Les paillettes ne font pas la tapette

Je suis rentré de Bruxelles par le Thalys hier vers midi. Je me disais qu’il n’y aurait personne et que je n’aurais donc aucun mal à prendre le prochain train. En fait c’était le contraire, et la personne au guichet m’a dit que je ne pouvais pas changer mon billet car il n’y avait plus de place en seconde et encore moins en tarif jeune.

Je lui rétorque alors avec un sourire : « Oui je vois, mais comme j’ai un billet en première et en plein tarif… ça change peut-être quelque chose non ? ». Le type se décompose et se met à bafouiller avec un magnifique accent belge en s’excusant qu’il n’avait pas bien vu et qu’il est désolé, qu’évidemment il reste quelques places en première, et que bien sûr, le changement est immédiat.

Arf, arf. Je rigole en moi en me disant qu’encore une fois mon look de teen queen ne colle pas avec mon « business trip for my big french high-tech company ». Et puis, je m’en vais rejoindre le quai où le Thalys ne tarde pas à entrer. Je rentre dans la voiture, et je me rends compte que tout le train est blindé en fait. Je vais au bout du wagon, et cherche mon siège 72 que je trouve dans un groupe de quatre fauteuils qui se font face. Je range mon sac au-dessus, et je vois alors les regards étonnés de l’assistance.

Autant j’ai pu évoquer le malaise de lire Têtu dans les transports en commun, mais rarement j’avais expérimenté le fait de me sentir si « mal à ma place » dans un endroit. Et là ce n’était pas tant mon look de pédé (à part mon piercing au cartilage de l’oreille) que le fait que je n’étais pas en costard cravate comme les 95% de l’assistance (ou en tailleur, mais je crois que, même si cela aurait certainement été très seyant, je me serais aussi grillé). Donc je suis arrivé avec ces visages qui exprimaient clairement que je m’étais manifestement trompé de « classe », et j’ai tranquillement pris place avec un petit rictus ironique sur les lèvres. Voilà qu’une femme, en tailleur justement, débarque et farfouille dans ses poches pour sortir son billet. Elle hésite deux secondes et puis elle dit : « ah c’est bizarre mais je crois que je suis là normalement ». Et là, les trois têtes se tournent vers moi avec un sourire genre : « Allez la pauvresse, va donc te sauver chez les clandés en seconde ! ». Et la femme se dirige vers mon voisin qui me fait face et lui dit plus précisément : « Excusez-moi mais je pense que vous êtes à ma place. ».

Le type devient pivoine, sort son billet et vérifie qu’en effet, il était au siège de la rangée opposée. Les autres continuent donc à m’offrir leurs regards dubitatifs. Quelques minutes après, je sors mon ordinateur portable (un ThinkPad IBM très « pro » dans le genre), et j’ai encore droit à une triple salve de perplexité. Et puis, le contrôleur arrive et il faut bien se rendre à l’évidence, je suis bien à ma place.

Je commence à ouvrir un fichier Powerpoint que je voulais terminer tant que je me rappelais des modifications que je devais y apporter selon la réunion d’où je sortais tout juste. Mon voisin de gauche regarde mon écran, il doit apercevoir quelques mots clefs en anglais et, entre autres, diverses captures de conceptions de pièces mécaniques en 3D. Il doit alors se dire qu’il est entré dans la quatrième dimension, et moi je joue le cador en tapant comme une hystérique et en bougeant l’ordre de mes slides. Mouaaaaarf.

