Dévider

Cette semaine, dure semaine de boulot où, de surcroît, je suis sorti tous les soirs, et donc rentré très tard. Rien que de très habituel, mais en y ajoutant des week-ends remuants où je ne me repose pas vraiment, j’en suis arrivé en milieu de semaine à une fatigue physique et morale qui m’a terriblement minée. Et quand je suis las comme cela, je me sens peu à peu prisonnier d’une gangue et me plonge doucement dans une neurasthénie bien vénéneuse. Simple explication de mon silence bloguesque de jeudi et vendredi.

Autant un corps affaibli est plus sûrement la proie des maladies, autant lorsque je suis fatigué mon esprit est plus apte à offrir des vagues à mon âme, ou de me donner du noir à broyer. Cette fois là aussi, j’ai commencé à ruminer, à avoir de sales idées de merde, et à me dire que c’était chiant tout ça. Putain de taf, putain de famille, putain de vie. Pfff. Et tout cela en sachant pertinemment que ça n’allait pas si mal en fait. Comme d’hab quoi !

En relisant un peu mon blog sur ce thème, j’ai retrouvé quelques notes qui évoquaient déjà ce même genre de crises passagères, et leur ressemblance est assez frappante. Je crois que j’ai toujours eu le même genre de blues et finalement trouvé tôt ce dont j’avais besoin pour y remédier. Ecrire, marcher seul dans les rues la nuit, passer un peu de temps chez moi seul. Aujourd’hui, je n’écris presque plus de poèmes (oui ça arrive tout de même parfois), mais je continue à relire ces vieux machins que j’écrivais il y a dix ans, alors que j’avais vingt ans à peine. Je me dis que les jeunes gens à la vingtaine balbutiante que je rencontre aujourd’hui sont drôlement moins niais et candides que je l’étais à l’époque (certains me confient même ne jamais être tombés amoureux, dingue !!). Mais ça me plait d’avoir ressenti ces choses là et de les avoir exprimées ainsi. D’autant plus que quelques vers ont toujours pour moi une valeur certaine :

L’attente et le temps soignent,
Mais la cicatrice reste.
L’aède retrouvera sa poigne,
Mais conservera un lest.

A son coeur, il sera pendu,
Et le prochain soupirant,
Aura à soulever l’objet pesant,
Pour raviver le sentiment déchu.

Ce n’est pas une fatalité.
C’est la vie qui s’exprime,
En toute simplicité,
En nous, elle s’imprime.

Jeudi soir, en rentrant tard d’une excellente soirée avec mes collègues/potes du taf, j’étais pourtant éreinté, mais impossible de fermer l’oeil. Comme cela m’arrive parfois, je me suis levé vers 3h du matin. Je me suis habillé, et à moitié ensommeillé, je suis sorti dehors. Il faisait froid et humide, j’ai mis mes écouteurs et j’ai marché. Dans ma tête, j’avais besoin d’entendre les inflexions et réflexions d’un mec encore plus malheureux que moi. Depuis que Freaky m’a fait découvrir ce mec (loué soit-il) dont je suis aujourd’hui fan, il est dans mes oreilles bien souvent. Antony (and the Johnsons), ne cherchez pas, il est plus malheureux que vous ! Et il en fait des albums fabuleux !!


Antony and the Johnsons – Bird Guhl

Cette nuit là, j’ai marché pendant un peu plus d’une heure. J’ai à peu près refait à l’envers mon trajet parisien initiatique en passant près de mes deux anciens appartements. J’ai donc pris la rue Saint Maur que j’ai remontée jusqu’au bout pour aller musarder jusque sous les fenêtres de M. (qui furent les miennes pendant un an) vers la rue des boulets. Vous savez le genre de torture rigolote qui consiste à en imaginer votre ex en train de dormir dans les bras de son nouvel amoureux… Et puis, j’ai repris la rue du Faubourg Saint Antoine jusqu’à Bastille, j’ai obliqué sur Richard Lenoir et je suis passé devant mon premier studio de la rue Saint Sabin. Je suis rentré chez moi en descendant par le boulevard Richard Lenoir, puis la rue Jean-Pierre Timbaud, et enfin l’avenue Parmentier jusque ma petite rue.

