Mes films à gens sensibles préférés

Il est drôlement difficile de déterminer les films qui ont le plus compté pour moi dans ce domaine. Et pourtant, dieu sait que les films sont des vecteurs essentiels pour se reconnaître, s’identifier, se rassurer ou transcender un peu ses peurs, ses désirs, ses envies. Certains films « pédé » ont donc été des catalyseurs importants dans mon évolution personnelle. Je fais l’impasse sur certains clins d’oeil à la « Celluloïd Closet » qui m’ont certainement marqués mais sans que je m’en rende vraiment compte. Malgré tout la scène de « Spartacus » (1960) entre Tony Curtis et Laurence Olivier m’avait un peu interpellé, et encore merci à Gore Vidal l’iconoclaste pour avoir manigancé cette subtile et trouble relation entre Ben-Hur (1959) et son pote Massala. Quand on connaît un peu les opinions de Charton Heston, c’est assez irrésistible.

Le plus drôle c’était de regarder ça avec mes parents qui n’y voyaient que du feu à l’époque, et encore maintenant. A part peut-être Rock Hudson qui fait l’unanimité, mes parents ne savent même pas que Jean Marais n’était pas trop versé dans les dames. A peine s’ils voient des homos dans « Victor Victoria » (1982), c’est dire !

Je n’ai pas cité « Philadelphia » (1993), car même si je considère que c’est le premier film avec un personnage gay qui échappe aux caricatures grossières que j’ai vues, mais qui ne m’a pas permis de m’identifier plus que ça. Ces pastiches outranciers peuvent parfois me plaire comme « La cage aux folles » (1978) qui reste un film qui me fait mourir de rire, ou bien encore le même Michel Serrault en César follissime dans « Deux heures moins le quart avant Jésus Christ » (1982). « Tenue de soirée » (1985) reste un film coup de poing dans le genre traitement de l’homosexualité, disons qu’il évoque en effet sans hypocrisie ni litote le sujet, mais que ce n’est pas spécialement un film où je me suis identifié. :mrgreen: Les « Roseaux sauvages » (1994) est une première étape importante, un film qui m’a aussi plu, et une oeuvre marquante pour beaucoup d’homos, un peu moins pour moi cependant.

Je me suis tâté pour « Tu marcheras sur l’eau » que j’ai vraiment beaucoup aimé, mais dont l’homosexualité n’est qu’un prétexte supplémentaire. Ce film est d’ailleurs certainement représentatif d’une nouvelle tendance plutôt salutaire. En effet, les films tendent aujourd’hui à explorer l’homosexualité dans des contextes un peu plus larges, et finalement reflétant une meilleure acceptation par la société, mais aussi une implicite reconnaissance (la phase purement pédagogique est à priori terminée). Il y avait aussi « Mysterious skin » (2004) qui aurait pu avoir sa place ici, mais il m’a moins touché personnellement que « Tarnation ».

Donc, j’ai cherché à identifier et répertorier les cinq films qui m’ont marqué, qui m’ont interpellé dans leur évocation de l’homosexualité, qui sont un peu tout ce que je suis (de près et de loin), que je montre à mes proches ou que je conseille à ceux qui se cherchent.

Dans l’ordre, nous trouvons donc :

Beautiful thing (1996)

Get Real (1998)

Priest (1994)

Priscilla, folle du désert (1994)

Tarnation (2003)

Il est à moitié étonnant de constater que j’avais entre 20 et 22 ans quand j’ai découvert ces films (sauf pour Tarnation évidemment que j’ai chroniqué dans mon blog). A « moitié » car je n’arrive pas à savoir si le fait d’avoir été marqué par ces films est lié à l’âge que j’avais à l’époque ou à ces productions dans l’absolu. Y a-t-il eu une période propice à l’émergence de ce genre de films (cette phase pédagogique dont je parlais ?) ou bien ai-je simplement été plus réactif et sensible à leur diffusion à l’époque ? En outre, pour « Beautiful thing », « Priscilla, folle du désert » et « Priest » j’étais expatrié à Newcastle (UK) pour mes études à l’époque (de mes vingt ans, 1996). Je passais alors tout mon temps libre au « Tyneside café » et au cinéma indépendant attenant du même nom, où je reluquais un affriolant serveur (je ne lui ai jamais parlé… ah là là, et je me suis même fait percé l’oreille comme lui en souvenir avant de partir). Ces deux films m’ont donc fait une impression majeure et durable, aussi dans le contexte où je les ai vus. J’étais sans ma famille, et je commençais tout juste à expérimenter la vie et la culture gays (et la boite pédé du coin, le Power House, où Jimmy Sommerville avait voulu me violer sur place. Arf.).

