La petite fille de Monsieur Linh

Ce roman est un drôle de challenge pour son auteur : Philippe Claudel. En effet, il s’agit de l’après « Les âmes grises », un bouquin qui a raflé maints prix et est un grand succès de librairie (en plus d’un film). Comme je n’ai lu ni ce bouquin, ni vu le film, au moins je pars vierge de toute comparaison. Et j’ai certainement bien fait, car ce livre n’est rattaché en rien à ce qui lui a précédé.

Monsieur Linh vient d’arriver sur une terre étrangère, certainement la France. Il arrive d’un long voyage en bateau de son pays d’origine, peut-être le Vietnam. Il est si vieux qu’il ne connaît même pas son âge ou son année de naissance. Tout ce qu’il a, et la raison pour laquelle il est là, c’est sa petite-fille d’une dizaine de mois, Sang Diû (« Matin doux »), dont les parents sont morts. Tout le monde est mort, donc il est parti avec elle.

Il est recueilli dans une espèce de centre pour réfugiés, il est collé là avec deux familles du même pays que lui. Il ne parle pas. Il est très taciturne et pense avant tout à sa petite fille. Il ne comprend pas la langue et le pays dans lequel il vient de débarquer. Les odeurs, le décor, les gens, les manières, tout lui est étranger. Il a très peur qu’on lui vole son enfant, ou qu’on le sépare de sa petite fille, donc il la veille constamment. Peu à peu, il sort du centre, et s’assoie dans un parc. Là il rencontre un veuf qui est un peu dépressif. Les deux hommes ne parlent pas la même langue, mais ils communiquent. Ils échangent beaucoup de choses non verbales. Les seuls mots qu’ils connaissent dans la langue de l’autre sont « bonjour », donc ils utilisent ce vocable unique pour tout.

Ce livre est très singulier, dans le fond comme dans la forme. Il est écrit de manière très simple et candide. Il pourrait presque raconter un conte pour gamins ou bien une fable. Et dans le sujet aussi, il prend pour héros un homme dont l’âge et la situation font qu’il ne se passe finalement pas grand-chose. Et pourtant, un charme fou se dégage de ces pages. Il arrive à suggérer mille évocations en fouillant dans la mémoire de ses personnages, il raconte peu de choses mais dont les échos et les conséquences ont de multiples retentissements dans l’esprit du lecteur.

L’auteur raconte donc les affres de la guerre et de la séparation forcée des peuples, de l’émigration vécue comme une sourde déchirure pour les personnes les plus âgées et fragilisées. Il fait comprendre avec beaucoup de talent la difficulté de l’incommunicabilité, non seulement linguistique mais aussi culturelle. Et du coup, il rappelle aussi par quelques scènes bouleversantes, l’universalité de certains sentiments, de la chaleur d’une main sur une épaule ou d’un sourire sincère. On ressent donc avec encore plus de force et d’émotion la manière dont Monsieur Linh tente de rétablir la communication avec ce Monsieur Bark, le seul être qui paraît « humain » dans cette jungle sans âme.

Un livre dont la simplicité des phrases a le tranchant d’un couteau bien aiguisé, et touche ainsi avec beaucoup de sincérité. Une écriture limpide qui sert à merveille cette fable des temps modernes dont la morale est le reflet d’une dure mais ineffable réalité.

Philippe Claudel - La petite fille de Monsieur Linh

21 Commentaires

  1. à lire ton article, on a l’impression que justement tu n’as pas saisi la chute…el le lisant, je faisais le meme commentaire que toi..et quand on m’a posé la question sur la chute en question, j’ai dit : mais non ce n’est pas possible..j’ai relu les 10 dernières pages..et là, j’ai réalisé que j’étais passé à côté!!!ce livre est extraordinaire comme il nous emporte dans la vision de Mr linh et de ce qu’il ressent…et on est aveuglé comme lui…c’est extraordinaire!!!un des plus beau livre lu récemment!!

  2. Grâce à Matoo ma bibliothèque se remplit de jour en jour… et je sens que ce livre de Claudel va bientôt se trouver entre mes mains! Juste pour dire que je ne laisse pas souvent de comm. néanmoins je viens regarder plusieurs fois par jour si une nouvelle note apparaît! :book:

  3. Sûrement un des plus beaux livres que j’ai lus en 2005… Certes j’ai moi aussi étais bluffé par la fin de l’histoire mais je me suis tellement attaché au personnage de Monsieur Linh pendant la lecture que j’étais heureux pour lui qu’après avoir perdu ses enfants et être exilé à l’autre bout du monde à la fin de sa vie il ait trouvé au fond de lui de l’espoir et de la vie. Cela ferait sans aucun doute un film magnifique…

  4. la chute c que en verité sang diu est morte o village et tao lai a pri sa poupé ala ptite pdt tte listoir la « fill » ne pleur pa ne mange pa ne fé rien et les gen se mok de mr linh car il tien une poupé:afro: etonan ossi apré laccident comme par hasar sand diu a rien et le vieu saigne alr ke la ptite est tomber par terre ehh oué c sa la fin c con nn??:cool:

  5. non à la fin Mr Linh n’est pas que blesser,il va mourir, quand Claudel dit: « c’est le début d’un très beau printemps » cela signifie que Mr Linh va retrouver sa famille (car ils sont tous morts), on peut aussi citer que Mr Linh « ne souffre pas », sous entendu qu’il ne souffre pas avant de mourir.
    Pour moi même s’il meurt, la fin parraît presque heureuse car il a l’air serain, il a son ami à ses côtés et il sait que e dernier s’occupera bien de sa « petite fille ».