La musique me portait, me faisait exhaler un peu de ma tristesse sans fin et sans fond, me faisait à la fois ressasser et transcender, me trouver ridicule et tellement à ma place. Je crois que ces moments de n’importe quoi, de gestes stupides, démesurés et ineptes sont les nécessaires catharsis à mon caractère réservé et intérieur.

Et bien sûr comme toujours, l’amour est un sujet redondant… rhalala, je suis une midinette !


Minnie Ripperton – Inside my love

Two people, just meeting, barely touching each other
Two spirits, greeting, tryna carry each further
You are one, and I am another
We should be, one inside each other

You can see inside me, will you come inside me
Do you wanna ride, inside my love
You can see inside me, will you come inside me
Do you wanna ride, inside my love

Mon prochain soupirant… mes baisers lui useront l’épiderme jusqu’au sang.

Donc un petit week-end où j’ai finalement tout annulé, et où je reste relativement seul. A part un freaky nicy déménagement ce midi (je ne suis pas du genre à faire faux-bond dans ces cas là, quelle que soit mon humeur), et Diegito qui dort chez moi ce soir après sa soirée, je me repose. Je flâne, je lis, je me pose. Et j’écris. Toujours. Ab imo pectore.

18 Commentaires

  1. Ecrire. Et marcher seul dans la nuit … Deux introspections que je pratique, surtout lorsque le blues m’envahit. Un des trucs que j’aime beaucoup à Barcelone, en plus de l’ambiance de cette ville, c’est aussi le grand quartier de l’Eixample, avec le maillage de ses innombrables avenues perpendiculaires : très vite, dans la nuit, un coup à droite, un coup à gauche, on s’y perd tant les repères s’envolent, l’être urbain avance seul avec une sorte d’ivresse qui ouvre une autre dimension. Les pensées fusent, une énergie se dégage, le blues s’évapore … Woaw !

  2. Rhôô, faire le trajet jusqu’à ses anciens apparts, ça titille souvent la fibre mélancoli-nostalgique…:pleure:
    Pour remettre du beaume au coeur, il n’y a qu’une solution:
    Des bisous:kiss:, des bisous:kiss:, des bisous!:kiss:

  3. Pour te remercier de ce beau moment de mélancolie, je t’offre ces vers d’un grand poète italien, Sandro Penna:
    « Era la mia città, la città vuota
    all’alba, piena di un mio desiderio.
    Ma il mio canto d’amore,il mio piu vero
    era per gli altri una canzone ignota. »

    Traduction approximative:
    C’était ma ville, la ville déserte
    à l’aube, pleine de mon désir.
    Mais mon chant d’amour, d’amour vrai
    n’était pour les autres qu’un chant inconnu.

    C’est triste, mais c’est beau…

  4. J’ai un cd mp3 dans ma bagnole qui tourne en boucle avec 3 albums d’Antony and the Johnsons… j’y trouve beaucoup de sérénité.
    J’aime particulièrement You are my sister…
    Ils sont passé à Lille il y a quelques semaines…
    Mais je ne le savais pas.:mur:
    J’attends une autre occasion. ;-)

  5. Oulala ça donne envie de faire des calins au Matoo tout ça…pour qu’il ronronne un peu. Matoo, si tu veux je peux te prêter le Chondre: moi il me fait rire et y’a pas de raisons que ça marche pô avec toi. En plus il parait que je l’abandonne en ce moment (je fais dans la tapette militante): vous pourriez ainsi deviser sur le prochain opéra que nous allons voir (oué, on va voir Rigoletto).
    Tapiole ça devrait pas rimer avec rigole :lol:

    Bisous du Snooze (c’est Kitt qui risque d’être jaloux)

  6. Bonjour, ton blog est magnifique.
    Connais-tu les paroles de bird guhl, je les cherche depuis un moment pour un de mes articles de mon blog.
    Merci de bien vouloir me répondre, ça serait très gentil.
    Bizz.
    baudelaire54.skyblog.com si ça te dit d’aller voir.

  7. si je peux me permettre, fais la recherche suivante sur google.fr :
    -> lyrics « bird guhl
    Le 5ième lien devrait être le bon (MMMDI…)

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