Broken flowers

Un Don Juan sur le retour, Bill Murray, qui vient de se faire lourder par sa dernière conquête, reçoit un jour une mystérieuse lettre (non signée) d’une ex. Cette ancienne amante lui apprend qu’il y a vingt ans, elle est tombée enceinte et a gardé un enfant de leur relation, son fils donc. Ce fils de 19 ans est sur les routes, et peut-être va-t-il frapper à sa porte d’un moment à l’autre. Bill Murray informe son pote et voisin Winston, et ce dernier se fait un malin plaisir de jouer aux Sherlock et de dégoter les adresses des quatre femmes susceptibles d’être les épistolières anonymes. Bill Murray dont le nom est dans le film « Don Johnston » part à la rencontre inopinée de ses anciennes maîtresses et de son hypothétique fils.

Voilà les ingrédients pour une bonne comédie mais avec la touche Jarmusch, cela change considérablement la donne. On reste bien dans le répertoire de la comédie avec un Bill Murray particulièrement excellent (même si un peu engoncé dans un rôle qui se répète avec les films) et qui exprime des kyrielles d’émotions en un clignement de paupières ou un regard de travers. Mais si la comédie fait franchement sourire à maintes reprises, le film est avant tout plongé dans une ambiance douce-amère. Au final, et ça c’est bien du Jarmusch, le sujet principal du film, l’existence avérée ou pas du fils, devient anecdotique à côté des rencontres avec les quatre femmes. Ces dernières forment quatre portraits complètement différents et aussi drôles que pathétiques. L’auteur montre plus que jamais dans le regard et les expressions de Bill Murray le reflet de son existence actuelle. Et ce dernier semble tout lire dans les visages et vies de ses amantes.

Jarmusch filme de manière simple et délicate, sans trop d’effets ou de jeux de caméra, avec sobriété et efficacité. J’ai beaucoup aimé l’attention portée aux décors qui concourent énormément à l’ambiance du film et à l’histoire aussi en quelque sorte. Et surtout, on finit par entrer dans la peau de Bill Murray au sein de cette aventure picaresque qui lui montre à la fois ce qu’il n’est pas, ce qu’il aurait pu être, et la tragique conclusion qui s’impose. En effet, sous ce masque flegmatique, on voit bien qu’il n’est pas le plus heureux des hommes, mais manifestement les existences alternatives qui sont montrées lui prouvent qu’il n’a pas forcément pris de mauvaises décisions.

Il s’agit d’un film qui distille de manière incroyable des flots de pessimisme et de noirceur mais sous la forme d’une comédie improbable, qui arrive quand même à nous faire sourire. Périlleux exercice mais que Jarmusch a bien réussi, et qui donne beaucoup de charme à ce film en oxymoron.

Broken Flowers

5 Commentaires

  1. Exemple classique d’oxymoron (ou oxymore) : « cette obscure clarté qui tombe des étoiles ».

    Une chose que j’aime bien chez Matoo, c’est son goût des mots. Il y en a que je découvre et d’autres que je retrouve comme de vieilles connaissances un peu perdues de vue. Leur contexte d’utilisation est parfois très personnel et je me demande si Maître Matoo, de temps à autres ne se fixerait pas le défi de placer certains mots avant d’écrire ses billets. Un peu comme ces « private jokes » qu’on fait entre collègues lors de réunions, du genre : » Bon, ben aujourd’hui c’est au premier qui arrive à dire … ». Me gourre-je ?

  2. Quel plouc (genre esprit télérama)oserait dire « Me gourre-je ? ».
    Vous n’êtes pas sans savoir qu’il faut dire « Me gourré-je ? » comme on dit « Puissé-je écrire comme Matoo ! »

  3. Cher Zeugma. En effet, j’aimerais bien écrire comme Matoo ! Ce que j’ai dit plus haut n’était pas une critique; quant au « Me gourre-je ? » (je sais maintenant qu’il faut dire « me gourré-je ? »), c’était de l’auto-dérision, histoire de montrer que je posais une simple question et qu’en aucun cas je ne cherchais à sous-entendre quoi que ce soit ou à faire la leçon. Apparemment cette expression passe mieux à l’oral qu’à l’écrit… Je ramasse ma tête et m’en retourne dans ma cambrousse profonde où ne se trouve pourtant aucun Télérama. :pleure:

  4. > yann2lille : Vos pleurs me déchirent le coeur : aussi je vous prie de m’excuser pour le ton de mon commentaire : je voulais m’amuser, mais je n’ai pu m’empêcher d’être agressif, et je le regrette vraiment.
    D’autant plus que j’étais d’accord avec vos remarques : moi aussi, je savoure ce goût pour les mots que Matoo montre, outre le réel intérêt de ses articles (magnifique, celui sur les voix !)
    Amicalement.

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