Arménie

Dans ce bouquin de Claude Izner que je viens de terminer, on peut aussi lire dans cette fameuse postface, qui conclut le roman par les faits historiques qui ont jalonné l’année 1893 :

L’Asie Mineure aussi, c’est loin. Là-bas, un massacre se prépare. Il se produira bientôt, méthodiquement, planifié par une série de lois discriminatoires, prélude à la sanglante barbarie du XXe siècle. Qui a entendu parler de l’Arménie ? Qui se soucie de l’Arménie, cette région de haut relief située entre la Transcaucasie et le plateau d’Iran ? Cinq, six millions d’habitants, presque tous chrétiens romains ou grégoriens. En 1878, le Congrès de Berlin a créé une Arménie turque (Erzeroum, Trébizonde, Van, Bitlis) et une Arménie russe (Erevan, Kars). A l’instar de tous les peuples colonisés, des patriotes forment des comités pour préparer la résurrection de l’Arménie russifiée en une nation indépendante. Le tsar Alexandre III réprime cette aspiration d’autonomie et fait déporter les opposants en Sibérie. Les églises, les écoles de rite arménien sont fermées, l’orthodoxie imposée par la force.

Le sultan de la Sublime Porte franchira le pas. A partir de 1890, Abdhülhamid II inaugure un régime de terreur. Il vise deux buts : faire régner l’Islam et se rapprocher de la Russie. Son plan est simple, il consiste à supprimer la question arménienne en supprimant les Arméniens. Il déchaîne contre eux leurs voisins kurdes, remplace les fonctionnaires chrétiens par des musulmans, impose l’islamisme, emprisonne ou bannit des évêques et les prêtres, alterne confiscations, pendaisons, pillages, incendies. En deux ans, 1893 et 1894, plus de trois cent mille Arméniens sont assassinés.

L’Europe flétrit ces horreurs. Des mots, des déclarations, des discours. L’Europe est trop divisée, trop indifférente pour se montrer efficace. Le successeur d’Abdhülhamid II, son frère Mehmet V, reprendra les tortures et les tueries en 1910, 1912 et 1915. A la fin de l’année 1918, la Turquie a éradiqué l’obstacle arménien. Plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants ont été exterminés, deux millions ont émigré à l’étranger.

On retrouve dans le bouquin un personnage arménien, juste un clin d’oeil de ces auteures pour signifier leur implication et leur opinion sur un fait avéré que la plupart des français ignore encore. Et moi aussi avant de rencontrer ma collègue, et aujourd’hui copine, Naïri (Quel joli prénom !! C’est elle, vous savez, qui veut me maquer parfois !), je n’en savais pas grand-chose. C’est en la fréquentant que je me suis un peu plus intéressé à l’histoire de ce pays, une histoire plus longue et aux racines qui remontent plus loin que la majorité des pays européens, et qui est la première nation à adopter le christianisme comme religion d’état.

On ne parle vraiment pas souvent de ce génocide, et le fait qu’il ne soit pas encore reconnu par la Turquie n’aide évidemment pas. J’ai trouvé que le texte du roman résumait brillamment cet épisode funeste arménien, et je tenais à en parler au moins une fois.

J’ai été très surpris aussi de découvrir que cette communauté avait une association gay et lesbienne plutôt bien organisée, AGLA, avec des antennes dans pas mal de pays (et, évidemment, surtout les pays d’émigration des arméniens). Je suppose qu’il s’agit un peu d’une double difficulté pour ces arméniens qui gèrent déjà une histoire passée douloureuse et marquée par la diaspora, mais aussi un peuple aux moeurs plutôt machos et homophobes.

‘tain en plus, sont pas mal les arméniens. ;-)

3 Commentaires

  1. Génocide arménien : bien sûr qu’on en parle (peut-être pas assez),
    et on va en parler de plus en plus, je l’espère, pendant les années
    que dureront les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE.

  2. personnellement j’ai découvert ce génocide avec l’excellent  » Mayrig « , qui veut dire maman, et de sa suite » 386 rue paradis  » ( pas sure du 386, mais à part le chiffre le titre est exact ). ( http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=30479.html )
    ce sont des films ( télfilms ? ) avec richard berry, qui racontent l’arrivée d’un petit garçon en france avec sa famille ( tante et grand mère comprises ), pendant et après les horreurs du génocide arménien. ça détaille leur trajet, leur installation dans paris, la communauté arménienne parisienne et ses travers, ses souvenirs.
    tout est tiré d’une histoire vraie, puisque c’est Henri Verneuil qui raconte sa propre histoire à travers le personnage joué par Berry.

    je trouve ça fou d’avoir découvert qu’un génocide s’était déroulé aux portes de l’europe a la télé, plutot qu’en classe ou jamais ce fait n’est mentionné. mais les films ont au moins le mérite de constituer un témoignage personnel qui permet de propager ce savoir et d’éviter l’oubli. :roll:

  3. Le fait de n’avoir jamais parlé du génocide arménien dans les années 20 aurait fait dire à Hitler qu’il pouvait faire pareil avec les juifs, puisque personne n’avait bronché pour les arméniens!!!comme quoi, il est important de parler et d’imposer ce devoir de mémoire…il y a beaucoup de choses d’écrites la-dessus, notamment les ouvrages de Yves Ternon sur les génocides en général, et leur négation..très instructif, et si vous avez l’occasion d’assister à une de ces conférences , allez-y, il est passionnant.
    en ce qui concerne l’homosexualité en Arménie, ele est condamnée et je pense réprimée (à vérifier). je connais un arménien qui a utilisé ce motif pour demander l’asile politique en France,alors qu’il était hétéro…why not ? mais j’espère pour lui que sa demande aboutira et qu’il n’aura pas à retourner en Arménie…

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