Torch Song Trilogy au Vingtième Théâtre

Je suis un gros fan du film « Torch Song Trilogy » de 1989 avec Matthew Broderick, la sublimissime Anne Brancroft (quels sont les hérétiques qui n’ont pas vu le film « Miracle en Alabama » hein ???) et Harvey Fierstein dans le rôle qu’il avait écrit pour lui au théâtre. A la base, il s’agit de trois pièces de théâtre qui ont été regroupées sous ce nom, et qui a eu un succès dingue à Broadway.

J’y allais avec pas mal de réticences parce qu’en tant que fan du film, de sa brillante VO et ses époustouflants interprètes, il fallait que la VF tienne la route pour le fond, que les comédiens puissent à la fois reprendre et se réapproprier cette histoire, et enfin que la mise en scène puisse relever le challenge de ces deux heures de jeu. J’ai été encore plus désappointé et méfiant quand j’ai vu tous les logos qui ornaient le bas de l’affiche (je ne les avais pas vu)… Oh putain, sponsorisé par Têtu, PinkTV, Illico, Citegay et consorts… Et manifestement, 99% de l’assistance était gay, ce qui laissait présager du pire. Je n’avais pas envie de voir une comédie gay, pour des gays, avec des gays, par des gays. Et pas non plus une pièce avec des mecs à poils pour satisfaire la lubricité de certains et s’afficher comme pièce pédé. Mais de toute façon, j’imaginais bien que le public intéressé et au courant serait particulièrement homo vu le sujet. D’ailleurs le film est culte principalement pour les homos.

J’ai rapidement pu mettre toutes mes interrogations de côté et tous mes doutes à la poubelle. Malgré quelques petits défauts, j’ai été absolument comblé par cette interprétation de la pièce de Fierstein. Il s’agit là d’un spectacle de grande qualité, qui transcende vraiment les genres et les orientations sexuelles, aux comédiens et comédiennes remarquables et à la mise en scène très efficace malgré quelques longueurs (mais inhérentes au texte je pense). Les trois tableaux se déroulent pendant deux heures, et le plaisir va crescendo, tandis que le comédien principal prend de plus en plus de substance et s’affirme au-delà de ses problèmes et de son manque de confiance.

Je trouvais Eric Guého plutôt moyen (pour être gentil) sur PinkTV, mais force est de constater qu’il est brillant et impeccable dans cette pièce. Il incarne un merveilleux Arnold Beckoff avec tout ce qui faisait la fibre irrésistible du personnage : ironique, grinçant, coléreux, diva, excessif, dépressif et au magistral humour feuje new-yorkais. J’aime beaucoup ce personnage qui est une Zaza Napoli qui cherche l’amour, et qui souffre de son physique tout en ironisant dessus pour mieux s’en détacher.

Nous avons donc trois tableaux qui racontent et exposent trois moments de la vie d’Arnold Beckoff, un drag qui se produit dans un cabaret. Le premier dépeint le quotidien d’Arnold et sa rencontre avec un type de qui il s’entiche. Ce type, Ed, est bi et ne veut surtout pas s’engager. Cette partie est certainement celle qui souffre le plus de longueurs, d’un texte qui a un peu vieilli et au final d’une certaine platitude. On peut avoir un peu peur de cette classique histoire du pédé qui tombe amoureux d’un hétéro pour qui il n’est qu’une simple passade. Classique, classique. Heureusement, Arnold fait déjà montre de ses cinglantes et hilarantes réparties, entre humour queer et désarmantes désillusions.

La seconde partie se déroule quelques mois plus tard. Arnold a bien souffert de sa relation, mais en a finalement fait le deuil dans les bras du magnifique Alan, un jeune top-model. Ils sont invités à la campagne chez Ed et sa nouvelle compagne : Laurel. Les chassés-croisés entre les personnages sont assez bien sentis, et il y a un jeu scénique dans les dialogues « deux à deux » alternés qui m’a énormément plu, et qui donne une dynamique énorme à la scène. On sent toujours poindre en Arnold des sentiments pour Ed, et en ce dernier une flamme maladroitement étouffée pour Arnold. On est alors complètement dans la narration, et dans les dialogues qui fusent avec toujours beaucoup de justesse et d’humour sur les relations de couple.

L’ultime moment de la vie d’Arnold est le plus passionnel et réussi. Cinq ans plus tard. Alan est mort, battu à mort par des homophobes dans la rue. Arnold a du mal à dépasser cette perte, il prend sous son aile un môme de 15 ans, qui est gay et qui passe de familles d’adoption en familles d’adoption. Les services sociaux finissent par le lui confier, et le gamin prend peu à peu ses marques. Ed revient sur le devant de la scène, ça ne va plus avec Laurel, il demande à Arnold de l’héberger quelques jours. Sur ce, débarque la mère d’Arnold, mère juive new-yorkaise par excellence (surtout interprétée par Anne Bancroft), à qui il n’a rien dit… ni sur la nature de la mort d’Alan, son « fils » ou Ed.

