Grandir

Je viens de finir cet excellent petit roman de Gilles Leroy, et il m’a beaucoup plu. C’est drôle il s’agit d’un roman dont les personnages ou l’intrigue ressemblent à ce que j’aime lire habituellement chez les auteurs américains. C’est la première fois que je lis un français qui traite ainsi au vitriol de la famille, de la sexualité (homo), des tabous et qui nous plonge dans un récit aussi épique que charmant.

Le narrateur est un garçon qui s’appelle Will et que l’on découvre à travers trois épisodes de sa tumultueuse existence (familiale !) : à 14, 17 et 21 ans. Ses parents sont Nush et le Pb (initiales pour Playboy) : deux personnages hauts en couleur qui font taches dans une famille modeste et ouvrière de la France profonde. En effet, ils habitent à Paris et ces trois épisodes sont trois visites de Will : deux fois pour un mariage et une fois entre les deux, pour un court séjour après le divorce de ses parents et la maladie de sa mère. La famille est investie depuis des générations dans l’usine du coin qui fabrique des objets de luxe en verre et cristal réputés dans le monde entier. Ce sont des gens un peu rustres et qui bavassent les uns sur les autres. Une bonne ambiance familiale délétère comme je les aime, propice au meilleur des romans.

Will est un personnage homo comme j’en avais rarement lu, sinon dans des romans américains (à la « 10/18 Domaine Etranger »). Il est non seulement très crédible mais aussi intéressant par la richesse et complexité de son personnage (en dehors de son orientation sexuelle évidemment). Les rencontres avec les cousins Vitti sont l’occasion de bien des joutes, niaiseries et autres circonvolutions familiales que j’ai adorées. L’auteur en profite aussi pour détailler les histoires personnelles, et les drames, des uns et des autres. Mais surtout la manière dont Will forge peu à peu sa personnalité et l’évolution des différents personnages sont très bien mises en scène.

Enfin, ce Gilles Leroy, et j’y reconnais là le roman français, déploie une langue très belle, avec un style vraiment singulier et marquant. Il narre avec beaucoup de subtilité son histoire, mais il nous fait surtout rentrer dans les vies de ses personnages avec beaucoup de sincérité, d’émotions et de force. J’ai été très sensible à sa plume et sa verve. Le livre est assez court et se lit rapidement, mais il m’a laissé une très bonne impression. Avec une ultime phrase qui est une des plus merveilleuses phrases de fin de roman qu’il m’ait été donné de lire.

Grandir - Gilles Leroy

16 Commentaires

  1. :eek:J’aimerais savoir comment tu fais pour trouver le temps pour lire autant, écrire autant, sortir autant, aller autant au ciné, etc.
    Et tu bosses en plus?
    Je n’y crois pas!

  2. Moi aussi je suis totalement sur le c.. quand je vois la quantité de bouquins que tu lis, et les films que tu regardes. Et surtout pour la grande qualité de tes articles ! Total respect et grande admiration, cher Matoo ;-)

    Et merci pour cet article qui m’a fait connaître cet auteur, et donné envie de lire ses livres :)

  3. Euh, je me suis dit la même chose en découvrant la nouvelle entrée du blog? Tu es dans ton lit et tu dors du matin au soir?
    Au lycée, j’étais un gros lecteur mais là, ça s’apparente à de la boulimie. Tu a sle temps d’apprécier l’ambiance d’un bouquin en en lisant autant à la suite en si peu de temps?:eek:
    Bon, il a l’air d’avoir quand même bon gout , le Matoo…tant mieux, je vous raconte la tête du blog si on devait se coltiner des compte rendus de romans Harlequin, ou des bio des dernières célébrités cathodiques…:gene:

  4. Bah nan, c’est pas extraordinaire. Comme je le dis souvent, je ne lis que dans les transports en commun, et c’est deux heures par jour ! :roll: Parfois je lis un peu dans mon lit avant de me coucher, mais c’est plus rare.

    J’essaie d’aller au ciné deux fois par semaine, de voir un ou deux films dans la soirée. Je vois mes potes, je visite des expos dès que je peux. Bref, je ne suis jamais chez moi, et je n’ai plus une thune après tout ça !

    Je dois suivre deux cents blogs par jour, prendre une ou deux heures pour écrire moi-même… Et depuis 15 jours, je travaille les week-ends, je bosse jusque pas d’heure et ramène du taf chez moi.

    Comme en ce vendredi soir 22h15 où je bosse en même temps que je vous « parle ». :help:

    Vivement qu’un mec vienne me sortir de cette torture de Sisyphe. ;-)

  5. je lis tes paroles souvent:)j’ai trouve ton blog par hasard..et je suis ici souvent mais je n’avais pas encore l’occasion d’ecrire quelque chose:)..hm..exceusez moi de mes fautes..mais je ne connais bien la langue francais:)et je voudrais lire cet livre..et j’espere qu’il est aussi dans une autre langue ..bien sur:) je cherche le livre interresante..et je pense que « Grandir » aussi me plairai:)je te salue:)

  6. Merci merci merci.
    Les blogs, c’est tellement plus intéressant à lire que les papiers de la criticature.
    Ce matin, le vôtre avait les honneurs du Monde.fr. C »était à propos du 9.5, et j’étais content pour vous, et fier aussi de vous, moi qui viens de Bagneux, un 9.2 très chaud déjà du temps de mon adolescence.
    Je vous suivrai.
    Gilles L.

  7. hou là là, les mots m’en sont tombés et le livre aussi! j’ai tenu jusuq’à la fin de la première partie – le premier mariage – et dépité déçu j’ai fermé le livre, me suit jeté sur un sudoku – grille difficile – qui m’ a résisté, me suis endormi – j’étais dans le tgv – et ai oublié le roman dans le filet. Rentré chez moi j’ai pris un bon Michel Tremblay pour me laver les cellules lectrices. Je n’y ai pour ma part trouvé que chichiteries, je n’ai absolument pas été séduit par le style – ce mec se regarde écrire – : longues phrases, mots precieux utilisés en décoration. Bon j’irais pas plus loin. Si t’aimes pas n’en dégoute pas les autres!

  8. Je félicite la qualité et l’objectivité de tes critiques,
    merci de m’avoir fait découvrir « la conjuration des imbéciles » un délice…
    Je suis également séduit par cette critique et donc Gilles Leroy sera bientot dans ma bibliothèque, merci, et bonne continuation

  9. :salut:
    le style de gilles leroy est très particulier ,mais je m’y fais vite .Les phrases sont en général longues ,avec des incises .Cet écrivain a un génie du rythme .Il raconte des histoires mi- ordinaires ,mi – extra-ordinaires

  10. je continue sur grandir :le désir y est partout ,même et surtout quand on ne s’y attend pas C’est un des charmes de ce livre.L’écrivain est tout proche ,il ne parle pas de lui(quoique …) mais de sa façon de voir ,indifférente ou distanciée pour les êtres qui ne le concernent pas mais touchante ,complice ,très proche pour ceux qui le concernent .Un vrai plaisir .
    poloka

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