A history of violence

Du Cronenberg caché dans un film américain de base, qui se présente sous les plus mauvais augures comme un téléfilm M6 du dimanche après-midi, mais qui révèle peu à peu à travers les fêlures de ses personnages les thèmes chers au réalisateur. Le film prend alors consistance tout en restant en surface une oeuvre au scénario plutôt convenu. Mais les scènes de sexe, de meurtre et l’épaisseur psychologique des personnages viennent donner beaucoup d’intérêt au film.

L’histoire se déroule dans une petite ville américaine toute calme, sereine et qui fleure bon « l’American Way Of Life ». Tom (très bon Viggo Mortensen) gère un diner dans cette ville et est un parfait père de famille, mari et amant. Un jour, le restaurant se fait attaquer par deux malfrats, et Tom les abat avec la dextérité et l’habileté d’un tueur professionnel. Il est alors repéré par des mafieux de Philadelphie qui croient reconnaître un ancien acolyte enfui il y a des années. Cet accès de violence inouï, qui a pris Tom, plonge toute la famille dans le désarroi et change leurs rapports.

Les comédiens et comédiennes sont vraiment excellents et on sent aussi une direction d’acteur à la hauteur. Il n’était pas facile de jouer sur un scénario tellement classique tout en étant crédible à la fois dans les scènes convenues que dans celles qui sortaient du moule. On retrouve la patte de Cronenberg dans la manière dont il est capable de distiller la violence dans ses plans et ses images. Lorsqu’un type se prend une balle dans la tête, sa cervelle coule irrémédiablement par ce qui était son nez dans un bruissement de chairs insupportable. La violence est d’autant plus choquante et virulente qu’elle tranche complètement avec des scènes du quotidien neuneus au possible. J’ai été surpris et conquis par les scènes de sexe, les deux étant très différentes et fascinantes (je ne peux pas en dire plus sans en révéler trop).

Non seulement la crudité des scènes est assez inattendue dans une ambiance aussi austère et pudibonde, mais elle participe aussi à cette démonstration de la violence qui déchaîne ensuite les personnages. La seconde scène notamment est extraordinaire car en deux minutes les protagonistes mêlent viol, consentement, amour, jouissance, blessures, rejet, et tout cela avec une crédibilité inouïe.

Ce n’est pas le Cronenberg du siècle, mais il y a clairement un truc.

A history of violence

12 Commentaires

  1. En tout cas, la morale est top:
    On peut mentir à son conjoint d’amour, lui cacher plein de choses, pi a la fin, l’autre t’excuse quand même….
    C’est finalement ce que j’ai trouvé de moins réaliste dans le film..

  2. Ouh la la ! Je vais pas être tellement d’accord là ! Le génie de Cronenberg c’est de s’approprier ce qui à la base est tout de même une bonne commande de studio, et d’en faire un objet filmique complétement abouti, une grande leçon de cinéma, sèche comme un coup de trique, où rien ne dépasse, où tout est justifié. C’est de l’orfèvrerie, du ciselé, un petit bijou de cinéma d’auteur dans un écrin luxueux,une tranche de vie épurée des scories habituelles à ce genre de film (film de genre), un regard sans complaisance de la part d’un réalisateur qui est tout sauf un moraliste ou un moralisateur (il donne a voir, il laisse son spectateur réfléchir -c’est trop rare !- sur la violence, bien sur, mais aussi sur la schizophrénie, sur le paraître, sur les « convenances »…

    Casting formidable, photo, musique, rien à redire : scotché !

    sinon pour faire maître Capellovici : dinner avec les 2 « n », c’est pour désigner l’action ou le moment, exemple : « let’s have dinner together tomorrow! »:love:. En revanche, le lieu, si cher aux américain, le « Diner », qui est l’équivalent (si tant est qu’il y en ait un !) de notre bon vieux routier, s’écrit avec un seul « n », et se prononce « Daïneur » :cool:

  3. Bof, je ne suis pas aussi emballé que toi. Je me suis pas fait chier mais c’était limite. Beaucoup trop de longueurs, surement pour installer une ambiance, pour au final avoir un pétard mouillé.
    C’est pas le Cronenberg du siècle comme tu le dis !

  4. Ce film de Kronenberg est sublime. C’est le plus beau après Naked Lunch d’après moi. C’est fou qu’il n’est pas eu la palme d’or et la palme de la mise en scène. Quand je vois les commentaires élogieux pour le film de Woody Allen et ce qu’on dit de ce film, je ne comprends pas …

    En même temps, quel plaisir de voir que certaines personnes ont été également sensisles et ont vu les mêmes choses.

    C’est vrai que les deux scènes d’amour sont superbes. La scène avec le phantasme un peu débil et convenu de série B – mais qui fait partie de la vie aussi – et la seconde scène faite de pulsion sexuelle incroyablement réaliste. C’est comme la scène d’amour entre les deux frères qui se touchent, se frottent, se reniflent qui exprime une grande tendresse dans un décor complètement kitch.

    Ce qui est particulièrment beau, c’est que généralement, on oppose la Force à la Violence. La force est sociale, bonne, légitime et légitimante, organisée etc. et la violence est l' »hybris », hystérique, soit individuelle soit propre à une foule furieuse, injuste et sacrificielle.

    Et là, on voit que le surgissement de la violence est sain et fait partie de la dignité de l’individu. Qu’il y a des moments où elle s’exprime naturellement et légitimement et qu’elle est une tendresse pour soi et pour les autres.

    Dans la plupart des films, on voit le spectacle (faux) de la violence, rarement la violence est filmée (sauf G. Noé etc.) et ici on ne la voit pas non plus (on a pas le temps de voir les coups), on voit simplement son surgissement naturel dans la vie et ses conséquences à court et long terme diffuses.

    Je ne sais pas si Cronenberg a lu René Girard mais Girard devrait voir les films de Cronenberg (il en ferait sûrement un miel délicieux)

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