Nipponeries

Au début on a cru qu’on échapperait à la marée humaine japonaise qu’on croise dans tous les films et toutes les images qu’on connaît des villes nippones vu qu’on arrivait avant la date officielle de démarrage de l’expo. Mais c’était sans compter le week-end dernier et une pré-ouverture exceptionnelle au public. Du coup, nous avons pu nous rendre compte des moyens humains et matériels mis en oeuvre pour gérer de tels flux de population. Ce qui est génial c’est que les japonais sont hyper pliés à l’ordre et aux files d’attente. Le premier jour, tous les emplacements pour les billets et l’accès au train étaient complètement vide. Voilà ce que ça donnait samedi matin à 9h.

File d

Une particularité de la société japonaise qui frappe d’emblée c’est le nombre de personnes employés pour tout et rien. Là où en France on installe des machines, des pancartes, des systèmes pour fluidifier des foules, au Japon on installe exactement la même chose mais… on ajoute une personne derrière chaque machine, à chaque virage de chaque file, derrière chaque écriteau, chaque guichet de métro etc. La présence humaine est frappante tant elle est ubiquitaire dans cette société. Du coup c’est parfois drôle car on rencontre des personnes dont la seule et unique fonction est de tenir une pancarte, raide comme un as de pique et sérieux comme un gardes de Buckingham. Nous les avons appelé ironiquement avec mon collègue Marc du « mobilier humain ». Ainsi on a des gens partout qui sont là pour guider les foules, et dont le rôle est le crier des instructions à grand renfort de politesses toute japonaises : « Gozaimassssss ! Sumimasen ! O kudasaiiiiiii ! ».

Dans le métro ou bien dans l’Expo, les hommes-signalétiques sont légion, on en voit partout ! Ils ont en général un bel uniforme, ce qui les investit, on le voit bien, d’une mission officielle et importante, et une mission dont ils s’acquittent avec le plus grand zèle. Je n’ai jamais vu tant de types avec des casquettes et des insignes que là ! :mrgreen:

Garde guide file d Chef des gardes guides file d Garde en uniforme - Expo 2005 Aichi
Homme Signalétique

On voit aussi des femmes-poubelles très efficaces, qui circulent dans toute la zone de l’Expo et qui s’occupent avec beaucoup de sollicitude des déchets que l’on porte à la main en proposant naturellement de vous en soulager. Un service incroyable pour nous ! Chaque fois qu’un banc (il y en a tout le long de la « boucle » de l’Expo) est libéré, des nettoyeurs de bancs filent le briquer avant de laisser la place à d’autres postérieurs de visiteurs.

Du coup, on se demande presque pourquoi ils investissent tant dans les automates et les machines puisqu’ils sont si férus de leurs contacts humains. Et là notamment, j’ai bien rigolé quand j’ai vu à l’entrée de superbes robots comme cela, qui sont une des attractions de l’Expo. Ce sont des hôtesses automates qui parlent et répondent aux questions des gens. En effet, on les démarre avec un Konichiwa ou un Hello, et elles répliquent alors dans le bon idiome. Ensuite, on pose des questions et elles y répondent… quand elles ne buguent pas ! ;-) Evidemment, vous avez deux « meubles humains » par automate pour vérifier que les gens savent lui parler, et au cas où ils aient besoin d’aide ! :ok:

Hôtesse Automate

Je suis ironique avec cela, mais je reconnais et apprécie beaucoup cette manière de faire japonaise. En effet, il est extrêmement agréable d’avoir toujours une personne à proximité à qui demander une information. Et même si aucun d’eux ne parle anglais (des rudiments encore plus embryonnaires qu’en France), chaque employé met toute sa mansuétude et son dévouement à essayer de répondre et de guider. Cette présence humaine par conséquent se révèle rassurante, efficace et agréable. Donc c’est une qualité, même si je m’inquiète un peu de savoir combien peuvent gagner ces gens là, et dans quel genre de précarité professionnelles ils se trouvent en exerçant de tels métiers (à l’extérieur de l’Expo, car dedans je comprends que cela soit un besoin, mais donc temporaire).