Les scènes d’anthologie avec la mère d’Arnold sont le pilier de cet « acte », et ne laissent vraiment pas indifférents. En effet, on y voit à quel point les deux êtres sont liés par l’amour qu’ils se portent, mais aussi séparés par un mur d’incompréhension et de dissension. Leurs caractères si semblables et explosifs donnent lieu à des échanges aussi croustillants, tragiques qu’émouvants, et sont portés par les deux comédiens avec énormément de talent. Rosine Cadoret (que j’ai déjà vu à la téloche dans des petits rôles, c’est certain) ne copie pas le rôle d’Anne Bancroft et compose une excellente mère.

Evidemment, nous n’avons pas échappé au bellâtre d’Alan en boxer CK très seyant… mais au moins, il l’a gardé sur les fesses. Ils ont en tout cas choisi un très beau mec, et surtout qui a bien assuré son rôle (il n’est pas extraordinaire, mais tient la route).

Il s’agit vraiment d’une pièce aux problématiques encore très actuelles et on ne peut s’empêcher de s’identifier. Outre cela, ces personnages si touchants et authentiques ont une portée bien plus universelle que ce qu’on pourrait penser au premier abord. Je suis vraiment enchanté par cette bonne traduction, et du passage si « smooth » de la VO à la VF. Mais surtout, quel bonheur de passer deux heures en compagnie de comédiens et comédiennes inspirés et portés par leur texte. Aucune réplique ne sonne faux dans cette pièce dont le texte n’est pourtant pas toujours très facile et plutôt verbeux, et aux échanges intenses, tour à tour émouvants, drôles, tragiques ou pathétiques.

PS: L’opinion d’Alex et Greg.

Torch Song Trilogy - Vingtième Théâtre

14 Commentaires

  1. Merci pour le lien. Ca nous a fait aussi bien plaisir comme soirée, même si le diner était un peu speed, on se rattrappera la prochaine fois. A bientot, pourquoi pas un ciné la semaine prochaine…

  2. C’est vrai que c’était speed. Je rajouterais juste que la pièce dure 2h et commence à 21h30… Ce qui fait qu’à la fin, on était un peu fatigués…Je conseillerais de réserver cette pièce pour le week end!

  3. En matière de mère juive, je crois qu’Anne Bancroft avait eu du solide pour son inspiration. Lorsque Mel Brooks annonça à sa mère qu’il allait épouser Bancroft, une « italienne », celle-ci lui répondit « Ah, très bien… Tu n’as qu’à l’amener à la maison. Je vous attendrai dans la cuisine. Avec ma tête dans le four ».
    Pour ce qui est de TST, j’en ai fait moi aussi une chronique assez positive, mais j’ai depuis révisé un peu mon jugement, surtout en ce qui concerne la mise en scène, dont je ne suis pas du tout fan. Mais bon, le texte est tellement génial que j’ai malgré tout passé un bon moment.

  4. ooooooohhhh c’est un de mes films préférés!:redface: je l’avais découvert ya super longtemps, qd canal+ mettait l’accent sur le cinéma plus que sur le foot:hum:!
    l’affiche est vraiment criarde en revanche :eek:
    merci matoo d’avoir ravirer de si bons souvenirs de ce film;-)

  5. Torch Song Trilogy (le film) est en fait le regroupement de trois pièces qui furent jouées off Broadway par Fierstein et une partie des acteurs présents dans le film (Broderick jouait sur scène le rôle du fils adopté mais il était devenu en fait trop « vieux » pour le rôle!)
    Le film est merveilleux, j’adorerai voir la pièce… jusqu’à quand passe-t-elle?

  6. Moi, j’ai tout simplement a-do-ré, surtout :redface: Éric Guého !
    D’ailleurs, on y retourne le 12 une seconde fois.

    Dans un autre genre, mais tout aussi sympa, il y a « les nouveaux romantiques », un spectacle musical qui parle d’amour, de ses joies, de ses contrariétés à travers quelques titres très justement sélectionnés qui hantaient les hits des années 80. C’est à l’Essaion (6 rue pierre au lard, juste derrière beaubourg) à 21h30 jusq’à mi-octobre !
    + d’infos : http://www.essaion.com

  7. Suis comme toi fan de TST, mon film culte absolu. Comme toi, pas trop déçu par la version théâtrale française (bravo Guéhaut). A un gros bémol près : pourquoi avoir fait d’Alan une jeune folle hystéro ? C’est inutile, stupide et trahison de l’original…:ben:

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