Le Huit

Pour se mettre dans le bain de ce gros roman (960 pages chez Pocket) de Katherine Neville à l’uchronie irrésistible, le mieux est de lire consciencieusement le résumé tellement américain de cette femme, cette wonder-woman, dont le CV est assez extraordinaire (littéralement).

Après avoir vécu dans les montagnes Rocheuses, Katherine Neville abandonne une carrière de mannequin et devient consultante internationale en informatique à new York. Dans les années 70, elle est mutée en Algérie au moment où tombe l’embargo de l’OPEP. De retour d’Afrique du Nord, elle travaille comme photographe dans le Colorado. Grâce à ses précédents travaux dans le domaine énergétique, Katherine Neville est sollicitée dans l’Idaho pour participer à la rechercher sur l’énergie nucléaire et développer, dans le désert, des méthodes pour identifier et contrôler les matériaux toxiques et dangereux. En 1980, elle déménage à San Francisco où elle est vice-présidente de la Bank of America durant 10 ans. A l’âge de 40 ans, elle s’installe en Europe avec son ami le docteur Karl Pribram, un scientifique mondialement connu. Après quelques années à l’étranger, le couple emménage dans les montagnes Blue Ridge en Virginie. Les divers métiers et expériences de Katherine Neville fournissent le noyau de son premier roman. le huit, best-seller traduit dans une vingtaine de langues, et du Cercle magique. Katherine Neville travaille actuellement à la suite du Huit et a un autre roman en préparation.

J’ai parlé « d’uchronie » mais ce n’est pas exactement cela, en fait elle imagine qu’un jeu d’échec très richement ouvragé, le Jeu Montglane, a eu une influence non négligeable (voire déterminante) sur l’Histoire. Depuis que des maures l’ont filé à Charlemagne, il aurait été l’objet de toutes les convoitises et aurait été un des facteurs de grandeurs et décadences de nations entières. Ainsi le récit s’articule sur deux lignes de temps, des chapitres alternent régulièrement une intrigue en 1972 où Catherine Velis, une brillante consultante en informatique est envoyée en Algérie pour s’occuper d’une association de producteurs de pétrole inconnue : l’OPEP. L’autre intrigue se passe en 1792, en pleine Terreur, l’abbesse de Montglane qui était détentrice du jeu d’échec pendant des générations, craint la confiscation des biens du clergé et décide de répandre les pièces en Europe. Elle envoie notamment deux jeunes nonnes, Mireille et Valentine, partir pour Paris avec des pièces du jeu Montglane. Elles vont rejoindre un oncle : le peintre révolutionnaire David.

L’auteur s’est amusée à ponctuer tout son récit de personnages historiques et d’anecdotes ou de faits réels, ce qui donne au roman beaucoup de charme et quelques ancrages dans la réalité assez intéressants (les références ne sont certainement pas toujours très exactes, mais tout de même plutôt sagaces). Le roman est largement antérieur au « Da Vinci Code » puisqu’il date de 1988, mais on y trouve un genre similaire dans le format « Best-Seller Américain » et dans l’intérêt criant pour les énigmes, les sociétés secrètes et la symbologie. Comme dans le livre de Dan Brown, le format est celui d’un scénario hollywoodien, et les références historiques proposées sont françaises dans leur quasi-intégralité. J’ai trouvé que le Huit était cependant beaucoup mieux écrit, et surtout que l’auteur se prenait beaucoup moins au sérieux. Le roman verse un peu dans la science-fiction ou le mysticisme mais sans jamais faire croire au lecteur qu’il s’agit d’autre chose que d’une fiction. On est aussi dans une trame qui est beaucoup moins « touristique » que le « Da Vinci Code » puisque je ne suis pas vraiment certain que les américains soient très au fait des grands personnages de la révolution française ou de l’Algérie.

Je me suis régalé des talents de conteuse de Katherine Neville qui nous entraîne à travers les époques et les pays, à la recherche de ce fameux jeu Montglane, et surtout dans la quête de sa signification. Elle met en scène une kyrielle de personnages qui agissent comme les pions d’un jeu d’échec, et dont on comprend peu à peu les rôles sur l’échiquier. On glane peu à peu des indices en suivant le récit de 1792, et les deux intrigues se rejoignent et se répondent de plus en plus. Le fait d’avoir entremêlé les deux récits est aussi un moyen simple et habile pour ménager un grand suspense entre deux chapitres (puisqu’un sur deux seulement est dédié à l’une des histoires).

On se délecte aussi rapidement des différentes anecdotes rapportées, et on comprend que les personnages vont rapidement se révéler des « peoples » de l’Histoire. Ainsi, ce jeu d’échec à taille humaine explique les rencontres et certains événements réels pour Marat (et son assassinat par Charlotte Corday), Robespierre, Voltaire, Euler, Jean-Sébastien Bach, Talleyrand, Napoléon, la Grande Catherine de Russie, Newton et bien d’autres.

Enfin, ça m’a fait plaisir de lire un roman qui se passe en grande partie en Algérie et qui en montre des facettes plutôt charmantes, en se rapprochant pas mal de l’Atlantide de Pierre Benoît. Ce choix de lieu doit être certainement lié au séjour de l’auteur à la même époque, en tout cas cela change de situer une telle action dans un pays du Maghreb et d’en narrer ainsi les particularités culturelles.

En conclusion, il s’agit d’un bon bouquin de genre, qui peut facilement passionner son lecteur grâce à une action soutenue, en tout cas bien le divertir, et qui possède un vrai charme de par ses héroïnes féminines combatives et son uchronie.