Sinon en terme de curiosité et de différences interculturelles, je crois que les masques des japonais sont vraiment un phénomène chelou de chez chelou. Je ne sais pas trop si l’utilisation est si courante par soucis de garder ses microbes pour soi (donc pour le bien d’autrui) ou bien par peur des miasmes des autres ? En tout cas, tout le monde en utilise et une personne sur quatre en porte, ce qui fait beaucoup et ce qui parait très étrange pour nous.

Femme japonaise masquée

Le mélange traditionnel et fashion d’aujourd’hui se traduit parfois aussi par des scènes d’un saisissant contraste. On voit parfois des couples habillés de manière hyper tradi, ce qui parait complètement obsolète et suranné pour nous. Mais il faut imaginer que ce n’est qu’une manière de correctement d’habiller, comme de porter un costume pour une occasion pour nous. Les femmes sont superbes dans leur kimono et on voit couramment dans les rues ou le métro.

Couple en habits traditionnels devant le Pavillon d

Mais comme je disais, parfois cela donne des visions assez contrastées au quotidien…

Contraste entre femmes tradis et fashions

Nous avons été rassuré par le fait que les nippons sont des gens comme les autres avec un couple qui nous a fait mourir de rire, ce samedi matin où il y avait tant de monde. Je les ai surnommé les SuperGrugeurs Masqués. En effet, ils portaient tous les deux un masque, et ont grugé les gens au maximum dans les files, les escalators et le train afin de gagner quelques mètres ou de s’asseoir dans les rames (où ils n’ont pas laissé leur place à des personnes âgées). Ils étaient vraiment très drôles à filouter discrètement comme cela, et à faire comme si de rien n’était derrière leurs masques blancs.

Bon sinon, la bouffe est toujours aussi space. On mange plutôt bien, mais nous avons des différences culinaires vraiment trop importantes. La texture compte plus que le goût pour eux, et moi le sushi de seiche ou de ventouses de poulpes : eurkkk. Donc on se fait facilement avoir quand on commande un plat de sashimis mixtes avec un quart de l’assiette seulement qui apparaît comme comestible. Mais bon tout est question d’ouverture d’esprit, et donc je goûte à tout ! :langue:

Exemple de bouffe dégueue japonaise

Il y a une chose tout de même qui me choque, mais c’est vrai que c’est un sujet sur lequel la France peut se targuer d’être en avance. J’ai été choqué dans maintes et maintes villes au Japon et dans d’autres pays. En effet, d’un côté on a cela :

Temple japonais de Kyoto

Et d’un autre, les ruelles les plus typiques, mignonnes, charmantes et ancestrales seront pavés de cela :

Réseau électrique nippon

Le réseau électrique est un drame. Je suis certain que mon père n’aurait pas pu s’empêcher de monter à tous les poteaux pour les aider à réparer leur installation (le syndrome Agent EDF). Mais c’est surtout que c’est laid et dangereux, horriblement défigurant dans un pays à l’urbanisme déjà pas terrible. On se rend compte d’ailleurs de la chance d’habiter dans un pays où il y a un minimum de soucis d’urbanisation, et où d’un point de vue légal on ne peut pas construire n’importe quel bâtiment n’importe où et n’importe comment.

Allez, je me suis assez moqué des japonais. Moi j’ai fait très fort encore une fois. J’avais emmené tout mon barda de pompes, costumes et ceinture pour faire mon cador, mais sur place je me suis rendu compte que j’avais simplement oublié de prendre les chemises que j’avais préparées exprès pour cela. Je me suis retrouvé donc dans la mouise. Mon collègue Marc m’en a prêté une des siennes, mais il se trouve que c’en était une à boutons de manchette, que je n’avais pas non plus évidemment.

