que tu évoques avec la projection simultanée sur les quatre murs d’une salle fermée. C’était à la Villette cet été, l’expo « Climats ». Pas mal, quelques petits problèmes de synchro d’un mur à l’autre, et un beau plantage windows en plein milieu… A part ça c’était très impressionnant :-)

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