L’été où j’ai grandi

J’avais lu le billet de Niklas, qui, en plus d’être un beau mec, rédige à mon avis les meilleures critiques ciné (intelligentes, concises et percutantes), et je m’étais dit que je ne devais pas le manquer.

Quand j’ai vu le logo « Miramax » j’ai eu un peu peur et je me suis dit que j’allais peut-être avoir droit à une des oeuvres pseudo-indépendantes dont cette boite de prod est si friande. De petits films à petits budgets bien calibrés qui peuvent rapporter très gros… Mais le fait que ce soit une oeuvre italienne change considérablement la donne (en plus du fait que j’aime franchement, malgré tout, certaines pépites produites par Miramax !), et en effet ce film vaut largement le coup qu’on se déplace pour le voir.

Il est très difficile de mettre un thème sur ce film, un drame, un thriller, un film policier, mais aussi un film angoissant, un film sur l’enfance ou un film inclassable au final. Le décor est unique et se résume à un pauvre hameau perdu du sud de l’Italie, quelques baraques, autant de familles relativement démunies et des gosses qui jouent entre eux, dans les champs et les masures abandonnées du coin. Nous sommes à l’été 1978 et un des mômes, Michele, va découvrir une chose qui va changer sa vie, qui va le faire grandir d’un seul coup.

Il joue avec ses potes qui sont comme lui âgés d’une dizaine d’années, et ils tombent sur une vieille baraque dans un champs. Michele revient seul et il découvre un trou dans la terre recouvert par une tôle. En la soulevant, il remarque un pied humain, qui remue. Je n’en dis pas plus. Le gamin est ensuite entraîné dans une sombre histoire où toutes ses croyances sont bouleversées et sa raison mise à rude épreuve. Mais comme tous les enfants, il conserve sa candide innocence et met le nez là où il ne faut pas, en comprenant bien ce que trament les adultes.

Il s’agit d’un film incroyable aux contrastes saisissants entre cette peinture d’une Italie rude et défavorisée, à ce gouffre sombre et angoissant et ce qu’il contient, encore plus angoissant pour le spectateur au début (j’en tremble encore !!), mais aussi la vision extraordinaire de l’enfant qui est transcrite avec un réel talent de mise en scène et de jeu. Les enfants jouent dans les blés jaunes et à la luminosité aveuglante, tandis que Michele va voir ce qui se tapi dans ce trou, comme une tombe, au fond des ténèbres. Et le film n’a rien de fantastique alors qu’on le penserait presque à un moment. Mais c’est parce que justement on est tellement dans la peau de l’enfant qu’on en a les mêmes peurs, la même imagination débordante.

Le réalisateur Gabriele Salvatores a filmé d’une main de maître et cette qualité transparaît dans chaque plan et mouvement de caméra. Jusque dans la hauteur de tournage qui se situe à la hauteur du regard de l’enfant et nous permet d’embrasser les événements comme si nous les voyions par ses yeux. En outre, le jeu des gamins est tout à fait louable et sert à merveille cette histoire singulière. J’ai noté aussi un traitement tout féminin dans la manière de montrer les enfants, les mères et les liens maternels, tandis que les hommes sont plutôt des mafieux rustauds et auxquels on ne peut pas se fier. On suit pas à pas la transition vers l’âge adulte en forme de choc que subit l’enfant, et on est aussi sonné que lui à la fin. Une conclusion aussi troublante et violente que magnifique.

L\'été où j\'ai grandi

7 Commentaires

  1. merci pour ton commentaire sur notre site. En cliquant sur ton site je tombe sur « l’été ou j’ai grandi », un film que j’ai vu avant hier soir et que j’ai également beaucoup aimé ! Les grands esprits se rencontrent… !

  2. La fin de l’innocence, ça déchire. Rythme un peu lent mais on se laisse bercer par le paysage. Et y pas à chier, c’est super bô l’italien ! Je te conseille aussi « Nirvana » du même G. Salvatores avec Christophe Lambert…:pleure:

  3. C fait des mois que je lis ton blog et j attendais d avoir qqchose a dire pour y laisser un message, et j en profite donc par cette critique: je conseille a tous le livre de Niccolo Ammaniti « Io non ho paura » (je n ai pas peur) dont est adapte le film, ainsi que « Ti prendo e ti porto via » du meme auteur…boulversant…
    merci et bonne continuation !!! :redface:

  4. cher matoo, je te signale au passage que Gabriele en italien est un prénom masculin ( correspondant au français Gabriel ) et que Salvatores est bel est bien un réalisateur. Il a également réalisé il y a quelques années l’excellent film Mediterraneo. Je signale aussi au passage que L’été où j’ai grandi est l’adaptation d’un très beau livre de Niccolo Ammaniti, Je n’ai pas peur, disponible dans la collection Livre de Poche. Ciao, bello !

  5. Il est vrai que ce filùm est une invitation au voyage… et d ‘un esthetisme rare!! il me tarde de lire le livre pour complèter cette narration

    Merci de tes commentaires audacieux et fortement stimulant … la preuve j ai couru voir le film hier soir! le film hier soir

    :lol:
    Merci pour ton Blog

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