Mysterious skin

Inévitablement, j’ai pensé au film L.I.E. (dommage, je croyais l’avoir blogué mais il était sorti quelques mois avant que je m’y mette !) qui avait traité avec une incroyable justesse et sobriété le thème de la pédophilie (et avec un scénario relativement proche). Avec un Gregg Araki qui ne fait jamais dans la dentelle, et que j’adore depuis « Doom Generation » (et « Nowhere »), on obtient un film à la crudité parfois embarrassante et troublante, mais qui réussit à évoquer le parcours de deux victimes de la pédophilie sans voyeurisme ni commisération.

Le film est beaucoup moins trash et fantasmagorique que les opus précédents, par contre on retrouve une manière de tourner aussi talentueuse et une superbe photographie. Il met vraiment une attention particulière (et particulièrement réussie) dans la manière de filmer les visages de ses comédiens. Les couleurs aussi sont tout à fait du registre classique de cet auteur singulier : les visages illuminés, les lumières blanches projetées, les halos bleuâtres, les couleurs acidulées, les ambiances gothiques etc.

Dans le fond, malgré quelques petites pépites oniriques, l’histoire est simple, linéaire et concentrée. On suit les destinées de deux gamins sur une dizaine d’années. Tout commence un été de 1981, ils ont alors 8 ans. Brian reprend conscience dans sa cave, il saigne du nez, cinq heures ont été complètement annihilées de sa mémoire. Neil dans le même temps, un gamin élevé par une mère célibataire libérée, découvre le base-ball avec un entraîneur pour qui il ressent un certain désir. Ce coach se révèle être pédophile et abuse régulièrement de l’enfant. Brian et Neil font partie de la même équipe de base-ball.

Le film déroule alors les quelques années d’apprentissage pour ces deux garçons qui ont des vies diamétralement opposées. Dix ans après cet été de 81, Neil est un mec paumé qui se prostitue avec tout ce qui bouge, tandis que Brian reste obnubilé par ses amnésies et finit par croire qu’il a été victime d’un enlèvement par des extraterrestres. Néanmoins, il a la vision rémanente d’un enfant dans ses souvenirs, qu’il reconnaît comme étant un des enfants avec qui il jouait au base-ball. Il s’agit de Neil qu’il tente alors de retrouver, car il pense que ce dernier a du aussi subir ce kidnapping.

Brian va peu à peu recouvrer la mémoire, grâce à Neil qu’il arrive enfin à retrouver. Ce qui est révélé à Brian est un secret de Polichinelle pour le spectateur, qui comprend dès les premières images que l’enfant a aussi été abusé par le coach. Araki met donc en scène deux manières radicalement différentes de survivre à des abus pédophiles à travers ces deux victimes, dont les personnalités et les types de réactions varient du tout au tout.

Le scénario prend toute sa valeur et son ampleur, car ce n’est pas seulement l’image évidente de l’enfant victime et « en souffrance ». Il s’agit de Neil qui a été abusé dans ses sentiments « amoureux » et son affection envers cet homme, et qui s’est retrouvé à avoir des rapports sexuels presque « consentants ». Brian, lui, a été complètement floué par des stratagèmes qui ont mis en scène Neil (le « rabatteur »), et a subi un choc tellement traumatique lors de ces attouchements, qu’il a tout refoulé et a « oublié » ce qui s’était passé.

Pour les deux, le pédophile a été une bombe dans leur développement. Neil est devenu un être presque incapable d’émotion, qui trouve dans la prostitution un moyen d’assumer sa sexualité et les névroses générées par une pareille expérience. Il dit même avec certitude que le coach est la seule personne qui l’a vraiment aimé de toute sa vie. Brian apparaît comme asexué et perturbé, et encore plus touché qu’il ignore les raisons tangibles de son déséquilibre et de ses failles.