Je n’ai pas non plus mis « Pourquoi pas moi ? » (1998) alors que je l’ai vu à la bonne période et que son sujet était incroyablement militant pour l’époque. 1997 avait vu une EuroPride à Paris avec 300 000 pèlerins qui remuaient leurs fesses en choeur, et on a eut droit à ce film l’année suivante avec pas mal de comédiens qui allaient se révéler ensuite : Julie Gayet, Amira Casar, Bruno Putzulu (en pédé footballeur irrésistible), la pétulante Brigitte Rouan. On trouvait aussi en acteurs pas inconnus du tout : Marie-France Pisier, Jean-Claude Dauphin, et le couple d’enfer : Elli Medeiros et Johnny Halliday (les deux très mauvais mais très drôles au final). Toutefois c’est un petit film pas extraordinaire en dehors de son sujet joliment traité : le coming-out. Il a beaucoup de charmes cependant, et représente surtout pour moi le souvenir d’une certaine époque.

Revenons à nos moutons…

Beautiful thing (1996)
Ce film est un petit chef d’oeuvre de délicatesse, d’humanité, d’humour et de sentiments profonds sans mièvrerie, que seuls les anglais (et Channel 4) savent créer. C’est pour moi le premier film qui met en scène les affres et bonheurs des premières relations homos. Un film qui dose incroyablement bien les émotions, à travers une histoire d’amour simple et superbe entre deux adolescents qui découvrent leur attirance réciproque, et décident de la vivre pleinement. Deux ados moyens, pas beaux, pas moches, juste comme nous quoi, qui se découvrent et doivent faire face à leur famille et leurs propres préjugés sur l’homosexualité.

Beautiful thing

Get Real (1998)
« Comme un garçon », en français, est un film dans la lignée de « Beautiful thing » et encore une belle production britannique. Le narrateur et héros, Steven, est homo et flashe sur un de ses camarades sans grand espoir. Mais contre toute attente, le bellâtre du lycée lui tombe dans les bras. Le thème du coming-out et des difficultés de vivre son homosexualité à l’adolescence est largement évoqué, et avec la même finesse que « Beautiful thing ». On y retrouve aussi les prémices de l’humour et des personnages secondaires hauts en couleur de « Queer As Folk » (1998 aussi).

Get Real

Priest (1994)
Et un film anglais de plus, toujours une production Channel 4, qui évoque la curieuse destinée d’un jeune prêtre (un Linus Roache, rhaaaa lovely !), plutôt orthodoxe, qui se débat entre ses désirs homosexuels, le secret du confessionnal où une jeune fille lui révèle un inceste, l’autre curé de sa paroisse qui est gauchiste et couche avec la gouvernante. Tout cela est adroitement articulé sur un thème social cher au cinéma anglais de ces années, avec une paroisse de Liverpool aux fidèles plus que modestes et pas vraiment gay-friendly. On y retrouve d’ailleurs deux acteurs britanniques familiers de ces films anglais qui ont eu beaucoup de succès : Tom Wilkinson et Robert Carlyle. La scène finale de « Priest » est un truc assez dingue qui ne peut vraiment pas laisser indifférent.

Priest

Priscilla, folle du désert (1994)
Aaaah film cultissime évidemment, le film queer par excellence, un OVNI drôlissime, pédale à 300%, revisitant tous les standards gays musicaux à travers trois drag-queens (dont un trans) en vadrouille en Australie dans un bus (surmonté d’une chaussure à strass géante d’où un drag chante la Traviata ! Rien que ça !). Et en même temps, le film n’est pas doté d’un scénario débile et distille quelques messages bien sentis. Je me souviens de la tête de mes parents quand ils ont vu que le rôle du trans était joué par un comédien habitué des personnages de gros durs machos : Terence Stamp (qui se débrouille carrément bien). Les deux autres drags sont interprétées par des acteurs qui sont un peu plus connus aujourd’hui : Guy Pearce (Memento) et Hugo Weaving (l’Agent Smith de Matrix ou Elrond). Un de ces films qui ne donnent pas une bonne image des gays, ce qui me va très très bien.

Priscilla, folle du désert

Tarnation (2003)
Un film qui ne parle pas directement d’homosexualité mais son auteur-réalisateur-acteur-narrateur-héros ayant mis de son essence même dans cette oeuvre, on en retire une évocation à la fois absente et permanente. Et j’ai été énormément sensible à la manière dont il en parlé dans son film, et je considère que ce n’est pas du tout anodin. J’en parle plus largement dans le post en question.

tarnation

36 Commentaires

  1. Et il n’y a même pas « Happy Together » ? Le premier film à raconté une histoire d’amour entre 2 garçons sans insister sur un quelconque problème quant à la sexualité des protagonistes ? Franchement : tu me décois! :-( … mais non je rigole, mais faudra quand même que tu le vois avec moi :kiss:

  2. Vies brûlées, film argentin.
    Madame Sâta, film brésilien
    Regarde les hommes tomber, de Jacques Audiard, pas un film homo mais les relations masculines y sont trés troublantes.
    Le secret de Brokeback mountain, en janvier au cinéma.

