Les courants de l’espace

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de SF, et ça commençait à me manquer. Mon problème dans ce domaine c’est que j’en suis féru, mais d’une frange bien particulière. En effet, je n’aime pas les récits modernes avec de l’informatique ou des histoires de web, et je n’aime pas non plus la « Fantasy », non ce qui me correspond le plus, ce sont les auteurs américains des années 50 à 70. Donc en figure de proue : Asimov, K. Dick, D. Simak, Silverberg, Herbert etc. J’aime les récits de voyages dans l’espace mais surtout d’histoires dans des mondes extraterrestres qui ne sont que des prétextes à des critiques sociales « actuelles ». « Actuelles » car souvent il s’agit d’une actualité des années où le livre a été écrit (évidemment), et il est extraordinaire de lire entre les lignes la peur de la bombe atomique des années 50 dans des récits qui sont censés se passer dans des milliers d’années ou sur d’autres planètes.

Asimov est mon chouchou car j’ai dévoré toutes ses histoires de Robots, et j’ai un penchant particulier pour la Psychohistoire (et le cycle Fondation, même si ça devient trop chiant à la fin à mon goût). Donc je fouillais la keufna à la recherche d’un p’tit roman que je n’avais pas encore lu, et je suis tombé sur celui-ci : Les courants de l’espace. Quelle heureuse surprise, je l’ai lu en quelques heures, et comme d’habitude Asimov a pondu là une petite merveille.

La planète Florina est un des joyaux de la galaxie. En effet c’est l’unique planète sur laquelle on peut cultiver le Kyrt. Cette cellulose a de remarquables propriétés quand elle est correctement travaillée, et peut autant servir pour le textile, que pour remplacer des métaux ou du verre dans d’autres usages. Le Kyrt est une ressource qui est rare et donc très chère et courue, essentielle à l’économie galactique. Du coup Florina est tombée il y a des centaines d’années sous le joug de la planète Sark. Les Sarkites exploitent donc le Kyrt et ont réduit les floriniens à l’état de travailleurs soumis et respectueux, en les élevant dans la peur et la servilité, comme des citoyens de basses castes. Il y a beaucoup de manoeuvres politiques pour tenter de s’emparer de cette planète, et Trantor notamment qui possède un empire qui fait la moitié de la galaxie est très intéressé…

Un jour un spatio-analyste découvre que Florina risque un grand danger, mais ce dernier se fait mystérieusement psychosonder et perd la mémoire. Il est abandonné sur Florina et ère comme un demeuré. Il est appelé Rik, et est recueilli par une jeune paysanne, Lona, et le Prud’homme du village (le chef). Mais au bout d’un an, tandis que l’univers est toujours à sa recherche, il recouvre peu à peu la mémoire.

Ce roman ferait un remarquable film, de par ses personnages, sa construction et sa puissance narrative. Asimov est reconnaissable tant dans la structure de son récit que dans ce qu’il raconte. L’intrigue est passionnante et il est difficile de refermer le bouquin (pour aller au boulot, trop dur !) comme ça. Surtout, on lit clairement entre les lignes sa dénonciation du racisme (la complexion des indigènes est en question) mais aussi plus largement de la colonisation et de l’exploitation des ressources d’autrui… En plus des tractations politiques et machinations diplomatiques à l’échelle galactique qui ressemblent à s’y méprendre à nos propres défenses d’intérêt et machiavélismes économiques internationaux. (Putain, j’ai fait une sacrée phrase là !) Quand on réalise que c’est un bouquin de 1952…

Mais surtout ce qui m’a frappé c’est la ressemblance entre l’univers décrit par Asimov, avec notamment la dépendance économique de Florina, et celui de Dune et de l’Epice dans le roman de Frank Herbert. Même si l’usage n’est pas le même, et que le roman d’Herbert a une portée bien plus importante (une drogue qui ouvre à la prescience, et au final permet à ses junkies de voyager sans se déplacer… ça de la trouvaille !), on retrouve de frappantes similitudes. Et rajoutez à cela un petit côté « Total Recall » avec cette histoire de psychosonde qui efface la mémoire, mémoire qui revient peu à peu.

J’ai pensé que je n’étais pas le seul à avoir pensé à cela, et en cherchant un peu (kyrt+spice) je n’ai finalement trouvé qu’une occurrence à ce passionnant sujet ! (Honteuuuuuux ! Et par contre, je suis le premier français !) Mais c’est assez drôle, car on en dit finalement la même chose.

Kyrt, seemingly a very special kind of cotton, is important because it can replace anything, glass, metal plastic, given proper processing. Sounds much like Frank Herbert’s « Dune », the difference being that « Kyrt » is not needed for space travel, unlike the « Spice ». Still, everyone wants to have it for its versatility.

Et un type lui répond :

Sounds like a cross between Dune and Total Recall.