Avant de pouvoir m’acheter une chemise dans un magasin, j’ai donc du bricoler un truc de clodo. Je me suis ainsi pointé le premier jour avec une belle chemise dont les boutons de manchette était artisanalement fabriqués à partir de la ficelle élastique des charlottes (le truc que les gonzesses se mettent sur la tête pour pas mouiller leur cheveux sous la douche) en plastoc du Hilton. Soooooooo chic darling ! J’ai surtout fait gaffe à bien camoufler mes poignets, mais je craignais à tout moment que ça pète et qu’un de mes boutons de manchette maison n’atterrisse dans le corsage d’une minette du Pavillon. :mrgreen:

Enfin, du Matoo classique quoi… :boulet:

14 Commentaires

  1. le robot à la robe verte genre jackie kennedy avec un regard sorti des thunderbirds est passé à la télé publique française, et les brigades de poubellistes aussi… mais l’intérêt de ton article est dans le reste (ah les fils électriques! ils ne les voient pas je pense); qu’est ce que j’aimerais être là-bas ! as tu le temps de te promener un peu ?

  2. Pour les fils électriques, je crois que c’est aussi que le coût de l’enterrement est trop élevé vis à vis des risques sismiques qui obligent à tout refaire au moindre déplacement de terrain. Mais après tout, ils enterrent bien leurs conduites de gaz. Quelle blonde je fais !
    Donc en fait non, j’en sais rien :mrgreen:

  3. Oui, le mobilier humain… C’est ce qui explique le taux de chomage si bas au Japon. Tokyo est remplie de ces personnes agees ou de ces jeunes dont le seul role est de tenir une pancarte, faire la pub d’un magasin avec un porte voix,…
    Quant aux lignes electriques, on finit par s’y faire.

    En fait, tu es venu au Japon a l’epoque de la remise des diplomes, ce qui explique le grand nombre de jeunes filles en kimono.

  4. quel tête en l’air ce matoo!!! d’une par pour avoir remarqué les fils électriques!!! et de l’autre pour ses chemises!:lol: enfin il n’en demeure pas moins que cette expo vu des coulisses était très plaisante!:-) donc arigatô gozaimasu:ok:

  5. Oui, arigato mon p’tit pot de poivre! :salut: Je viens juste de découvrir ton blog. C’est sympa-mignon tout ces nipponais :ok:, surtout que j’irai peut-être un jour visiter (enfin, je l’espère). Je n’ai pas encore eu le temps de lire tout l’arriéré, mais je m’y attèle dès que j’ai fini celui de thony26… Merci à toi d’avoir noté neverland, sinon je ne vous auraient jamais retrouvés depuis que vous avez quitté le :ben: de tchat de Cara… A quand la prochaine rencontre pour de vrai?

    Bises,

    Ami calmant,
    Dragon.Jade ;-D

  6. Excusez-moi de mon français mais ma langue maternelle n’est pas le français.

    Premièrement, j’ai été vachement surprise de vos commentaires sur le pavillions de l’Expo et le Japon.

    Je suis une espagnole barcelonaise qui habite depuis un an à Nagoya mais qui a habité un peu partout dans les cinq continents. Je suis désolée de vous dire cela mais je trouve que vous êtes très chauvin de la France et vous n’avez pas arrivé à analyser ce que vous avez vu.

    L’anecdote des masques de chirugien que portent les japonais sont une épreuve de qu’ils sont parmi les peuples les plus civilisés du monde. Ils portent les masques pour éviter la contagion de leur grippe aux autres. Je trouve que cela devrait s’exporter aux autres pays.

    En ce qui concerne le commentaire que le pavillion de l’Espagne est auusi bon que le français, je ne sais pas quoi dire… Au Japon on considère ce pavillion comme le meilleur pavillion étranger. Vous n’avez pas décrit tous les axes thématiques du thème général « Sharing the Art of Life ». Je n’ai rien à voir avec l’organisation de ce pavillion mais je passe le link du pavillion en anglais (dommage il n’y a pas de traduction en français: http://www.expoaichi2005.com/en/html/00home/index.jsp

    Avez-vous lu des extraits de la presse japonaise sur le pavillion franco-allemand? Et ce qu’ils disent sur l’Espagne?

    Ça été amusant de lire un reportage blog sur Aichi en français. Merci beaucoup.

  7. Hummm oui j’avoue que je suis chauvin sur ce coup. Mais c’est surtout parce que, comme je le disais, j’ai travaillé sur ce pavillon et donc j’ai été tellement baigné là dedans que mon jugement est forcément émoussé. Je ne voulais pas faire une critique journalistique de ce que j’ai vu, mais bien un compte-rendu bloguesque, aussi je donne un avis qui est très très personnel. Je ne demande pas spécialement aux gens d’y adhérer ou pas en fait ! :-)
    Je vais vous répondre sur votre mail afin que nous puissions échanger un peu à ce propos. Chic chic !

