Les amis de vingt ans

Samedi soir, j’étais invité à dîner chez ma cousine Chrystelle. Arf, dès que je commence un post comme cela, et c’est fréquemment arrivé, je pense à -N- et son fantastique pastiche de l’époque :

MatooPastiche

Nous n’avons que neuf mois d’écart avec ma cousine et nous avons été élevés ensemble dans cette bonne ville d’Osny dont je vous ai assez rebattu les oreilles. A moins d’un an d’écart, nous avons été dans la même école maternelle et collège (mais dans deux écoles primaires de la ville). Ainsi, pendant la dizaine d’années scolaires, de la maternelle au secondaire, nous avons peu ou prou fréquenté les mêmes personnes et établissements.

Elle a récemment découvert le site « Copains d’Avant » ainsi que mon profil (je suis inscrit depuis le tout début), et celui d’un tas de ses copains et copines de nos tendres années. Du coup, elle a organisé un dîner afin de rassembler les quelques personnes dont elle était proche à l’époque, dont d’ailleurs le Michael qui est aussi un ex.

Je redoutais un peu cette soirée, c’est toujours chelou et parfois mortel de revoir des gens que l’on connaissait à la petite école. En effet, ce n’est pas parce qu’on jouait à la marelle ou à l’élastique (oui bon je sais, mais vous n’alliez pas m’imaginer jouer au foot tout de même ?) quand on avait 6 ans que l’on doit bien s’entendre à presque 30 balais. Mais là c’est vrai que nous avions ce point commun de cette ville et d’une scolarité complète les uns avec les autres, les mêmes endroits, profs, délires, soirées d’anniversaire à 6, 10 et 15 ans !

Et au final, cette soirée fut un régal. Même mon frangin qui a deux ans de plus que moi, et qui connaissait moins de monde, n’a pas trop été dépaysé puisque les profs et les souvenirs étaient quasiment identiques. Et surtout, les gens présents ont conservé les quelques qualités dont je me rappelais bien avec une grande simplicité, beaucoup d’humour, de dérision et des tonnes de gentillesse. Michael m’a fait mourir de rire à plusieurs reprises, ce mec a un humour irrésistible et nous avons eu quelques crises d’hilarité en nous remémorant de vieilles conneries ou bien des travers de certains.

Il y avait aussi Angélique, avec qui j’étais en CP et CE1, et qui s’est plus tard retrouvée avec ma cousine. Nous avons donc calculé que cela fait 23 ans que nous nous connaissons, et nous nous souvenons parfaitement bien de ces moments. Elle m’a rappelé notamment quand nous racontions à tout le monde que nous étions des extraterrestres de la planète Mars, et qu’en excellents rhétoriqueurs on nous avait même cru dans la cour de récréation !

Par contre, un truc dingue, aucun de ces amis de l’époque, de l’entourage de ma cousine, n’a pas été dans un lycée général ni fait d’études supérieures. Cela parait dingue mais prouve encore le poids social qui pèse sur des zones géographiques moins favorisées. Clairement, nos parents nous laissaient le choix des études, d’en faire ou de ne pas en faire, ce qui parait inconcevable pour les parents de mes amis qui ont fait des études supérieures. La plupart du temps, ces enfants, dont les parents sont d’un milieu modeste et sans étude, prennent naturellement une voie similaire. Par flemme, par connerie, par manque de confiance, par cécité aussi, ils veulent entrer le plus vite possible dans la vie active.

J’entendais alors ces amis évoquer leurs difficultés en primaire ou au collège, on a aussi bien ri de leurs redoublements, leurs heures de colle ou de leurs zéro en maths. Mais les entendre dire avec certitude que tout cela est histoire de « capacité » m’a vraiment déstabilisé. J’ai eu beau affirmer qu’avoir son BEPC est à la portée de tout élève qui suit même médiocrement ses leçons, je n’ai pas été compris. Or nous étions dans un schéma qui pour moi est bien différent. Un cercle vicieux et injuste, une trame répétitive et infernale qui conditionne les gens dans une caste et dans une case de la société.

Ce qui est cool c’est qu’ils ont l’air d’être heureux et épanouis avec leur famille, leurs mômes et leur vie en général, plus abouties que n’est la mienne à certains égards (je n’ai pas d’enfant, je ne suis pas marié). Et pourtant, plusieurs ont exprimé la « loose » d’être dans un job non qualifié, peu rémunéré et pas bien valorisant. Mais on sent une fatalité derrière cela, une fatalité qui me tue et que la société utilise pour que chacun reste bien à sa place. Fuck !

Je retiens de cette soirée ces échanges nostalgiques qui m’ont beaucoup émus, et le plaisir incroyable de revoir ces gens adorables et avec lesquels j’ai tellement ri dans ma vie. Bah finalement, on a tous des vies différentes, mais j’ai, contre toute attente, compris que nous avions malgré tout un truc en commun qui faisait que nous avions encore beaucoup de choses à faire ensemble. Et j’ai aimé ça. ;-)

4 Commentaires

  1. Bonjour, c’est mon premier commentaire dans ce blog que je suis assez régulièrement. Ce que vous écrivez des études, des copains et des milieux sociaux me touche beaucoup (je bosse dans l’éducation). Peu de gens le reconnaissent aussi bien.

  2. Ah là là , le fameux on s’était donné rendez ya 20 ans !!! Un relent d’avis de recherche …Moi je crois que ça me ferait carrement flippé de revoir les « ancien(nes) du collège » . M’enfin ça à l’air de t’avoir plu!!! amicalement vôtre elliot

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