Les hommes jaunes

Je pense que c’est la première fois que je lis un auteur suisse, et plus encore un auteur suisse-allemand, Urs Widmer. Il s’agit d’un petit livre qui date de 1976 et qui m’a laissé une très bonne impression. Un mélange entre fantastique et mises en abîmes successives qui embrouillent le lecteur dans un premier temps. Puis peu à peu les choses se mettent en place, avant des rebondissements qui remettent en question les axiomes même du début ! Au final, j’ai souvent eu l’impression de lire un roman de K. Dick, l’auteur en a la manière de raconter, et les subtilités narratives, avec aussi cette douce(-dingue) tendance à la paranoïa.

On ne sait pas vraiment si le bouquin est fantastique ou s’il décrit la folie d’un homme, ou si c’est le monde qui est fou, et le narrateur sain. Ou alors est-ce le lecteur aussi qui a fini par sombrer ? Bref, ce bouquin vous fait délicieusement et vertigineusement glisser dans un autre monde, et c’est à mon avis parmi les sentiments les plus agréables de la lecture.

A la base, nous suivons deux auteurs de SF, le narrateur et son pote Karl. Ce dernier a publié toute une série de romans sur le thème de l’invasion de la Terre par des peuples d’Andromède. Les deux compères quittent l’Allemagne et se rendent dans la région de Bâle, dans une vieille baraque vide, perdue dans un coin perdu, alors qu’il neige et que les intempéries sont particulièrement inamicales. De temps en temps, quelques chapitres s’intercalent et ils différent complètement. Le narrateur est en couple avec une certaine Anna, et ils devisent sur le même Karl, comme si les événements du début étaient passés.

A mesure que les deux amis prennent possession de la maison, ils découvrent que l’étage du dessus est habité par un garçon et son père inventeur. Et encore plus mystérieusement, le sous-sol de la maison est occupé par de curieux personnages aux moeurs encore plus étranges. Une troisième couche vient encore s’ajouter quand le narrateur raconte certaines intrigues des romans de SF de Karl. On y parle d’andromédiens qui fomentent pour envahir la Terre. Il s’agit notamment de fabriquer des robots humanoïdes pour infiltrer peu à peu la société, et la préparer à sa colonisation. Et comme les japonais sont les plus simples à reproduire et imiter en androïdes, les robots ont l’air de japonais.

Le récit avance à tâtons avec des indices semés ça et là dans ces trois histoires parallèles, et on comprend peu à peu la situation. Tous les doutes sont alors permis… s’agit-il d’une invasion, de la vision paranoïaque d’un homme ou bien d’une situation banale sublimée par une imagination un peu trop vagabonde ?

Ce bouquin tranche franchement avec ce que j’ai lu précédemment, et ça m’a fait du bien de renouer un peu avec une littérature européenne un peu plus « riche » et moins facile à ingérer. En outre, je suis assez féru de ces ambiances à la K. Dick où l’on perd pied, et où les repères se troublent même pour le lecteur qui pense tenir les rênes. Ce n’est pas une grande révélation pour moi, mais une découverte sympathique.

Les hommes jaunes - Urs Widmer

9 Commentaires

  1. M.> J’ai encore du mal avec la nouvelle version de WordPress. ;-)
    Esculape> JJ quiiiii ? :-) Nan sérieux, je n’ai jamais lu JJ Rouseau. Mais il est exact que j’ignorais sa nationalité (je le croyais bêtement gaulois). :mrgreen:

  2. Et Friedrich Durrenmatt ? par exemple « La promesse » (adapté au cinéma par Sean Penn (The Pledge)) ou « La visite de la vieille dame » (monté régulièrement au théâtre à Paris) ou encore « La panne »
    A conseiller si tu ne l’a pas lu.

  3. Ah, mais il y a plein de bonnes choses à lire chez les auteurs suisses… Quelques suggestions: En allemand: Adolf Muschg, Robert Walser, entre autres. En français: Georges Borgeaud, Richard Garzarolli, Nicolas Bouvier, et bien sûr Blaise Cendrars.

  4. Cendrars écrivain suisse, c’est un peu abusif (écrivain français d’origine suisse, plutôt). Pour un suisse romand pur sucre, choisir Ramuz (ou l’étonnant poète qu’est Gustave Roud).

  5. Philippe[s]> En tant que Belge, je m’insurge contre cette attitude de récupération si typiquement française. Oui, je sais, Cendrars s’est fait naturaliser Français, de même que le Belge Henri Michaux, comme tant d’autres écrivains et artistes. N’empêche que leur inspiration doit ses racines profondes à leur terre d’origine. Bien sûr que j’aurais pu citer aussi Charles-Ferdinand Ramuz ou Charles-Albert Cingria, simplement je crois que les oeuvres de ces auteurs ne correspondent pas vraiment au domaine de prédilection de notre vénéré Matoo!

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