  8. Bonjour, je suis une nipponaise résidante en France depuis 13 ans. C’est la première fois que je visite votre site. Vos observations sur mon pay natale m’a bien amusé. En ce qui concerne les filles en kimonos, c’est Falpars qui a raison. Je vous le confirme. Nous nous habillions en kimono encore aujourd’hui dans des occasions sollennelles. L’année académique finit en mars et commence à nouveau en avril. Donc, les filles en kimonos, surtout comme sur la photo en hakamas (une sorte de jupe-pantalons) en couleur bleue est typique du style jeune diplomée.
    Les fils éléctriques: cela fait des décénies qu’on en parle; nous savons que les français qui sont aussi sensibles à l’esthétique n’apprécient pas cette laideur. Des personnages connus d’origine française au Japon en ont déjà fait des remarques sévères….. A chaque fois, les administrations concernées disent que cela coûte trop cher et trop compliqué à enterrer ces fils sous-terrain……. Je n’ai aucune certitude que ce soit vrai. Mais n’ai pas de moyen de le vérifier non plus.
    Les masques de chirlegien: cela vous paraît si bizarre…..? Lorsque j’étais petite, c’est ce qu’on m’a appris pour ne pas disperser MES microbes à mes camarades de classe…. D’ailleur l’autre jours, j’ai eu la grippe et je voulais m’achter cette masque à la pharmacie. Le pharmacien n’a pas compris pourquoi. Non seulement cela previent à contager les autres, mais, cela me protège mon nez et ma gorge de l’air froid. Mais la qualité de masque ne me semblait pas trop fiable. Donc j’ai demander à ma mère au japon de m’en envoyer quelques une en gaze made in Nippon, pour l’hiver prochain. Essayez-la pour vous-même! Vous allez voir, c’est efficace! :-)
    Les personnelles en costume: ne vous inquètez pas, cela est pas mal payé. Les jeunes étudiants gagnent bien avec ce genre de service pendant les vacances. Si c’était des personnes d’âge moyen, effectivement, en attendant de trouver un vrai travail. Notre système et condition de chômage n’est pas comme en France. Au bout de quelques mois, il faut bien commencer par un petit boulots comme ceci. Assedic ne dure pas si longtemps! En plus, maintenant que l’économie nippone va très très mal, les jeunes diplômés n’arrivent pas à trouver des contrats correctes. Donc, ils vivent en faisant des relays de petits boulots comme ça, puis en verra…. Par contre, il n’y a aucune protection sociale, ça c’est sur! Le Nippon n’est pas du tout un pay développé, à ce point-là. Je suis très reconnaissante du système sociale français qui me protège, la pauvre immigrée!
    Cordialement, Manna

  9. S’il est vrai que le taux de chômage est assez bas, il faut quand même mettre un bémol. Tous ces boulots du genre minette d’ascenseur, etc, sont ce qu’on appelle ici des « baito » c’est à dire un CDD de quelques jours à quelques semaines. La précarité de l’emploi est donc très présente. Par contre, à la différence de l’hexagone, la jeunesse semble en être satisfaite car cela lui permet de vivre sa vie sans se prendre le chou dans une grande compagnie à se faire engueuler constament par un petit chef minable. En tout cas, de plus en plus de jeunes préfèrent ce système qui les laisse libres.
    Pour les fils électriques…c’est vrai ! c’est horrible et les autorités sont vraiment hypocrites là-dessus. Dans les quartiers chics de Tokyo (Azabu) les fils sont enterrés. Le coût n’est pas la raison car, chaque année en mars, les municipalités creusent et remplissent des tranchées partout afin de « consommer » les restes de budget. C’est la même hypocrisie qui fait que le gouvernement invente n’importe quel pretexte pour ne pas passer à l’heure d’été et d’hiver.
    C’est ça qui est fascinant ici, il y atout et son contraire !
    Enfin…ce que j’en dit :afro:

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