Paris Tout Court : Premiers Films Européens

Hier, j’ai passé un peu plus d’une heure et demie au festival « Paris Tout Court », où j’ai pu voir 6 courts-métrages dans le cadre des « Premiers Films Européens ». De jeunes et verts réalisateurs, donc, qui présentaient leurs films dans une salle malheureusement peu remplie. J’adore les courts-métrages et l’effet qu’ils peuvent produire sur un spectateur en quelques minutes. Ils sont exactement ce que la nouvelle est au roman, donc avec les mêmes qualités et moyens de séduire que leurs grands frères. Les courts sont aussi souvent des formats plus accessibles, et surtout moins chers, pour de petites productions et des auteurs en devenir.

Ils sont malheureusement négligés, et à part dans ce genre de festivals ou quelques salles, on n’a pas l’opportunité d’en voir souvent (ou sur les chaînes hertziennes entre 3 et 4 heures du matin ?). Et dans ce festival-ci passait le court-métrage d’un brillant blogueur qui a raccroché les gants il y a peu, mais qui continue à sévir sur le blog collaboratif d’une émission de radio tout aussi communautaire. ;-) Comme j’avais raté les précédentes diffusions, et que j’étais piqué de curiosité après avoir beaucoup lu sur cette première oeuvre cinématographique dans le blog de ce monsieur, j’ai quitté tôt le taf et j’y suis allé.

Voilà donc ce que j’y ai découvert…

« Cuadrilatero » (Quadrilatère) de José Carlos Ruiz – 16 minutes – Espagne (2004)
Quatre personnages dans une transitivité amoureuse insoluble : A (un prof de violoncelle) aime B (une jeune femme), qui aime C (un français marié expatrié), qui aime D (une violoniste), qui aime A (son ancien prof). De brefs chassés-croisés posent cette improbable situation, dont le déséquilibre ne peut que semer le trouble. Cette comédie dramatique possède pas mal de qualités de réalisation, de chouettes petits effets de manche qui soulignent quelques moments clefs. J’ai aussi remarqué la musique originale qui était particulièrement efficace. Les comédiens sont assez bons, et le scénario, intrinsèquement, suffit à accrocher le spectateur. Donc un bon court-métrage qui relève le défi avec charme et qualité.

« The rope » de Philippe André – 10 minutes – Royaume-Uni (2005)
Le genre de court-métrage que j’adore. Une situation étrange, un cheminement singulier et un dénouement aussi surprenant qu’il explique tout. Une femme se réveille, elle réalise qu’elle est attachée dos-à-dos avec un homme. Elle n’arrive pas à se détacher, tandis que l’autre se lève, et la traîne derrière lui pour se rendre on se sait où. Le décor est une sorte de no man’s land de vieux immeubles délabrés et de cours herbeuses. Le noir et blanc souligne encore plus cette situation incongrue. Le couple improbable croise pourtant quelques personnages encore plus hétéroclites, tels des clochards, ou des racailles qui les apostrophent. Pourquoi sont-ils ainsi attachés ? Quel est leur lien ? On le sait à la fin, et c’est énorme. Cette petite oeuvre a un charme fou, et tout en surfant sur une ambiance et une intrigue un peu absurde, elle dispense aussi tout un tas de questionnements bien concrets. Simple mais très efficace.

« Akasha » de Biljana Tutorov – 26 minutes – Suède (2005)
Aïe. J’ai eu un coup de barre pendant celui-ci. Je n’ai pas accroché du tout. Un enfant, en Inde, se rapproche de comédiens qui peignent leurs visages et corps en démons traditionnels. L’enfant apprend à dépasser sa peur d’un démon « rouge » qui semble le poursuivre. J’avoue que je n’ai pas bien compris le fond ou le sens de tout cela. Je pense que ça m’a bêtement échappé (et sur la longueur j’ai encore moins tenu le choc).

« Réminiscences » de Fanny Dal Magro – 14 minutes – Belgique (2005)
Suite à une rupture douloureuse, une jeune fille, qui est « nez » et compose des parfums, se réfugie dans une nostalgie toute olfactive en respirant les affaires de son ex, ou bien en se remémorant des odeurs. Mais un jour, elle réalise que les odeurs s’estompent, et affolée, elle tente de reproduire l’odeur de ce garçon. Elle veut emprisonner ces senteurs dans une fiole et se souvenir, toujours et encore. Voilà une intrigue originale qui place la mémoire olfactive en premier plan dans la passion amoureuse. L’auteur s’escrime donc à véhiculer le plus possible cette impression d’odeur et d’émanations à travers ses plans et ses jeux de caméras. L’essai est plutôt transformé, et j’ai suivi avec attention cette jeune fille qui se raccroche à son univers sensoriel à elle.