Araki filme les visages des enfants avec cette habilité qu’il a pour rendre les beautés encore plus transcendantes. J’imagine que cela pourrait même un peu faire polémiquer, car Neil môme (sur l’affiche) est d’une beauté troublante et qui crée un drôle de malaise. Le réalisateur se montre parfois très cru dans sa manière de dire les choses et d’en suggérer, mais son efficacité est redoutable. Et surtout, il arrive à rendre les émotions et les sentiments de ses personnages avec beaucoup de réalisme et d’authenticité. J’ai trouvé que les comédiens enfants et ados étaient vraiment excellents, et ils font évidemment beaucoup dans la subtilité du jeu.

C’était un pari fou que de choisir de traiter un sujet pareil, et le résultat est un petit chef d’oeuvre d’Araki. Cela ne m’étonne qu’à peine !

Mysterious skin

18 Commentaires

  1. Lorsque j’avais vu la bande-a’ de ce film, je m’étais dit : « Vite, vite, vite, ruons nous sur le programme des cinés d’Aix en Provence et trouvons une salle qui le joue ! ».

    Ce fut peine perdue : il n’était pas diffusé dans ma ville. Pffff, vraiment dommage. D’autant plus dommage que j’ai découvert « Nowhere » il y a quelqus années en cassette vidéo, dans mon vidéoclub, et que je n’ai pu découvrir « The Doom Generation » il n’y a que quelques mois grâce à la Mule (impossible de trouver le premier opus de sa trilogie des adolescents paumés, cependant, et c’est bien dommage).

    Vraiment, j’apprécierai mille fois que ce film soit passé pas loin de chez moi. D’autant plus rageant qu’une « thématique d’un cinéma gay et lesbien » semble avoir lieu (ou avoir eu lieu ?) dans les cinémas d’Aix, ces derniers temps (info provenant d’un copain hétéro et à vérifier).

    Ma fôôôôa. :cool:

  2. Juste un petit message a urobore pour preciser qu’effectivement il y avait un festival a Aix, termine le 10 avril… pour l’anne prochaine, il faudra guetter les infos sur: http://www.lesbigaix.org/ et en attendant, MS passe au Cesar a Marseille, l’occasion de venir se ballader au bord de la mer B)

  3. Merci, triton. En fait, je crois que je vais aller le voir à Nice, puisque j’y organise un petit voyage cette semaine, et j’ai vu qu’un ciné le passait.

    Quant au bord de mer de Marseille, il fait trop froid en ce moment, j’attends début mai ! Sinon, m’y ballader sera un véritable plaisir ! (un date, un date, un date ! :boulet:)

  4. On m’avait parlé de ce film que je suis allé voir ce soir à Strasbourg. En rentrant j’ai vu comme tous les jours tes commentaires sur ce film. Mais quelle claque on se prend !!! Domage qu’on en parle si peu. ca vaut tous les discours qu’on peut entendre lorsque l’actualité aborde ce genre de probleme.
    Et surtout continue ton blog, je suis un fidele lecteur( et admirateur, oui oui …)

  5. on se prend un claque dans la gueule, c’est sûr… j’ai aussi été assez mal à l’aise par rapport à la sympathie qu’on ne peut pas s’empecher d’éprouver envers « l’agresseur » (quoi? que moi?). mais j’aime bien sortir du discours ambiant officiel… les psychologues parleraient d’un double mode de défense face au même évenement, l’un qui sublime dans la prostitution pour se persuader a postériori qu’il n’y a pas de raison d’en être traumatisé, l’autre qui refoule, (qui forclot, plutôt dirait un psy, mais j’aime pas les psy) et se réfugirait dans la psychose pour nier la vérité… mais bon, l’avis des psyn, on s’en branle!