Le summum c’est lorsque mon téléphone sonne. Je vois que c’est mon interlocuteur belge qui doit certainement avoir un détail à me demander. Alors j’en rajoute à donf, et je décroche en faisant un sonore : « Mathieu B., GrossBouateDeTaMère ? » Enfin je dis pas Mathieu « Bé » hein mais c’est juste pour pas me faire googler la tronche, idem pour la boite, mais disons que j’ai autant l’air de bosser là-dedans que Jean-Paul Gauthier dans le BTP (ce qui est stupide mais c’est vrai que le nom fait vachement grosse boite très sérieuse). Ensuite, on discute de quelques points et à grand renfort de vocables anglais évidemment, puisque tout mon boulot se fait dans cette langue. Me voilà donc très sérieux à disserter sur les bienfaits de la conception en 3D pour l’industrie navale, devant mes compères qui m’écoutent très attentivement. :mrgreen:

Je crois qu’ils étaient vraiment paumés ensuite. Et cela m’a bien fait marrer. C’est drôle de voir comme les allures sont encore bien trompeuses. D’ailleurs, je ne suis pas le dernier à me faire avoir sur les apparences et à avoir des préjugés. ;-)

26 Commentaires

  1. C’est assez curieux… Il m’arrive assez souvent de voyager en première soit pour le boulot soit pour mon plaisir personnel lorsque ca me revient moi cher (ça, c’est l’avantage d’etre encore jeune :mrgreen:), et bien que je ne présente pas particulièrment « bien » je ne me suis jamais senti pas à ma place… Ceci dit je regrette de ne pas avoir été en face de toi dans le train : j’adooore emmerder les gens qui me font profiter de leur conversation (téléphonique) dans le train :-)

  2. Matoo devait avoir l’air d’un gros pitos pas à sa place et mal dans sa peau à en faire des caisses parce que la pauvre chérie ne peut pas se payer la première sauf si c’est pas sa GrosseBouateDeTaMère qui raque pour elle (ça joue les mecs qui assurent mais finalement, d’un point de vue lacanien, le boulot c’est comme maman, la preuve!)… et c’est pour ça que les autres le regardait. Pas grave Matoo, la parano de petit con, normalement, ça s’arrange un peu en grandissant.

  3. :pompom: très marrant !!! moi j’ai voyagé en 1ere du TGV Paris-Bordeaux avec mes 2 filles (sages), la chienne (sage également) et deux gerbilles en cage (propre). Les autres voyageurs n’ont eu l’air trop effaré par notre famille Bidochon en voyage…

  4. Matoo devait avoir l’air d’un gros pitos pas à sa place et mal dans sa peau à en faire des caisses parce que la pauvre chérie ne peut pas se payer la première sauf si c’est pas sa GrosseBouateDeTaMère qui raque pour elle (ça joue les mecs qui assurent mais finalement, d’un point de vue lacanien, le boulot c’est comme maman, la preuve!)… et c’est pour ça que les autres le regardait. Pas grave Matoo, la parano de petit con, normalement, ça s’arrange un peu en grandissant.

  5. Hum. Le Thalys est un TGV un peu spécial, rempli de fonctionnaires européens en transit. Il n’y a pas ce genre de problèmes entre Paris et Lyon, par exemple, où les premières sont plus variées, avec souvent des enfants jeunes le week-end.
    Sinon, les TGV sont des nids à espions industriels, surtout les transfrontaliers… et je suis d’accord avec Fitz sur les conversations téléphoniques :mrgreen:
    (Méfie-toi, je connais qq informaticiens joueurs qui, exaspérés, se connectent en bluetooth sur des portables mal protégés et envoient des messages délirants de la part du téléphoneur pénible aux personnes de son annuaire…)

  6. à la suite d’une colo avec le CE de la SNCF j’ai eu mon billet de retour payé, avec au choix première ou seconde classe.. bah j’ai pas hésité, sachant que n’y retournerais certainement pas avant un moment, si ce n’est jamais.
    eh bien j’avais un look bien différent de mes voisins.. retour de colo en bermuda et T-shirt bien crades, casquette à l’envers et sandalettes:langue:
    j’ai pas vraiment vu leur regard, trop fatigué pour résister à la fatigue et les regarder. j’ai pioncé tout le long dans l’énorme fauteuil, et j’imagine que j’ai du bien ronfler:cool::cool:

  7. C’est vrai qu’il y a 2 fléaux dans le train : les mômes en bas âge qui hurlent pendant tout le trajet, et les portables qui sonnent sans arrêt et dont les porteurs se croient obligés de faire participer le wagon entier à leur passionnante conversation…:mur:

  8. en gros tu es en train de nous dire que tu as rassuré tes voisins: tu avais ta place en première, car en fait tu as un poste intéressant dans une grosse boite, on avait eu peur. Rappelle moi à quoi se mesure la valeur, ce qui fait qu’on mérite d’être en « first »? L’orgueil est un péché capital.

  9. Ils devraient d’ailleurs brouiller le réseau GSM dans les trains… C’est insupportable… Mais bon, outre ce petit inconvéniant, c’est bien d’avoir changé le quotidien de tous ces cravateux !

  10. je pense que je vais devoir contacter mes copines de « queers » sur TF1 parce que la ca va plus du tout, si maintenant il choque les pauvres gens qui prennent leur train tranquillement… je vais devoir lui serrer la vis un peu plus….

  11. je prends le thalys souvent, et il y a pas mal de diversité dans les voyageurs, je suis assez étonné de te lire (même si je suis dans la catégorie cosutume gris en général) ; tu t’es sûrement planté sur ceux que pensaient tes voisins, un petit péché d’orgueil qu’on te pardonne volontiers puisque c’est toi. :boulet:

  12. J’adôôôre ce concept du décalage vestimento-professionnel Ah le regard des personnes bien « commifaut », hallucinées z’et z’ébaubies, se demandant qui est ce djeune (presque)pré pubère en Jean et T-shirt qui prend l’avion ‘business’ direct to London City Airport ou bien çui-là, hein, qui débarque en pleine réunion cravatée, à l’aise dans ses baskets et avec des piercings en plus (sous entendu: y vient pour apporter le café ou pour brancher le Barco ?! eh eh, eh non, c’est lui qui va diriger la réunion)…:gne:
    Eh ben oui, on peut avoir fait des études, avoir un poste où on fraye avec des gens in english, please, travailler pour l’Etat Français , môssieur, et ne pas se la péter grave dans son costume cravate conformiste de chez Chotard (mon dieu, sous prétexte d’avoir à tout prix une cravate on assiste à des delirium tremens vestimentaires du style cravate ‘rigolote’ -dite cravate Bart Simpson-…oumpf, et pourquoi pas Barbie pendant qu’on y est ?)
    (un truc tout aussi ridicule: le F-R-I-D-A-Y wear…no comment)
    Je ne travaillerai pas mieux avec un noeud coulant autour du cou, bien au contraire: ça empêche la bonne oxygénation du cerveau ! Mon intellect et mon sérieux ne se trouve pas dans les poches de mon costumes Paul Smith (ben oui, j’ai quand même des costumes mais pas pour le boulot mais paske je trouve ça beau !)

  13. J’ai eu le même genre d’expérience lors d’un stage dans un journal…
    Les attachées de presse fixent toujours les rendez-vous d’interviews dans des bars branchouilles, le genre d’endroit que j’essaye d’éviter en général…
    Là, bien obligé d’y aller, le schéma était toujours le même: je débarque et tout de suite, je me sens comme Julia Roberts façon Pretty Woman dans les boutiques chic du Wilshire Boulevard….

    Apparemment, ma bouille d’ado :petard: et mon look un peu craspouille passaient mal…:langue:
    J’en rigole maintenant, mais c’est quand même très désagréable de se faire regarder de travers par une pouf qui porte un t-shirt « F…me I’m famous » …Mais puisqu’on est dans SON monde, c’est moi qui devient la bête immonde….:hum:

  14. Personellement, concernant les fléau tgvesques je rajouterai les connards de fumeurs qui fument… Et faut pas aller leur dire que c’est mal a ceux la!

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