  3. Choix délicat et personnel, oeuf corse… Mais c’est vrai, « Happy together », « The wedding Banket », et surtout « Maurice » (de James Ivory), THE perle (à mes yeux, ok) ou encore plus loin, dans le déjantage inconnu : « Les aventures de Theodore Lindberg » :petard:

  4. Tombé par un curieux hasard sur ce blog j’ai un peu farfouillé … tout ca pour dire que Priscilla queen of desert est un film qui dépote (trés drole et même plus que ca mais aussi un peu traumatisant, la tentative de viol par les bouseux m’a traumatisé je dois dire). Puis bah merci à Matoo d’avoir une vie passionante, ce blog, avec l’aide d’Audrey Hepburn (sur Arte mais c’est bientot fini) transfigure ma soirée ! Au moins !
    :gene:

  5. Ah mais j’ai fait l’impasse sur plein de films que j’adore comme My beautiful launderette, Happy Together (en effet), et oui Madame Sata qui est génial. Mais il fallait choisir, j’ai choisi. :-)

  6. Entièrement d’accord avec cette excellente liste!
    « Beautiful thing » m’a littéralement rendu muet pendant 2 jours… mes parents ne comprennaient pas pourquoi (j’avais regardé le film dans leur dos!) mais moi, je SAVAIS pourquoi.
    J’ai aussi balancé, coup sur coup, à mes parents « In & Out », « L’homme est une femme comme les autres » et « Pourquoi pas moi » pour les préparer mentalement à mon coming-out, à l’époque! J’étais diabolique de perfidie! Ma mère avait un peu capté.. mon père, pas du tout! :langue:

  7. oh mon dieur Hugo weaving maintenant que tu le dis, ça me fait comme un flash !!! je n’avais pas fait du tout le lien avec lui dans matrix :eek::eek::eek::langue: :petard: .

    je n’ai pas vraiment vu les autres films, mais priscilla folle du désert a été assez un film fondateur pour moi aussi a l’époque, pour d’autres raisons bien sur. Il est plus profond qu’il n’en a l’air, je trouve d’ailleurs qu’il a des petits airs de quête initiatique, ou ils en apprennent beaucoup sur eux mêmes. une film génial.

  8. c’est bizarre que parmi les films que tu retiens, tu cases Priest qui dans mon souvenir est un navet de première. Pour le reste, plus ou moins d’accord. Je suis plus Roseaux que Jolie chose, mais ne chipotons pas.

  9. ah, sinon, en effet, quelques oublis difficilement pardonnables: Garçon d’honneur d’Ang Lee et Peter’s friends de Branagh. Deux omissions majeures!!!!

  10. woua!je connais pas tous ces films mais je me souviens de celui qui m’a le plus marqué dans ma période pré-coming out c’est un téléfilm français « Juste une question d’amour » où je me suis le plus identifié et qui m’a aidé mais je ne me souviens plus du titre c’est un film suédois(je crois)il y 6 ans peut être, où 2 collégiennes tombent amoureuses malgré les préjugés évoquant ainsi la difficulté dès le plus jeune âge où les attirances sont trop dures pour faire abstraction ou comme si de rien n’était.

  11. J’ai trouvé c’est « Fucking Amal » sorti en 1998 qui a fait un carton en Suède, je m’y suis un peu identifié dans le cadre du collège où j’étais amoureux d’un mec et ça n’a pas été facile de le dissimuler sinon bon film car il s’agit de 2 filles ce qui change de tous ces films que l’on connaît où c’était des mecs mis en avant

  12. Heu sinon, il n’y a pas à être d’accord ou pas d’accord avec moi, ce n’est que mon avis. « Difficilement pardonnables » nan mais oh, ça va pas la tête ! Ce n’est pas un devoir sur table non plus !! :hum:

  13. « Priscilla, folle du désert » m’a réconcilié avec le côté paillettes du milieu gay. J’ai vraiment beaucoup aimé ce road movie bigrement contrasté.

    Pas vu les autres de ta sélection perso…

    étienne> Tu as réussi à nous mettre le Matoo en boule, Attention aux coups de papatte. Ah, ces jeunes! :mur:

  14. pour ma part, j’ai notamment été marqué par les films de Tsai-Ming Liang en particulier « Vive l’amour », et ceux de Téchiné : »Les Roseaux sauvages » mais aussi « J’embrasse pas ». Sinon, bien sûr, « Priscilla » est un film CULTE !