  6. j’avou, mystérious skin est un film térriblement troublant, tres subtil et brutal a la fois. G eu quelques foi su mal a garder les yeux ouverts non pas pendant les scènes proprement dit choquantes mais plutot celles ou on voit l’entraineur et neil jouant a un jeu de séduction et d’approche ( innocement pour neil), ces moments la de « bonheur » partagé sont si térrible car on c ce qu’il va se passer… g également trouvé que les acteurs enfants et ados jouent remarquablement bien sur tout vu la difficulté du sujet. g également vu Long Island Expressway que j’ai adoré ( un fim choc, je n’avais que 14ans mais g réussi a me faire passer pour 16 (le film était interdit au moins de 16 ans)). La fascination et l’étrangeté de la rellation entre le pédophile et l’enfant y est remarquablement exprimé (comme dans mystérious skin) ce qui est d’autant plus térrible c l’amour que les « détracteurs » utilisent pour mieux les « avoirs ».Ce que je en comprends pas c que L.I.E ai été interdit au moins de 16 ans et pas mystérious Skin qui m’as semblé plus perturbant que ce dernier ( étrange réaction vu que je suis plus agée dorénavent)lol. Je ne suis pas d’accord avec l’interdiction au moins de 16ans, au contraire ces films peuvent véhiculer une prise de conscience et un rejet positif par rapport a la pédophilie.Je suis contente de voir que il y a eu des gens qui ont aimés LIE car , de mon age, je n’ai trouvé encore personne qui l’ai vu. L’ambiguité qui regne entre les deux jeunes gars de LIE est assez troublante.

  7. dsl g pas fini!!! mdr!! je voulais ajouter que les deux fortes tetes de LIE et de mystérious skin (neil et gary) ont le mm genre de personalité, ils sont tout les détruits et tentent, par les relations sexuelles avec des adultes monayées, de se (re)construirent, n’ayant pas d’autres repères que ce genre de rellation(pédophilie), ils les perpétuent.Ils cherchent dans ces rellations d’ordre purement sexuel un sorte d’affection et de reconnaissance qu’ils n’ont pas eu la chance d’avoir. Neil et gary ont le mm stratagème pour se prostituer,ils attendent, travaillant leurs attitudes, et voient apparaitre un homme( souvent vieux et laid) qui leur fait signe depuis la voiture et qui tentent de leurs parler d’autres choses pour mieux se déculpabiliser( pe etre)sur la sordidité(a mon avis ca doit pas exister lol) de ces relations. achetées.Les réalisateurs ont le point commun de montrer la pédophilie comme une histoire avec des sentiments( parfois d’ordre amoureux)et par cela ils humanisentles pédophiles et rendent un constat de la pedophilie non pas froid et diabolisé( comme ont a l’habitude d’entendre) mais ils la montrent sous le jour des sentiments et des déstinés brisées ce qui est encore plus saisisant et subtil. Le génie de Gregg Araki et de Michael Cuesta est d’arriver a provoquer un rejet évident de la pédophilie chez le spectateur en passant par des humains et non a la facon « faits divers » ce qui est bcp plus compliqué comme partit pris.tt ca pour dire que g la haine que mystérious skin ne se jou plus que dans une salle a paris (mk2 hautefeuille) alors que ca fait environ que trois semaines qu’ils est sortit!!!!! merci a mk2 et au cinéma indépendant qui ont acceptés de le sortir, ugc lui ne l’ayant pas pris en compte.Paris a des bons cotés pour ca, il existe tt un raiseau de cinéma indépendant qui subsistent malgrès les multiplexes, ce qui permet de retrouver le cinéma en tant qu’art et non en tant que produit commercial.Sur ce, je vous salut, affectueusement elodie ( bientot 17 ans !!!!!!):salut::pompom::-)

  8. J’ai découvert hier ce film qui vient de sortir à Bruxelles. J’en suis sorti dans un violent état de choc, à quel point j’ai pu me reconnaître dans le personnage de Brian, bien que son contraire parfait. Aucune expérience pédophile, mais un violent conditionnement homophobe qui m’avait été imposé dans mon enfance. Avec exactement les mêmes effets destructeurs. La suite, j’ai pu la voir à l’écran. Jusqu’à la dernière image.

    Un film extraordinaire.

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