Le Huit - Katherine Neville

15 Commentaires

  1. Il faudra que je me le recupere un de ces jours, tiens.
    Note to self : ne plus lire les blogs au reveil.:dodo: Ca m’evitera de lire Annie Cordy au lieu de Charlotte Corday…:gene:

  2. L’été dernier, « Le huit » m’avait occupé…hummm, au moins 4 jours. Et autant de nuits ! :langue:
    Assez bien ficelé, j’aime bien le concept de l’intrigue qui se déroule sur plusieurs siècles, avec des personnages qui découvrent peu à peu quels déterminismes, quels avatars pèsent sur eux, et comment cela a déjà conditionné leur existence sans qu’ils s’en rendent compte…

  3. Je l’ai lu y un moment, c’est pas mal mais je trouve que ca traine en longueur et que les presque 1000 pages ne racontent pas grand chose en fait.

  4. Je suis en train de le lire. Je suis d’accord avec toi sur le parallèle avec le « Da Vinci Code ». Il est beaucoup plus distrayant et mieux écrit (d’après moi). Le petit côté scientifique est assez excitant aussi !
    J’ai hâte de connaître la fin…

  5. salut !!!

    j’ai été fasciné par le huit et j’aimerais en savoir plus sur la suite qui est en cours d’écriture!!!
    Je meurs d’envi de retrouver Catherine velis et solarin !!!
    A quand le retour de lili ?

    merci

    Salut et fraternité
    thermidora

  6. Hum… Jusqu’à présent, c’est toujours mon livre préféré… C’est un livre qui m’a rendue folle amoureuse d’un russe, non je rigole bien entendu n_n !
    Ce livre m’a emmenée en Algérie, en Russie, en Amérique et en France, à bord d’un bateau, même si au fond je restais dans ma chambre. Je ne me lasse jamais de le relire, je l’aime trop…
    Ce livre « EST ». En ouvrant ses pages j’ai appris tellement de choses, aussi, que bon… J’arrive pas à m’en défaire, je l’amène partout ou je peux…
    Bref c’est le livre de ma vie…

  7. bonjour!!!
    Un camarade de classe m’as proposé de le lire!!
    Depuis impossible de le laché l’histoire est passionnante de plus cela m’as permis de m’interessé aux echecs!!car les noms de certains personnages ont un fort rapport avec des mouvements aux echecs .
    C’est vrai qu’on s’attache à catherine et à solarin ainsi que lili!!!
    Conseils lisait le avec une musique orientale pendant le chapitre sur l’algérie donne l’impression qu’on est en plein dedans avec un encens aux jasmin!!
    Prevenez moi lors de la sortie de la suite !!

  8. Bravo pour ce commentaire que je trouve très approprié au roman. J’ai trouvé « le huit » passionnant et l’ai dévoré. C’est merveilleux de se laisser emporter comme ça dans des lieux et des époques aussi atypiques. En plus l’intrigue est vraiment bien ficelée. Vivement la suite!

  9. Bj,

    je suis en train de finir le huit, bon bouquin.

    L’intrigue est pas mal, mais aujourd’hui pas mal de livres présentent de ces intrigues alambiquées et imbriquées qui perdent un peu le lecteur et le laissent KO a la fin. Par ailleurs, peut-être un peu long avec ses 1000 pages, mais je suis surtout impressionné par les connaissances très pointues de l’auteur sur l’histoire de france (la période de la révolution), la mythologie des anciens notamment autour de la méditérannée, la science a la période des lumières, les relations entre les maths et la musique,… Un livre de philo et d’histoire a bon compte si on veut avoir des sensations dans ces domaines.
    Par ailleurs très heureuse surprise avec une large partie du livre en Algérie, présentée sous un angle objectif, et par conséquent avec des descriptions de paysages et de personnages très attirantes…

  10. J’ai presque fini de le lire et franchement c’est un des meilleur livre que j’ai lu.
    Très bien écrit, les desciptions de sont pas trop longues, les personnages nous enveloppe et nous voulons
    toujours en savoir plus. Je le trouve meilleur que le code de vinci parce que nous aprenons plus de chose sur l’histoire
    et je le trouve moins tiré par le cheveux. Une chose que j’ai bien aimé aussi c’est qu’il n’y a pas une grande histoire
    d’amour avec les personnages. Je le conseille a tout le monde qui aime la lecture.

    val;-)

  11. moi je suis en train de le lire ( page 460) depuis 2 jours je ne le lache pas!!! j’adore!!!
    je n’ai pas lu vos commentaires en entier de peur qu’ils dévoilent un petit secret, mais je suis d’accord pour dire qu’il est passionnant et tres intriguant!!! on ne s’ennuie pas!!! il est tres bien conçu et mille fois mieux que le da vinci code:love:

  12. !! me reste 15 pages…j’y retourne! ;-)
    je suis pas encore à la scéne finale, mais bien que ce livre fasse partie des best of the best de ma collection (avec « les enfants de la Terre » de Jean Auel), je trouve pour le moment que la fin est un peu précipitée (ou est-ce moi qui ai été plus pressé et donc plus rapide dans ma lecture ? ou frustré de savoir qu’il va se terminer ?). Très très bon livre, que je recommande !!!! Pour ma part, plus il y a de pages (ou de tomes), plus j’aime, mais même pour ceux que ça rebouterait, honnêtement, elles se dévorent ! Dernier petit bémol (si si je vous jure j’ai adoré ce bouquin !), je trouve que la narration est meilleure dans les chapitres se déroulant lors de la révolution. Ca vient peut-être de moi, mais j’ai comme l’impression que dans la partie contemporaine, il y a une forte identification de l’auteure au personnage (rien que le nom), qui vient peut-être brouiller l’objectivité…Mais encore une fois : à lire à lire à lire!!!!!!
    Bye

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