  15. Hum, je ne partage que Get Real.
    Sinon, Heavenly Creatures, Boys don’t cry, Les lois de l’attraction et les amants criminels me viendraient à l’esprit. Mais c’est marrant comme certains films sont labellisés « gay » et d’autres non, sans raison apparente. Par exemple, je n’ai jamais compris que Heavenly Creatures ne soit pas considéré comme un grand film gay.:hum:

  16. C’est à lire le peu de commentaires regrettant l’omission du fabuleux film « Maurice » de James Ivory (+- 1990) que je me dis que je commence à faire partie des plus âgés lecteurs de blog !

  17. le lot intello habituel… en voiture simone, on pete un coup et on se retape ‘Female Trouble’ :-), « Girls will be Girls’ o:love: ou du ‘Mutti, maman se la pete’ :pompom: ?

  18. Oscar> Figure toi que je suis peut-être encore plus vieux jeux que toi sur le coup… En effet, le livre « Maurice » fut un tel choc pour moi que je n’ai jamais pu accrocher tant que cela au film, qui pourtant est très bien. Mais pour moi, le bouquin de E.M. Forster est un monument qui a « changé » ma vie. Et ouai ! ;-)

  19. A Oscar (commentaire 22) : il y a ceux qui ont vu « Les garçons de la bande » comme moi et comme Bmovie (commentaire 6).
    A quand une encyclopédie du film gay ? Peut-être que cela existe. Au fait, personne n’a cité « Le baiser de la femme araignée ».

  20. Mieux qu’une encyclo du ciné gay : le bouquin exhilarant de Donald Reuter qui recense les films ‘hétéros’ récupérés par les gays : « Fabulous! » A Loving, Luscious, and Lighthearted Look at Film from the Gay Perspective »… Et la « Fiancee de Frankenstein’ est le summum queer. You go, girl ! :book:

  21. Me rajeunit pas tout ça. J’ai commencé avec Cruising (1980), pas exactement le meilleur choix mais c’était l’époque, pouf pouf, et je mesure le chemin qui a été parcouru ces dix dernières années. Merci Oscar d’avoir cité Maurice, un grand moment ça !

    La question qui tue : est-il plus facile aujourd’hui de se découvrir gay à l’époque de Queer As Folks ? (J’ai l’impression que oui, et on disait déjà ça de ma génération par rapport à la précédente).

  22. Big UP aussi :ok: a l’hysterique « Women in Revolt » de Paul Morrissey (1971), ou trois drags new-yorkaises pronaient la revolution sexuelle feministe et decidaient de devenir lesbiennes… répliques succulentes voire hilarantes devenues cultes chez les copines US :rigole: et Candy Darling, égérie warholienne, rentra au Pantheon du Transgenre…

  23. « Priscilla (…) Un de ces films qui ne donnent pas une bonne image des gays(…) »
    :joker:
    J’ai trouvé ce film magnifiquement époustouflement festif, généreux, sensible, fou, terriblement humain, et il m’a donné l’envie d’être un homme.

  24. Bon un peu de retard dans les commentaires…. Mais qu’importe !!:redface:
    Mais à ma décharge je continue encore à découvrir le tien qui est tellement fourni !!
    Ceci dit tout a fait d’accord avec toi Matoo… Beaucoup d’humanité dans BEAUTIFUL THING…. J’ai évidemment apprécié ce film avant tout pour cela…. Ca change des super productions hollywoodiennes formatées…

  25. Des films qui évoquent directement la fabuleuse thématique « homosensible » en voici :

    1991 – My own private Idaho de Gus Van sant

    1969 – Midnight cowboy de John Schlesinger

    2006 – Brokeback Mountain de Ang Lee

    et Garçon d’honneur de Ang Lee toujours…

    et des milliers d’autres qui apportent à l’identité « gay » et donc à l’humanité une richesse infinie d’images, de sons, d’amours.

    Kiss:kiss:

  26. – Maurice
    – Parting Glances
    – A long time companion
    – My beautiful laundrette
    – Antoher country
    – Torch song trilogy

    Très années 80-90 tout ça !
    C’est ça d’avoir la quarantaine !

    Sinon, très peu accroché à Brokeback mounatain … à cause de la VF ? :boulet:

  27. Personne n a cité le film espagnol KRAMPACK … mon film prefere !

    pour moi du meme niveau que beautiful thing !

    ensuite A toute vitesse et le clan de gaeel morel …

    et je finirai par Juste un peu de réconfort …

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