Les pluies ne durent jamais en Ecosse

Cédric est un des blogueurs que je lis et j’estime depuis un certain temps. Ce journaliste et animateur radio belge vient de publier son premier ouvrage, et il m’en a fait parvenir un exemplaire. J’ai donc eu la chance de le découvrir en avant-première. Je lisais déjà avec attention certains posts de Cédric qui avaient un peu décontenancé les lecteurs, il s’agissait d’extraits épistolaires qu’on pouvait subodorer de Cédric à un mystérieux inconnu. Au final, on se rendait compte avec un peu de jugeote que notre blogueur jouait les romanciers épistoliers pour notre plus grand plaisir (et pis c’était un peu olé-olé de temps en temps, huhu). Il a utilisé ces textes pour ce bouquin qui est un roman assez court, et énigmatique de prime abord. Beaucoup moins mystérieux pour moi qui était un « initié » de ses écrits et fictions.

Carl est un écrivain à succès, un écrivain gay, belge et tout juste trentenaire, qui est en couple depuis longtemps. Ce dernier rencontre un type dans un lounge d’aéroport alors qu’il se rend dans le sud de la France pour se ressourcer un peu. L’inconnu est un lecteur de ses romans, et Carl tombe sous le charme du garçon qui lui donne son mail. L’auteur (et narrateur) adresse à son mystérieux lecteur une série de missives électroniques qui restent sans réponse (ou même prouvent que l’adresse n’est pas valide). Et l’on suit ainsi sur un peu plus d’une centaine de pages les errances romantiques et existentielles du romancier.

Le roman est très découpé avec une succession de petits paragraphes plus ou moins bien enchaînés et qui donne un rythme syncopé assez agréable à la lecture. Surtout l’auteur y délie une plume au style très alléchant. J’aime beaucoup sa manière d’écrire, ses métaphores, ses pointes de crudité ou de sexe qui ne sont jamais scabreuses, l’incursion de dialogues : intérieurs, rêvés, fantasmés ou fabulés. Cette virtuosité sert un récit introspectif mais parfois un peu aride. Je suis habitué à des structures romancières plus classiques et rodées, donc j’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire, et à en suivre le fil. Je suis aussi plus familier d’intrigues denses et de personnages truculents (comme le prouve la majorité de mes lectures). Néanmoins ses tergiversations romantiques (car torturées) trouvent un écho en moi car il émane une sincérité touchante de l’auteur, et une certaine simplicité dans ses désirs et ses questionnements.

J’ai eu un peu plus de mal dans le fond avec des préoccupations redondantes telles que la mort du pape ou la religion, qui m’ont un peu dérouté (dans mon fervent anticléricalisme).

Cédric allie une plume impeccable à un sens aigu du réel, j’ai beaucoup aimé cette alternance entre propos abstraits et considérations pragmatiques. Son style, riche et souple, donne une bonne fluidité au récit même si certaines maladresses viennent un peu le grever de temps en temps. Un très beau premier roman.

Les pluies ne durent jamais en Ecosse - Cédric Godart

10 Commentaires

  1. Merci pour cette revue franche et nuancée. Ce qui m’amuse toujours, c’est de voir que la position du lecteur peut varier selon le parcours, l’histoire : certains sont ennuyés par la présence redondante de la crudité du sexe, d’autres n’y trouvent rien à redire mais fustigent le cléricalisme un peu malsain du narrateur :-)
    Pour info, le roman est en vente en ligne aux Editions Romaines http://www.editions-romaines.com ou sur mon blog. Il sera en librairie en Belgique le 2 janvier. Pour la France, la date reste à définir. Quant à la très sobre couverture intérieure (ci-dessus), elle se maquillera de manière plus sulfureuse une fois en librairie… Il faut… comment dire… rompre avec la 4e de couverture :-)
    MERCI Matoo.

  2. Suis aussi un « supporter » de Ced. Belle lecture de son livre … très enraciné dans l’histoire vécue ou rêvée de l’auteur, comme la plupart des premiers livres … Personnalité riche, éclectique, kaléidoscopique … Voix à nulle autre pareille …;-)

  3. Le hasard des choses… Je viens à l’instant de croiser Cédric dans le couloir de la vénérable institution pour laquelle nous travaillons tous les 2. Ca faisait des mois que je ne l’avais plus vu. 3 minutes plus tard, v’là déjà des louanges sur son oeuvre. J’en ai lu les premières pages sur son blog. J’attends la suite. Et vivement son succès que je puisse publier la bio interdite de Cédric ! Héhéhé… Y’a du croustillant ! C’est moi qui vous l’dit ! Douce journée à tous (et à toutes aussi, allez, je suis de bonne humeur);-)

  4. Vous êtes bien gentils, mais ni sur le blog de Cédric, ni sur le tien, Matoo, on ne voit le nom de l’éditeur (ni celui, en clair, de l’auteur : on sait qu’il s’appelle Cédric). On voit le prix : 20 euros, et on devra attendre 2006…

  5. Tout cela est insidieux, donc forcément génial.

    J’ai eu l’immense chance de lire l’entièreté du livre et de suivre certaines étapes de sa création.

    Une lecture qui se recommande à ceux que l’introspection ne déroute pas quand les mots suivent les sentiments plus que les actions; c’est de la complexité des errances suivies par les personnages et de l’intrication entre une vie réelle – avec ses faits et sa continuité intrinsèque – et une vie imaginée, imaginaire, qui ne demande pas à se taire, que naît l’histoire. Assurément deux textes qui reflètent les pensées et les états d’âmes d’un auteur qui sait se mettre à nu sans fausse pudeur ni perversion. L’apparition multiple du préfixe « intro » dans mon commentaires vous aura fait comprendre que, de l’introduction à l’introclusion, l’auteur nous prends par la main, si pas par la pensée, pour nous guider dans un cheminement intérieur où tout un chacun retrouvera sa propre part aisément.

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