Et le premier précise, ce qui m’intéresse aussi, que :

Yeah, it does. Let’s see which one’s older.
« The Currents of Space » (Isaac Asimov) – 1952
« Dune » (Frank Herbert) – 1963
« Total Recall » (Philipp K. Dick) – 1966
(the original story is « We can remember it for you wholesale »)

Conclusion : Isaac t’as trop déchiré ta mère sur ce coup là encore.

En tout cas, plonger dans ce roman, et la tête dans les étoiles, m’a donné envie de relire de la SF. Il ne s’agit vraiment pas d’une littérature mineure pour moi, mais alors vraiment pas.

Isaac Asimov - Les courants de l'espace

24 Commentaires

  1. Une fiche de lecture et deux critiques de films d’un coup ! :shock: Mais Matoo, quand trouves-tu le temps de faire tout ça ? :eek: T’es en vacances ? T’es au chômage ?? T’es fonctionnaire ??? :rigole:

  2. je suis mille fois d’accord avec toi, c’est à mon avis un des meilleurs livres d’asimov, moins pénible que fondation (que j’adore pourtant), moins prétentieux que les robots et leurs avatars.

  3. Allons bon ! Un Asimov que je ne connais point ??!!
    Tiens, si jamais tu es en rade, voilà deux bouquins qui m’ont ravi, et qui me semblent correspondre à tes goûts de SF tels que tu les exprimes :

    La Trilogie d’Héliconia (ou son cycle ?) de Brian Aldiss (1982) : Héliconia est une planète de type terrestre qui évolue dans un système d’étoile double. Et c’est la grosse étoile, autour de laquelle Héliconia tourne lentement entraînée par la petite étoile, qui lui donne ses véritables saisons, au cours d’un cycle de 3000 ans…

    Printemps, Été et Hiver sont les trois tomes de cette trilogie. On suit l’évolution des « humains » vivant sur cette planète au cours des saisons, et la difficulté d’établir une civilisation stable lorsque d’autres espèces disputent la suprématie sur la planète…

    Et par là dessus, une station orbitale humaine de la Terre observe tout ça et suit son propre parcours…

    L’autre livre c’est L’Enfant de la fortune de Norman Spinrad (1985), et voilà un voyage initiatique futuriste qu’il est merveilleux :pompom: ! Non seulement c’est très bien traduit, le sabir futuriste multilingue est joyeux et généreux, mais les personnages sont haut en couleur, il y a de la beauté, de l’érotisme, de la drogue, des villes et des fleurs, on oscille entre dèche et richesse, on croise le dernier avatar de Peter Pan, et en définitif on découvre un futur tellement riche en possibilités qu’on n’ose espérer mieux pour l’humanité !

    Anyway, bonne lecture Matoo ! :book:

  4. Je l’avais lu il y a un an et demi, ce bouquin, quand j’étais en plein dans mon trip « Découvrons Asimov ». Je l’ai trouvé vraiment pas mal. En fait, je l’avais découvert dans l’anthologie de Fondation : Les courants de l’espace fait partie des « préludes » au cycle de fondation et forme, avec d’autres, une charnière entre Le cycle des Robots et Le cycle de Fondation. Il m’avait bien plu, en tout cas même si, malheureusement méconnu par rapport à Dune et à la nouvelle de Dick (qui a inspiré Total Recall), on a l’impression que les mécanismes qui y sont décrits nous sont déjà connus. Sauf que c’est ce roman qui les a initié avant les deux autres références. :pompom:

  5. Tiens, d’ailleurs, j’ai retrouvé le bouquin où je l’avais lu, cette fameuse anthologie des Robots organisée « chronologiquement » par Asimov himself, en 4 tomes, et qui contient le Cycle des Robots et le Cycle de Fondation, avec des romans qui font le lien. Ici, celui qui contient Les Courants de l’Espace : Le Grand Livre des Robots – T2. J’espère que le lien va marcher. ‘fin bref, cette anthologie en 4 tomes très épais, tout souples, en presque papier bible, c’est le top à prix réduit… même si pour lire dans le métro, c’est un peu galère, à mon avis. :pompom:

  6. Lagroue> Waaaah merci pour ces conseils, je vais les suivre !
    Koz> Rhaaa nan, je connais pas ! :-)
    Diabolito> J’ai aimé le premier machin des froumis, mais je préfère la SF de chez SF avec des vaisseaux spatiaux chromés, des grosses planètes poilues et des extraterrestres chelous !! Il fait dans ça aussi ??

  7. @Matoo: j’avoue avoir fait une pause dans mes lectures SF – bon OK, je me tape les guides du routard de l’espace ces temps-ci, c’est super sympa mais c’est pas la SF comme j’ai pu prendre mon pied avec – bref : ces deux bouquins mon gars c’est de la balle, je t’ai sorti mes meilleurs souvenirs.

    Et puis on est deux « commenteurs » à citer Spinrad, c’est surement pas pour rien !

