Le péché florentin

L’histoire est vraiment une des matières qui me plaisait le plus à l’école. Mais bon, j’aimais à peu près tout, ce qui a été un de mes problèmes pour m’orienter (heureusement j’avais assez de névroses qui ont choisi pour moi). Il m’est resté de cette époque (merci l’Education Nationale) un goût énorme pour l’histoire des sciences, et aussi pour ces anecdotes historiques dont la portée est souvent, et à tort, négligée.

J’aime beaucoup donc me plonger dans ces magazines d’histoire comme « L’Histoire » qui m’apporte une bonne dose de connaissances nouvelles (même si je ne retiens pas tout) et pas mal de divertissement. J’apprécie aussi pas mal leur manière de raconter les événements historiques, en mettant en relation l’évolution même de la manière dont certains faits ont pu être narrés ou expliqués selon les époques. Et surtout, ce qui est plaisant, c’est le rappel incessant du passé pour mieux expliquer le présent, et prévoir l’avenir proche. On y apprend aussi pas mal sur l’histoire des moeurs, et certaines mises en perspective aident parfois à mieux comprendre notre société actuelle. Enfin, je me délecte aussi simplement d’anecdotes (que je suis peut-être le seul à ne pas connaître en fait) qui paraissent faire partie de l’histoire contemporaine mais qui m’avaient échappées.

Voilà donc ce que j’ai glané de cette lecture. D’abord, un simple encart qui rappelle la diffusion d’un documentaire sur le 17 octobre 1961. Une date que je connaissais, mais c’est aussi certainement lié à mes origines algériennes. Un couvre-feu avait été établi concernant les « français musulmans » par Maurice Papon, alors préfet de police, en pleine période trouble liée à la décolonisation et au FLN. Cette nuit là des affrontements ont eu lieu entre la police et des manifestants algériens, dont certains ont été tués et jetés dans la Seine. On commence à peine à avoir le recul pour entrevoir la vérité sur cette histoire bien sombre de la République.

Sinon, j’ai aussi lu un truc que je n’imaginais même pas : un Royaume de Lorraine, et son monarque : Stanislas Leszczynski, à l’époque de Louis XV. Il s’agissait d’un roi fantoche qu’on a d’abord placé sur le trône de Pologne, d’où il s’est fait chassé pour trouver refuge en Alsace. Et puis par un drôle de concours de circonstances, il s’est retrouvé beau-père de Louis XV en lui donnant sa fille à épouser, Marie Leszczynska.

Stanislas s’est finalement retrouvé à la tête d’une sorte de Principauté de Monaco, et a endossé le job d’un Prince Rainier pour le Duché de Lorraine (jusqu’en 1766), avec Nancy en capitale, et Lunéville où il tenait une cour. La France régissait tout mais lui donnait une rente pour assumer son pouvoir d’opérette. Du coup, ce bon vieux Stan est connu comme une bonne pâte, un bâtisseur qui a cherché à donner ses lettres de noblesses à sa capitale royale Nancy, et qui s’intéressait à la musique, l’écriture et la philosophie ! Cela m’a donné envie de voir cette fameuse place Royale !

Evidemment, on est toujours intéressé par ce qui nous touche de près, et le magazine évoque régulièrement des personnages dont l’homosexualité est plus ou moins mise en exergue. Là, j’ai découvert un personnage de l’entre-deux guerres bien singulier, Mireille Havet. Une de ces femmes des années folles, une femme libérée, artiste, intellectuelle, poète, et aussi ouvertement lesbienne. Une femme qui apparemment était d’un milieu assez bourgeois et intellectuel (ses parents étaient des intimes d’Apollinaire), et qui a mené une vie débridée, une sorte de jetsetteuse de l’époque. Elle a sombré dans la toxicomanie et a eu des relations passionnelles avec des femmes mariées (qui l’entretenaient). Bref, une femme émancipée et mondaine, qui s’est consumée trop rapidement d’une vie pleine de passions et de dévergondages (mon héroïne !!). Elle est connue car la seconde partie de son journal vient d’être publiée… je vais me procurer ça !

J’avais acheté ce magazine principalement pour un dossier sur Léonard de Vinci, qui est excellent. On y trouve des explications sur le génie de cet homme d’exception, touche-à-tout et véritable icône de l’Europe. Evidemment, les quelques références au « Da Vinci Code » sont rapidement évincées par des articles beaucoup plus sérieux et concrets. On y découvre avec intérêts les qualités et les défauts de Léonard. Eh oui, il n’était pas bon en tout !