  6. CouCou! moi j’ai bien aimé ce livre.
    c’est ma prof de francais qui nous a demandé de le lire!
    Dommage qu’il y est trop de répétitions, c’est sa qui rend la nouvelle un peu moins intérressante :pleure:
    Ciao :salut:

  7. Un magnifique roman qui parle de l’exil et du recommencement. A quoi s’accroche-t-on pour survivre quand on a tout perdu et qu’il faut pourtant continuer à vivre? Et un livre sur l’amitié, aussi, sur la capacité à créer des liens au-delà de tout langage. Une cigarette offerte, un bonjour accepté, une reconnaissance mutuelle… Le style de Philippe Claudel est minimaliste, et pourtant que d’émotion il fait passer. En quelques mots, il fait revivre le pays perdu de Monsieur Linh avec ses rizières, ses buffles, ses maisons sur pilotis. Puis le cauchemar du départ. Les personnages sont parfaitement construits, en quelques traits essentiels. Et quand on arrive à la surprenante fin de l’histoire, que je ne peux vous dévoiler, on mesure toute l’humanité qu’il y a dans le personnage de Monsieur Bark! C’est peut-être cela la clé de l’amitié : accepter l’autre dans sa différence et dans ses bizarreries…
    La petite fille de Monsieur Linh, un ouvrage à lire.
    Coup de coeur ♥

  8. ouais je les relus en savant que la petite fille était une poupée et on comprend mieux pourquoi elle ne crier jamais!
    mais bon je trouve sa pas mal de faire croire jusqu’a la fin que c’est un enfant bien réusis sérieuxx :ok:
    sur ce Ciao. ;-)

  9. Bonjour, je suis désolé de mettre un commentaire de ce genre ici, mais j’ai vraiment besoin d’aide .
    Je suis en 2°nde & j’ai une fiche lecture a faire sur « La petite fille de monsieur Linh » que j’ai beaucoup apprécier .
    En revanche, on me demande de dire ce que sont les contextes « social » et « mythique » ( http://blog.matoo.net/index.php/archives/2006/01/23/la-petite-fille-de-monsieur-linh/#commentform )ce que j’ignore pleinement . Pourriez vous m’aider ?
    Merci d’avance .http://blog.matoo.net/index.php/archives/2006/01/23/la-petite-fille-de-monsieur-linh/#commentform

  10. Bonjour, je suis désolé de mettre un commentaire de ce genre ici, mais j’ai vraiment besoin d’aide .
    Je suis en 2°nde & j’ai une fiche lecture a faire sur « La petite fille de monsieur Linh » que j’ai beaucoup apprécier .
    En revanche, on me demande de dire ce que sont les contextes « social » et « mythique » ( http://blog.matoo.net/index.php/archives/2006/01/23/la-petite-fille-de-monsieur-linh/comment-page-1/#commentform ) ce que j’ignore pleinement . Pourriez vous m’aider ?
    Merci d’avance .http://blog.matoo.net/index.php/archives/2006/01/23/la-petite-fille-de-monsieur-linh/comment-page-1/#commentform

  11. J’ai bcp aimé ce roman, mais je n’ai pas cmpris un détail sur « la petite fille » donc la poupée. Si vous pouviez me repondre, ce serai sympa.
    Enfet, on nous dis au début « à côté de la petite une poupée, sa poupée, aussi grosse qu’elle, à laquelle un éclat de bombe avait arraché la tête. La petite fille avait dix jours. » J’en ai déduit que c’est cette poupée que l’on croit être sa petite fille durant tout le livre mais dans ce cas là elle avait la tête arraché durant toute l’histoire? ca parait peu probable, et cmt pouvait elle avoir dix jours si c’était une poupée?

  12. J’ai lu le livre et m’en suis retrouvé boulversé, il a fallu que je le relise une deuxième fois pour accepter mettre fait « avoir ». Je note cependant quelques mensonges de la part de l’auteur pour parvenir à ses fins et berner le lecteur. Notamment page 21″…le froid colore ses joues… » curieux pour un un être inerte. Puis à maintes reprises: l’enfant ouvre les yeux, ferme les yeux… Là Claudel se met hors-jeu selon moi. Tout se joue et tout s’explique en revenant à la page 13. Et c’est là que je trouve que cette histoire est atrocement triste. La relation tant émouvante entre une petite fille et son grand pére n’est en realité que le fruit de la folie crée par une vision et une situation trop attroce, celle décrite en page 13. La petite fille pour laquelle on avait une veritable compassion et en qui on avait tant d’éspoir se retrouve la tête arrachée…Je ne vois en ce roman rien de réjouissant… Le dénouement de ce livre laisse tout s’effondrer tel un château de carte. Un livre à lire, et à relire, fabuleux, déroutant.

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