« Histoire à chuchoter » de Maxime Donzel – 9 minutes – France (2005)
Le plus court des courts-métrages de cette série n’en reste pas moins un des plus marquants. Dans le fond pour cette histoire totalement barrée et qui nous propose une singulière et charmante fusion entre conte de fées et film d’horreur. Dans la forme pour un format spécial (1.37, un vieux format d’avant les années 50 du à certaines contraintes technologiques… le format d’« Autant en emporte le vent » ou du « Magicien d’Oz »), un film « raconté » dans un cadre en papier, des personnages qui se détachent fantasmagoriquement du fond de l’écran et enfin une bande-son que j’ai trouvée simplement brillante.

Les personnages ne s’expriment pas vraiment, non comme le titre l’indique : ils chuchotent. Et tandis qu’une voix-off vient narrer une histoire, nous rentrons dans un conte de fées aux inquiétantes allures. Le décor est magnifique et sauvage, assurément la Bretagne. Nous sommes sur une île, et un enfant qui est élevé par sa grand-mère (qui a des problèmes d’oesophage, ce n’est pas anodin…), se plaint d’être seul et de ne pas connaître un seul enfant dans les parages. Une partie de l’île est prohibée, et un jour le gamin brave l’interdit en suivant un « truc ». Tout au long de cette oeuvre, j’ai été ébahie de la double lecture constante entre une histoire puérile et féerique, et des éléments d’angoisse totalement flippants. Et jusqu’à l’ultime plan, cette sensation bicéphale subsiste. Le cadre en papier avec son grain rassurant, les paysages aussi beaux que désolés, la grand-mère aussi rassurante qu’un croque-mort, sont autant d’éléments qui entretiennent l’ambivalence. Enfin le môme est adorable et a une vraie bouille de héros de films pour enfants, tandis que la manière dont les personnages sont découpés et comme collés sur la pellicule renforcent encore plus cette impression d’animation et d’enfance. Un peu comme si les poupées du films « Dolls » étaient des Barbies Mattel. Et la fin est terrible de chez terrible. Graaaaave.

Encore une fois, une mention spéciale pour la musique originale qui est excellente et très recherchée. En seulement 9 minutes, l’auteur a instillé une sacré force et originalité tant dans le fond que dans la forme. On sent l’énorme travail qui sous-tend cette petite production, et c’est agréable d’y rendre ainsi hommage.

« Quelque chose de mal » de Namir Abdel-Messeeh – 24 minutes – France (2005)
Nous sommes dans la France profonde, et un gamin d’une famille modeste, mais aux valeurs bien du terroir, vient de perdre son grand-père et se perd en conjectures par rapport à la religion. Il n’est pas triste car il pense à l’âme immortelle de son grand-père, tandis que ses parents se fâchent et ne comprennent pas qu’il trouble ainsi leur deuil. Le film est centré sur le personnage de l’enfant (qui joue plutôt bien), et sur la gangue protectrice familiale qui s’effrite pour lui, lorsqu’il remet en question des principes grâce à sa conscience de Dieu. La manière dont la famille est dépeinte, les décors et une manière de filmer sobre et dosée permettent de très bien rendre l’ambiance familiale d’une France rurale et traditionnelle. Par contre, je n’ai pas été hyper sensible à l’intrigue, et au déroulement de la narration. La réalisation manque un peu de souffle et de rythme, et au bout de 24 minutes, c’est finalement presque trop long.

Paris Tout Court 2006

8 Commentaires

  1. merci pour ce post interessant, j’espère retrouver quelque uns de ces courts (surtout ceux qui t’ont enthousiasmé)au festival de Clermont-ferrand, un must question court, un format que j’adore, j’ai pris des vacances pour y participer comme tous les ans depuis plusieurs années… si tu n’y a jamais participé je te le conseille vivement, il y regne une atmosphere particuliere, jouissive…:salut::-)

  2. « « Réminiscences » de Fanny Dal Magro » , ce que tu décris de l’histoire me fait fortement penser a un roman d’alexandre jardin … on y retrouve les mêmes élements, sauf qu’au lieu d’être une femme dans le roman c’est un homme. je cherche désespérément le titre, le petit sauvage peut être ?

  3. Hey, ça tombe bien, je compte y aller ce soir avec Fûûlion :). Je suis un super consommateur de court-métrages, au ciné, à la nuit blanche (aux divans du monde), et puis… « Die Nacht » !! Je sens que j’ai enfin trouvé quelqu’un à même d’adorer comme moi cette super émission d’Arte (la meilleure de la télé selon moi, même plus mieux que Paris Dernière), qui passe à 00h30 les derniers mardi (enfin, mercredi quoi) du mois, au cas vous ne le sauriez pas, chers lecteurs ;).

  4. Et quelqu’un l’a l’adresse de blog de ce msieur Donzel, s’il est toujours en ligne? J’ai vu ce court au festival de Clermont, je suis en train de bosser dessus, je l’ai trouvé vraiment intéressant, très efficace.

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