Entre sincérité et loyauté

Hier j’ai eu deux copines au téléphone, elles me racontent deux histoires qui ont résonnées en moi comme un de ces problèmes de « choix » inextricables.

La première se brouille avec une amie à elle, car cette dernière était au courant qu’une autre copine jouait les langues de pute avec, et qu’elle n’a rien dit. Du coup, ma copine s’est sentie un peu conne quand elle l’a appris par une tierce personne, et accuse cette amie de manque de loyauté envers elle.

La deuxième est dans un schéma inverse mais qui a conduit à une situation funeste. Une copine à elle lui a confié que son mec avait plus ou moins exprimé ses doutes quant à leurs relations sous le sceaux du secret. Mais la copine n’a pas résisté et est allée tout dire à mon amie. Cette dernière a du coup fait une scène, et rompu avec son mec. Au final, je sens bien qu’elle le regrette, et elle-même me disait que son mec était dégoûté, et qu’il ne voulait vraiment pas rompre, mais qu’il avait besoin de conseils et qu’il s’apprêtait à lui en parler, mais sans tout casser. Du coup, cette amie regrettait presque la loyauté de sa copine.

Cela m’a rappelé mes propres déboires en la matière d’il y a une dizaine d’années. C’était en 1996, juste avant que je parte à Newcastle, ma meilleure amie se prénommait Caroline. Elle venait de rencontrer une fille, Céline, avec qui elle filait le parfait amour (ah oui, j’ai oublié de préciser qu’elle est goudou, huhuhu). Le meilleur ami de Céline s’appelle David. Elles me le présentent un soir : boum. Coup de foudre ! Et nous voilà dans un quatuor de rêve : deux couples énamourés formés de deux paires d’amis soudés. Nous avions donc tous 19 ou 20 ans.

En effet, nous sortions ensemble assez souvent et cette situation a permis une intimité et complicité renforcée entre nous tous. Mais il y avait une différence majeure entre nous. Céline et David se disaient absolument tout et n’avaient aucun secret l’un pour l’autre, tandis que Caroline et moi étions certes très proches, mais avions quelques limites dans nos échanges. Ces limites incluaient les confessions sur l’oreiller et autres révélations que nos amants nous révélaient sur la relation d’en face. Evidemment, nous essayions habilement de renseigner l’autre, mais lorsque nos amants nous faisaient promettre de ne rien dire, nous ne disions rien. D’ailleurs, nous pensions qu’il en était de même avec autrui. Nos confidences étaient tellement sincères et privées, que jamais nous n’aurions imaginé que nos moitiés pourraient aller répéter cela, même à leur meilleur ami.

Au bout de quelques jours (allez deux semaines maxi), il y a évidemment eu un gros conflit, et nous nous sommes très rapidement retrouvés au bord de la rupture. Des doubles quiproquos imbriqués nous avaient mis dans une posture plus que vaudevillesque. Sentant bien que étions empêtrés dans des marivaudages nauséabonds, qui allaient bientôt tourner au drame shakespearien, nous avions décidé avec Caro de poser cartes sur table.

A la fin de cette réunion et de conversations abracadabrantesques, nous avions eu le fin mot de l’histoire. David et Céline se disaient absolument tout, et escomptaient la même chose de notre part. Caroline et moi ne nous disions pas tout, ou pas exactement tout, et surtout nous étions persuadés que nos remarques restaient confinées dans le couple.

Aussi David était outré des retours qu’il avait sur lui-même de la bouche de Céline, qui les tenait de Caro (qui pensait qu’elle ne les répèterait pas ainsi), qui les tenait de moi (plutôt francs et bruts de décoffrage), et il pensait que pour parler ainsi, ce n’était qu’une invite à la rupture. Et Céline, elle, pensait que Caroline se foutait de sa gueule puisqu’elle était persuadée que j’avais répété à Caro ce que David m’avait dit, qu’elle avait directement dit à David.
:pompom:

Finalement, tout s’est bien terminé malgré quelques explications houleuses, et nous avons simplement pris en compte les us et coutumes de chacun. Nous ne disions plus « tout » à nos amants car nous connaissions la perméabilité de leur sens de la confidentialité, et eux-mêmes ne passaient plus par nous pour prendre ou donner des infos, étant donné que nous n’étions que de piètres relais.

Cette histoire est la version bien triviale et comique, de doutes et de choix plus cornéliens qui me taraudent souvent. Quand faut-il dire la vérité, ou plus exactement être sincère, avec plus ou moins de tact, et quand vaut-il mieux garder pour soi certaines choses pour ne pas envenimer une situation ou faire du mal à une personne qu’on aime ? Le plus embêtant dans tout cela c’est que nous sommes rarement les mieux placés pour prendre ces décisions sans jouer les démiurges ou les présomptueux.

5 Commentaires

  1. C’est bien, vos feux de l’amour. Mais personne n’a pensé au sexe seul avec des inconnus de tous vos amis ? Ca résout tout ce genre de problèmes…

  2. C’est excactement pour ça que je n’ai jamais rien dit à mes amis ou prétendus amis: j’ai toujours une confiance limitée envers quiconque… excepté envers les gens que j’aime! Mais certaines de ces dernièrs m’ayant parfois trahis, j’en reviens parfois à la première règle, même avec les gens que je connais soit disant bien! Triste? Peut être… :gne:

  3. Dans une tragédie grecque, ça aurait pu beaucoup plus mal finir…

    Ce sont des situations que nous avons tous connu. Maintenant, j’utilise la méthode Nirvanah! Si on me parle de quelqu’un sans que j’ai demandé quoi que ce soit, je dis à mon interlocuteur d’aller le dire dirctement à l’intéressé(e). Si on me rapporte des trucs sur moi, je considère que ça n’a aucune valeur si on ne me le dit pas directement et je le dis aussi. Et si on me demande, je propose à l’autre de faire comme si il en savait rien.

    Ca pousse mon entourage à la franchise mais aussi à assumer ses propres pensées et après, ça passe ou ça casse mais au-moins, ça a le mérite d’être clair.

    Surtout qu’il y a des professionnels de l’embrouille. C’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour leur éviter de prendre mon poing sur la figure.

  4. j’ai eu des grosses emmerdes recemment, parce que je suis quelqu’un qui sait écouter ( parait il ), et que quand on me dit :  » mais tu ne le dis à personne « , ben , j’le dis pas …
    résultat, j’étais le receptacle des ragots de tout le monde sur tout le monde, et quand on m’a fait mon procès-entre-amis après avoir chargé le bouc émissaire que j’étais, toutes les infos que j’avais pour démentir les calomnies et me défendre venaient  » sous le sceau du secret  » des les personnes même qui m’accusaient. j’ai choisi de ne rien dire et d’encaisser pour ne pas trahir ma parole, ce qui est très con, mais on ne m’y reprendra pas deux fois !
    ce qui est dommage c’est que ça pousse a se renfermer, ce genre de choses. on évite de dire le fond de sa pensée, on évite d’écouter celui des autres… mais les personnes à qui on peut tout dire sans crainte de s’en mordre les doigts sont effectivement trop rares :roll:
    ta solution est bien meilleure, jouer carte sur table pour éviter les malentendus. heureusement que vous avez pu le faire au bon moment ! :pompom:

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