Mais le plus drôle réside dans cet encart dédié au « péché florentin ». Le Léo était-il un gros pédé de sa mère ? Hu huhu. Apparemment oui, mais l’auteur y ajoute quelques spécifications qui m’ont beaucoup amusées :

Le crime de sodomie était théoriquement passible des plus lourdes peines au XVe siècle ; sa pratique était pourtant trop répandue à Florence pour que cette sévère législation puisse être réellement appliquée. […]

Léonard homosexuel ? La question n’a pas grand sens pour l’Italie de la Renaissance, où nombreux étaient ceux qui, dans les ateliers mais aussi dans les cercles du pouvoir, devaient sans doute pratiquer une paisible bisexualité, ou du moins une variété de pratiques sexuelles qui n’est pas réductible aux catégories tranchées de l’homosexualité et de l’hétérosexualité « inventées » à la fin du XIXe siècle.

Il a raison ce con, depuis qu’on a inventé des mots et des cases, on cherche absolument à s’y coller !! Comment décrire une sexualité ou une orientation sexuelle à une époque où cela n’avait aucun sens commun ? Hé, hé, cette réponse est beaucoup plus intéressante, rationnelle et certainement pertinente que le simple débat sur son homosexualité supposée.

Léonard de Vinci - Secrets d'un génie - L'histoire N°299 Juin 2005

11 Commentaires

  1. Ah, Florence… C’est bôôôô Florence… Et p’is y a plein de statues d’hommes nus aux plastiques intéressantes…

    Visionnant les photos que j’y avais prises, la copine avec qui j’y étais allé m’avait regardé avec des gros yeux ronds et m’avait fait la remarque : « C’est normal que tu n’aies pris des photos QUE des statues de mâles dénudés, hmmmmm ? ». :roll:

    J’imagine qu’on ne se refait pas… :redface:
    Et le pire, c’est que c’était même pas fait exprès… :gene:

  2. Dis moi, mon petit Matoo, peux tu m’indiquer ton magazin de « temps »… car j’ai du mal à comprendre comment tu as la possibilité d’écrire tout cela le soir… Dis moi ? tu as une secrétaire :o)

  3. Aaaaaaaah… tous ces artistes qui avaient des ateliers et « formaient » leurs disciples… tiens, ça me donne des idées! :rigole:

  4. Damned?! Tu crois que le signor Mattoo aurait des nègres à son service … des écrivassiers besogneux trimant au fond de geôles insalubres, tout un peuple de rapporteurs zélés, gavés de toiles et abrutis par trop d’écrans, d’espions homophiles, de lecteurs enchaînés, de coureurs infatigables de musées?! … Et qu’il passerait juste parmi ses gens, comme un maître coiffeur ou un portraitiste à commandes, pour donner ses ordres, dicter ses orientations, rectifiant là, ciselant ici, d’un mot ou d’une phrase mettant la dernière touche à des billets conçus dans la sueur et la clandestinité?! … Mon Dieu! Mais on est en plein péché florentin là! :petard:

  5. Droit de réponse… Je ne parlais bien entendu pas de la Place Stanislas, qui elle, est magnifique, surtout après le sérieux lifting qu’elle vient de subir, mais de Nancy dans son ensemble qui, à côté de Metz, fait vraiment pâle figure ! Ni eau, ni verdure, ni semblant d’architecture (excepté les rares bâtisses au style Ecole de Nancy), la ville n’a rien de transcendant ! (OK, j’avoue, je suis Mosellan et probablement de très mauvaise foi)

  6. TomTommy> Eh bien repars!

    >Matoo: Si lire un magazine c bien, il faut encore savoir bien le choisir!
    Viens ici en Lorraine dire que Stan fut un pauvre roi d’operette etc et tu vas te faire tuier!

  7. Hello !
    Je me ferai un plaisir de te faire découvrir Nancy et sa place Stan.;-) Sans vouloir entrer dans un débat typiquement local (bagarre nancy/metz) et d’un autre age, je dirai simplement : chaque ville est agréable à parcourir, il faut juste savoir ouvrir ses yeux et son esprit… et le charme agira ! Et même pas besoin de se mettre du axe sous les bras !:mrgreen:

  8. Justement j’habite une ville, Wissembourg, où le dit Stanislas a vécu le temps que sa fille soit « cherchée » par Louis XV… Il a du vivre une petite dizaine d’années ici (même moins, faudrait que je voie) mais ça a suffit pour que le « palais » (une très grande maison de maître en fait) soit appelé « palais Stanislas », que le lycée construit à côté dans les années 18OO soit appelé comme ça aussi, et ainsi de suite…

    Voilà, je ne sais pas pourquoi je raconte ça, on s’en bat le merinos, mais de voir sur un blog parisien une mention d’un « personnage » local, ça m’a amusée (me faut pas beaucoup, oui) :blah:

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