  8. Par rapport à Asimov, les robot, l’empire et fondation : nous sommes tous d’accord, non ? Lire les bouquins dans l’ordre chronologique d’écriture c’est vachement mieux : les livres-glu, ceux qui font les ponts, arrivent en dernier. Ils font certes le ménage dans le cycle, mais, coup de bol, on aura lu le joyeux bordel avant eux ! Ha ! Genre : la loi zéro. Franchement. Ou Daneel qui survit 1000000 ans… et qui revient avec un cerveau positronique dernière génération… Heureusement qu’on a appris à prendre tout ça au second degré avant !

  9. J’adore asimov! Fondation fut mon premier bouquin de SF que j’ai relu maintes fois par la suite, tout comme « la nuit des temps » de barjavel. Ensuite, j’ai enchaîné sur tous les autres romans du maître. J’ai plus de mal avec les nouvelles, car je reste toujours sur ma fin : c’est trop court, et je voudrais toujours que le plaisir dure plus longtemps!

  10. Mon Dieu, est-ce que les gays parisiens en sont restés à l’âge d’or de la SF américain d’avant-guerre ? Matoo, essaye d’urgence Jean-Claude Dunyach, Laurent genefort, Serge Lehman, Roland Wagner, Joelle Wintrebert, Elisabeth Vonarburg… Tu verras que tu te prendras des claques… Papy Asimov, franchement les filles vous retardez de deux guerres !
    PS : Je bosse dans l’édition et beaucoup dans les domaines de l’Imaginaire (Fantastique, SF, Fantasy)… alors lisez nos petits Français…:boulet:

  11. J’aime beaucoup Asimov (beaucoup moins ses histoires de robots que Fondation, cependant), mais j’aime bien ses histoires de l’Empire galactique. Il y en a eu trois, que je sache : Caillou dans le ciel (Pebble in the Sky), Les Courants de l’espace (The Currents of Space) et un troisième, beaucoup moins connu (généralement reconnu comme étant beaucoup moins bon), Poussière d’étoiles (The Stars, like Dust). (L’ordre de publication doit être : caillou-poussière-courants ; et l’ordre chronologique est sans doute poussière-courants-caillou, mais je ne suis pas sûr.) Je trouve que ce sont les plus asimoviens de tous ses romans, en fait (c’est-à-dire, pour les intrigues compliquées, les personnages fondamentalement Bons mais qui passent par des méthodes tordues pour faire ce qu’ils veulent faire, etc.). Sinon, un autre roman que j’aime beaucoup, qui peut éventuellement s’inscrire aussi dans la série, c’est La Fin de l’Éternité (The End of Eternity).

  12. Euh… Nan, il fait pas dans ce que tu décris ! :langue: Mais il y a toujours un réel dépaysement dans ses romans. Comme il le dit lui-même, c’est plus de la « philosophie-fiction » qu’il fait : il va aux origines de l’humanité, dans le fonctionnement du cerveau, dans la mort, etc.

  13. franck herbert à aussi écrit d’autres sagas que dune, du genre dosadi ou l’étoile et le fouet …

    moi j’aime beaucoup  » champ mental « , un recueil de nouvelles certaines très courtes, d’autres plus élaborées :)

  14. Ruxor : Rhaaaaa mais fallait suivre le lien que j’ai donné ! L’ordre « chronologique » indiqué par Asimov, c’est « Courants », « Poussières », « Cailloux ». :salut:

    Sinon, j’y ai pensé entre temps : un roman de SF que j’ai a-do-ré, totalement mystico-SF-déjanté, contemporain, c’est « Radix » de Attanasio. C’est absolumment génial, A.M.H.A. Mais c’est dans un autre genre de SF, quoique jubilatoire malgré tout.

  15. Bon, Matoo la prochaine fois qu’on se voit je te prépare un petit package, Spinrad et Brunner, et p’tetre Pamela Sargent aussi. Fais m’y penser.

    Et puis Gluon a super vachement raison, la lecture des Milliards de tapis de cheveux est absolument indispensable.

  16. Si tu aimes les critiques sociales « actuelles », il existe une saga de SF, « la romance de tenebreuse » de Marion Zimmer Bradley.

  17. Ce livre est un des « bons » Asimov, avec une critique sociale en fond (comme souvent chez Asimov). Je crois me rappeller que l’hypothèse des courants spaciaux de carbone qui influent sur les étoiles a été prouvée quelques années plus tard. Comme quoi Asimov avait eu le nez creux ! Il me semble même qu’Asimov en parle dans une de ses anthologies (dans une vieille collection « J’ai lu »).

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Petite opération antispam à résoudre : * Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.

:bye: 
:good: 
:negative:  
:scratch: 
:wacko:  
:yahoo: 
B-) 
:heart: 
:rose:   
:-) 
:whistle: 
:yes: 
:cry: 
:mail:   
:-(     
:unsure:  
;-)  
 
Partages